Idée reçue n°33 – « La situation en Afrique ne permet pas d’être très optimiste. »

Chaque semaine, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas !

Tout au long de l’année, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas ! Chaque jeudi matin, retrouvez ici cette chronique radio réalisée en collaboration avec Radio Arc-en-Ciel.

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Gwladys (Radio Arc-en-Ciel) : « Africanistan », c’est le titre d’un ouvrage sorti fin 2015. Un titre un peu choc – c’est le moins qu’on puisse dire – pour parler de la situation de l’Afrique ?

Nicolas (SEL) : Africanistan est un livre écrit par Serge Michailof, un ancien directeur de la Banque mondiale et de l’Agence française du développement. S’il a choisi ce titre d’Africanistan, c’est un peu par provocation. C’est une contraction d’Afrique et d’Afghanistan qui a néanmoins pour objectif de faire le parallèle entre la situation actuelle de l’Afrique subsaharienne, notamment du Sahel, et celle qui a prévalu en Afghanistan. A travers son ouvrage, il cherche à défendre l’idée que l’Afrique ne va pas aussi bien qu’on peut le faire croire parfois.

Ce livre s’inscrit dans la lignée de ce que l’on appelle l’afropessimisme. Quel est le discours mis en avant par ce mouvement ?

L’afropessimisme est un discours assez ancien sur l’Afrique. Déjà en 1962, René Dumont publiait un ouvrage intitulé « L’Afrique noire est mal partie ». L’idée qui est derrière revient à dire que malgré toutes les aides qui peuvent être apportées aux pays d’Afrique, leur développement n’arrivera pas à décoller ! L’image qui est donnée de l’Afrique est celle d’un continent englué dans les guerres, les famines, la pauvreté… De nos jours, les tenants de ce type de discours vont mettre en avant les désastres causés par Ebola, l’impuissance à lutter contre Boko Haram par exemple…

Pour autant, depuis quelques temps maintenant, on voit aussi émerger un discours plus positif sur l’Afrique ?

C’est vrai. Depuis une dizaine d’années, le regard commence à changer sur l’Afrique. Un discours afroptimiste a émergé aux côtés de l’afropessimisme qui prévalait jusque-là. Ça se retrouve dans les médias pour partie. On peut prendre les unes de The Economist en exemple. En 2000, la revue titrait en couverture « L’Afrique : le continent sans espoir ». Et en 2013, c’est devenu « Le réveil de l’Afrique : un continent plein d’espoir ».

Pourquoi ce basculement vers l’optimisme ?

Malgré la conjoncture mondiale délicate, la croissance économique reste assez robuste en Afrique. Le continent continue d’attirer de nombreux flux d’investissements de l’étranger. Et puis, il faut reconnaître que l’Afrique a quand même connu un essor considérable en matière d’infrastructures ou encore de développement des nouvelles technologies. Des classes moyennes ont émergé et le niveau de vie s’est globalement amélioré…

Quel bilan faire de tout ça ? Qui croire finalement entre afroptimistes et afropessimistes ?

Il y a sûrement un point d’équilibre entre ces deux positions. L’Afrique, c’est vaste. C’est 54 États pour autant de réalités et de contextes différents. On aurait alors tort de voir l’Afrique comme un tout. Et même si on peut chercher à dégager des tendances, le continent n’en est pas moins hétérogène. Il faut reconnaître qu’il y a de nombreux progrès. Néanmoins, des régions en sont exclues. Il faudrait alors peut-être davantage parler d’afroréalisme comme le fait le soudanais Mo Ibrahim.

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