Jean Valéry VITAL-HERNE : « Nous gardons encore des séquelles du séisme ! »

Pasteur et coordinateur du Défi Michée Haïti, Jean Valéry VITAL-HERNE nous livre son regard sur la situation de son pays, cinq ans après le terrible séisme.

Jean Valéry Vital-Herne

Dans le cadre du voyage Découvrons Haïti qui aura lieu du 20 au 27 juillet 2015, retrouvez cet entretien d’un Haïtien engagé. 

Pasteur et coordinateur du Défi Michée Haïti, Jean Valéry VITAL-HERNE est profondément mobilisé sur les questions de pauvreté dans son pays. Au cours de cet entretien, il nous livre son regard sur la situation d’Haïti, cinq après le terrible séisme du 12 janvier 2010.

Quand on parle de la pauvreté en Haïti, à quoi fait-on référence ?

Souvent on parle de la pauvreté économique. De ce qui saute aux yeux. Pourtant, la pauvreté est multidimensionnelle. Il ne faut pas seulement parler de pauvreté institutionnelle ou structurelle mais aussi de pauvreté spirituelle, culturelle ou sociale. En n’oubliant pas que la pauvreté a des conséquences sur le quotidien des ménages et des individus eux-mêmes.

Quel regard les Haïtiens portent-ils sur la pauvreté qui les entoure ?

Aux yeux de la population haïtienne, le gouvernement a une lourde responsabilité sur ses épaules. C’est à lui de résoudre les problèmes en matière de pauvreté. C’est sûr que ce serait exagéré d’accuser le gouvernement de tous les maux mais c’est néanmoins la tendance depuis l’indépendance.

Comment se situe l’Église haïtienne par rapport à la pauvreté ?

Deux conceptions s’opposent. Certains membres de la population estiment que l’Église perpétue la pauvreté en n’impliquant pas assez ses membres dans la sphère publique. Ils mettent en avant le fait que l’Église propage un discours fataliste. La Bible avait prévu que les différentes catastrophes auraient lieu et qu’il y aurait des famines à travers le monde. En conclusion, il n’y a rien d’autre à faire que de nous résigner et d’attendre le retour de Christ qui rétablira toutes choses.

À l’inverse, d’autres personnes insistent sur le fait que l’Église a beaucoup fait pour endiguer la pauvreté. La plupart des écoles de province sont ainsi administrées par des Églises. D’ailleurs, les leaders des Églises investissent de plus en plus l’arène politique et occupent des postes importants au niveau économique et politique. Si globalement les gens estiment que c’est normal pour l’Église de s’impliquer dans tout ce qui touche à la mission intégrale, le problème est que tout cela n’est pas accompagné d’une argumentation théologique.

Quand on parle d’Haïti, on fait souvent le lien avec le séisme de 2010. Comment la catastrophe est-elle perçue cinq après ?

La gestion post tremblement de terre est un échec. Néanmoins ce séisme a été perçu comme un élément révélateur de la faiblesse des institutions (religieuses, éducationnelles, étatiques…), ce qui est une bonne chose. Globalement, la population a pensé que la catastrophe pourrait être une opportunité en or pour mettre en lumière certains problèmes sociaux : des problèmes structurels mais également conjoncturels. Malheureusement, nous avons raté cette opportunité et aujourd’hui il n’y a pas cette cohésion qu’on attendait après le séisme. Beaucoup de corruption a eu lieu au niveau des institutions, du gouvernement. On est passé à côté d’une chance formidable de refonder la société, de reformater la manière de diriger le pays …

Cinq ans après, Haïti ne s’est pas encore relevé du séisme ?

Non malheureusement. De nombreux progrès ont été réalisés mais nous gardons encore des séquelles du séisme. Surtout à Port-au-Prince où on peut en percevoir les dégâts. Les grandes constructions de l’État ne sont toujours pas au rendez-vous. Beaucoup de personnes n’ont pas non plus reçu d’aides et au niveau économique, le pays ne s’est pas encore relevé du tremblement de terre du 12 janvier.

Femme haïtienneL’aide internationale qui a suivi le séisme n’a pas suffi ?

L’aide internationale a fait une très grande différence. Surtout dans la vie des individus. La distribution de nourriture, de bâches, la reconstruction d’écoles, d’Églises ont vraiment été profitables. Seulement, les gens perçoivent et comprennent que l’aide aurait pu être mieux gérée. Beaucoup de problèmes ont émergé suite à la mauvaise gestion de cette aide. Mais ce qui a pu toucher et atteindre la population a fait une réelle différence.

Quels enseignements pouvons-nous en tirer pour la suite ?

L’aide ne peut pas venir de l’étranger avec un plan bien ficelé. Certains organismes internationaux sont venus en Haïti avec l’expérience qu’ils ont acquise dans d’autres pays et ils ont essayé d’appliquer les mêmes recettes en Haïti. Malheureusement, les résultats n’ont pas été au rendez-vous. C’est une des choses à mieux anticiper à l’avenir. Il faut véritablement un partenariat où chacun apporte ce qu’il a comme actif. Ceci ne concerne pas uniquement Haïti.

Vous avez le sentiment que dans l’ensemble les étrangers ne connaissent pas assez Haïti ?

Selon moi, on ne peut pas se faire une idée tout simplement parce qu’on a vu un documentaire ou parce qu’on a lu deux bouquins sur un pays. Il est important de s’informer de manière globale et d’avoir une certaine humilité pour comprendre et déconstruire certaines idées reçues. La réalité d’Haïti est aussi valable pour un certain nombre de pays d’Afrique pour lesquels les gens n’ont qu’une vision déformée de la réalité.

Quels types de préjugés avez-vous déjà entendu sur Haïti ?

Il y a quelques années ma femme a vécu à l’étranger. On lui a posé des questions très étranges : « Est-ce que vous possédez des ordinateurs ? Savez-vous ce qu’est l’internet ? » L’idée qui se dégage souvent est qu’Haïti est un pays très exotique mais dans le sens négatif du terme. La modernité n’est pas au rendez-vous. Il faut pourtant aller au-delà de ce que les médias peuvent présenter d’un pays. La réalité est parfois très différente de ce que la télévision peut bien vouloir présenter.

Selon vous, à quoi faudra-t-il accorder de l’importance dans les prochaines années pour que la situation en Haïti s’améliore ?

Je pense qu’il faut parler du rôle des femmes dans la société haïtienne. L’économie informelle, la principale économie, est soutenue principalement par la gente féminine qui n’est pas assez qualifiée d’une part et qui n’a pas assez d’opportunités pour recevoir un financement d’autre part. En plus d’être le moteur de la famille haïtienne, les femmes sont également la force vitale de l’Église en Haïti. Si les hommes dirigent les congrégations du haut de la chaire, ce sont bien les femmes qui mettent en œuvre tous les programmes. Il serait alors important de réfléchir au renforcement de capacité des femmes mais aussi à leur protection car elles subissent beaucoup de violence à différents niveaux (physique, verbale…).

2 comments

  • Je pense que pour aider Haïti a sortir de la pauvrette, il faut un réveil spirituel,pour que les églises chrétiennes quelque soit leur domination s’unissent dans un commun accord pour réveiller l’amour dans le cœur de chacun de nous , l’amour qui couvre une multitudes de pécher: qui pardonne tout , qui comprend tout , qui est plein de miséricorde et de compassion…. qui est aussi Le plus grand des commandements<> La pauvrette de notre pays est mentale, spirituelle et non financière .
    Que Dieu vous bénisse

  • Merci pour cet entretien.
    Et que pense M Vital-Herne de la place du vaudou ?
    Cordialement
    karine

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