Idée reçue n°8 – « Pour résoudre le problème de la faim, il faudrait augmenter l’aide alimentaire. »

Chaque semaine, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas !

Tout au long de l’année, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas ! Chaque jeudi matin, retrouvez ici cette chronique radio réalisée en collaboration avec Radio Arc-en-Ciel.

Cliquez sur le bouton de lecture ci-dessous pour écouter la chronique de la semaine :

Gwladys (Radio Arc-en-Ciel) : Aujourd’hui, on va parler d’aide alimentaire. De quoi parle-t-on exactement quand on parle justement d’aide alimentaire ?

Nicolas (SEL) : L’aide alimentaire est définie par la FAO – l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture – comme « le transfert de produits, de denrées alimentaires d’un pays donateur à un pays bénéficiaire ». Ce transfert peut alors prendre la forme d’un don pur et simple ou d’une transaction ayant des conditions exceptionnellement favorables. Le principe est relativement simple : si d’un côté on a trop de nourriture et de l’autre pas assez, on va alors chercher à envoyer le surplus aux personnes qui en ont véritablement besoin !

Ça ressemble à une solution miracle pour résoudre le problème de la faim dans le monde. Il suffirait alors d’augmenter l’aide alimentaire ?

Seulement, ça n’est pas aussi simple que ça. En situation d’extrême urgence – après des séismes ou des tsunamis – l’aide alimentaire est bien souvent essentielle pour venir en aide à une population qui n’a pas les moyens de se nourrir rapidement. Mais sur du plus long terme, les inconvénients de l’aide alimentaire peuvent l’emporter sur ses bénéfices…

Comment cela se fait-il ? Dans certains cas, l’aide alimentaire pourrait être une fausse bonne idée ?

En effet, sur du long terme, s’il y a une quantité trop importante de produits importés sur le marché, cela peut entrainer une concurrence déloyale avec les producteurs locaux et les pénaliser. Il y a aussi un risque que ce type d’aide tende à favoriser une certaine dépendance et à induire des changements de comportements alimentaires qui peuvent aider à la pénétration de produits d’importation.

Et puis un autre souci c’est peut-être qu’il faut être sûr que cette aide alimentaire bénéficie bien aux populations locales et qu’elle n’entrave pas les politiques de développement par ailleurs ?

Il peut arriver parfois malheureusement que l’aide alimentaire fasse l’objet de détournement, que ce soit en faveur de groupes armés ou d’élites locales qui parfois revendent ces produits apportés. L’aide peut avoir un effet négatif aussi sur le soutien qu’apportent les gouvernements au développement agricole. En 2002, le premier ministre Ougandais a ainsi expliqué l’insécurité alimentaire en Afrique par le fait que certains décideurs pensaient qu’ils disposeront toujours d’aide d’urgence en cas de crise alimentaire et qu’il valait mieux pour eux investir le peu d’argent qu’ils ont dans d’autres secteurs d’activité que l’agriculture.

Pour conclure, on peut dire que l’aide alimentaire est utile certes, mais qu’elle ne peut à elle seule régler le problème de la faim dans le monde. Si elle permet de parer aux situations d’urgence, elle ne permet pas pour autant de résoudre les causes profondes de l’insécurité alimentaire.

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