Idée reçue n°17 – « L’aide au développement ne sert que les intérêts des pays donateurs. »

Chaque semaine, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas !

Tout au long de l’année, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas ! Chaque jeudi matin, retrouvez ici cette chronique radio réalisée en collaboration avec Radio Arc-en-Ciel.

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Gwladys (Radio Arc-en-Ciel) : Parmi les différentes critiques qui sont formulées à l’encontre de l’aide publique au développement, il y en a une qui revient régulièrement et qui consiste à affirmer que l’aide n’est pas si altruiste que ça. Elle ne servirait que les intérêts des pays donateurs. D’où provient cette idée ?

Nicolas (SEL) : Cette critique trouve en fait sa source dans les origines de l’aide publique au développement moderne. En dressant un rapide panorama historique, on se rend d’ailleurs compte qu’elle n’est pas totalement dépourvue de fondements. En effet, pendant longtemps les priorités géopolitiques ont occupé une place prépondérante dans les motivations de l’aide. Le contexte de la guerre froide y a contribué pour beaucoup. C’est ainsi qu’au sortir de la seconde guerre mondiale, les américains ont mis sur pied ce qui est considéré comme la première aide moderne : le Plan Marshall et qui avait non seulement pour objectif de reconstruire l’Europe mais aussi de contrecarrer l’influence soviétique .

Les États donateurs voyaient alors l’aide au développement comme une stratégie sur la scène internationale ?

Oui c’est bien ça. Tout particulièrement sur le plan politique. Certains pays ont pu notamment voir dans l’aide publique au développement une occasion de prolonger leur influence malgré le contexte de décolonisation. Après, les études consacrées à l’APD ont permis de montrer que les États pouvaient aussi parfois avoir d’autres motivations. Bien que sûrement minoritaires, il semblerait que certains pays ait pu éprouver un sentiment de culpabilité suite à la colonisation et voir dans l’APD une façon de réparer leurs torts en quelque sorte.

L’APD, l’aide publique au développement. On constate aussi qu’elle a évolué au fil des années notamment avec la fin de la guerre froide.

C’est vrai. Le nouveau contexte géopolitique a un peu changé la donne. Dans les années 90, on a notamment pu observer une importante baisse des montants de l’aide publique au développement. Ce qui accrédite en partie l’hypothèse d’une APD au bénéfice des intérêts des pays donateurs. Cette situation a alors obligé l’aide publique au développement à se réinventer. La mise en place des Objectifs du millénaire pour le développement à partir de l’an 2000 témoigne de ce renouveau et s’inscrit dans une démarche qui tient davantage compte des besoins des bénéficiaires.

Mais au-delà des seuls intérêts politiques, l’aide publique au développement sert également des intérêts économiques ?

L’APD a aussi pu servir à garantir des débouchés à l’exportation aux entreprises nationales des pays donateurs. Cette pratique – connue sous le nom d’« aide liée » – consiste à n’octroyer l’aide que si le bénéficiaire a recours à vos biens et services. D’importants progrès ont été réalisés à ce niveau. Selon l’OCDE – l’Organisation de coopération et de développement économiques –, 88 % de l’APD mondiale en 2007 était déliée, un chiffre qui fait donc apparaître qu’une large part de l’aide est « désintéressée », pour le moins économiquement.

Donc dire que l’aide au développement ne sert que les intérêts des pays donateurs n’est pas juste ?

C’est un peu rapide et réducteur. L’APD a pu – et dans une moindre mesure peut encore – servir les intérêts des États donateurs mais dans le même temps elle peut également servir les intérêts des États bénéficiaires. Les deux ne sont pas forcément incompatibles et finalement, n’est-ce pas vraiment ça qui importe ? L’important étant surtout que le partenariat entre les pays soit équilibré et librement accepté.

Il ne faut pas être naïf sur l’aide publique au développement. Elle peut faire partie d’une stratégie globale. Mais finalement ce qui compte et ce qu’il faut retenir, c’est ce que cette aide permet pour les pays bénéficiaires.

Pour aller plus loin : Jean-Michel Severino & Jean-Michel Debrat, Idées reçues sur l’aide au développement, Le Cavalier Bleu, 2010.

Olivier Charnoz & Jean-Michel Severino, L’aide publique au développement, La découverte, 2015.

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