Idée reçue n°37 – « L’assistanat n’est jamais la solution pour aider les pauvres. »

Chaque semaine, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas !

Tout au long de l’année, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas ! Chaque jeudi matin, retrouvez ici cette chronique radio réalisée en collaboration avec Radio Arc-en-Ciel.

Cliquez sur le bouton de lecture ci-dessous pour écouter la chronique de la semaine :

Gwladys (Radio Arc-en-Ciel) : Le terme d’assistanat est parfois utilisé lorsque l’on parle de lutte contre la pauvreté. Qu’est-ce que l’on désigne exactement par cette expression ?

Nicolas (SEL) : Le terme d’assistanat désigne une situation où une personne est trop assistée, trop aidée et pas assez active. L’expression est forte et elle a une connotation péjorative lorsque l’on parle de lutte contre la pauvreté. En effet, si elle est utilisée c’est avant tout pour critiquer les actions de solidarité qui peuvent être menées et pour souligner le fait qu’elles seraient en quelque sorte contre-productives. Finalement, ça ne serait pas rendre service à la personne que d’en faire un assisté.

Quelle est la différence entre l’assistanat et l’aide au développement ?

Les associations humanitaires ont pu s’entendre dire parfois qu’elles faisaient plus de mal que de bien en faisant de leurs bénéficiaires des assistés. Le principe de l’aide au développement essaye justement de prendre le contre-pied de ce type de critiques. On est alors dans une logique où l’on ne fait pas à la place des gens mais bien avec eux. Les bénéficiaires sont alors acteurs de leur propre développement. Dans le cadre de la solidarité internationale, les associations qui travaillent dans le développement n’auront bien souvent pas d’expatriés mais travailleront plutôt avec du personnel local. On cherche à rendre les personnes en difficulté autonomes et le moins dépendantes de notre aide.

Comment cela est-il possible ?

En théorie, le discours est beau et l’effort plutôt louable. En pratique, il est sûr que c’est plus difficile à mettre en place. Avant tout, il est peut-être indispensable de commencer par changer le regard que l’on porte sur les personnes qui sont en situation de pauvreté. Pensons-nous qu’elles ne pourront jamais s’en sortir par exemple ? Décidons-nous à leur place constamment de quoi elles ont besoin ? Ensuite, il est important d’encourager la responsabilisation des personnes qui sont aidées. Elles ont du potentiel. Il faut construire les projets avec elles. Leur imposer nos solutions toutes faites n’aurait pas de sens.

Faut-il alors en conclure que l’assistanat est forcément mauvais ?

A la vue de ce qui vient d’être exposé, l’assistanat – ou son pendant moins connoté l’assistance – semblerait plutôt à proscrire. Pour autant, il faut quand même reconnaître que dans certaines situations on ne peut pas vraiment y couper et s’interdire tout comportement de ce type n’aurait alors pas de sens. Dans le cas de catastrophes humanitaires comme des tremblements de terre, des tsunamis ou des guerres, on est bien obligé de faire de l’assistance. Il faut distribuer gratuitement de la nourriture, proposer des logements, envoyer parfois du personnel sur place… L’aide est urgente et le besoin pressant !

L’aide au développement n’exclut donc pas l’assistance ?

C’est bien ça. Il faut plutôt voir les deux comme étant complémentaires et répondant à des situations différentes. S’il faut se méfier de l’assistance et veiller à ce que cette pratique ne s’inscrive pas trop dans la durée, il faut néanmoins reconnaître qu’elle est incontournable dans certains cas. Cela étant, rien n’empêche non plus par exemple de travailler avec du personnel local même dans des situations d’urgence.

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