Finalement, la COP21 : succès ou échec ?

Les négociations climatiques ont monopolisé l’attention ces dernières semaines. Mais finalement, quel bilan peut-on faire de l’accord qui en a résulté ?

Après deux semaines d’intenses négociations, c’est le samedi 12 décembre 2015 – soit une journée après le calendrier officiel – qu’a été adopté ce qui est désormais appelé l’Accord de Paris. Il s’agit d’un texte de 39 pages et de 29 articles qui pose un cadre général à la lutte contre les changements climatiques et qui est d’ores et déjà présenté comme étant historique.

 


Seulement, au-delà des postures politiques et médiatiques, il peut être difficile de comprendre les véritables enjeux et la portée d’un texte aussi complexe. Pour y arriver, il est avant tout nécessaire de distinguer plusieurs niveaux de lecture 

∎ Sur le plan politique, un accord historique

Si l’Accord de Paris est qualifié d’historique avant même son application, c’est parce qu’il est le résultat d’un véritable succès en matière de diplomatie climatique. En effet, pour la première fois, on a un accord universel sur le climat au travers duquel les 195 pays signataires – plus l’Union européenne – s’engagent dans la lutte contre les changements climatiques.

Auparavant, seul le Protocole de Kyoto pouvait prétendre à une certaine représentativité mais celui-ci n’imposait finalement des réductions d’émissions de gaz à effet de serre qu’aux seuls pays industrialisés. L’Accord de Paris permet alors de dépasser ces clivages en s’adressant à « toutes les parties ».

Les spécificités des pays en développement n’ont pas été pour autant ignorées durant les négociations (art. 2) et le texte permet d’en rendre compte, notamment sur la question du financement. C’est ainsi que les pays développés renouvellent leur engagement (point 54) à verser chaque année 100 milliards de dollars pour aider ceux du Sud à financer leurs politiques climatiques.

∎ Sur le plan scientifique, un accord insuffisantBilan COP21 (3)

Suivant les préconisations du GIEC, l’Accord de Paris ambitionne de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète « nettement » en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels (art. 2). C’est un pas important qui est franchi et qui va dans le sens de ce que les petits États insulaires pouvaient réclamer au vu de la menace que la montée des eaux fait peser sur eux.

Néanmoins, si la volonté est bien dans le texte, tous les observateurs s’accordent pour dire que les engagements pris avant la COP21 par les différents États ne seront pas suffisants. En effet, quand bien même chaque pays tiendrait ses promesses, on ne pourrait empêcher la température d’augmenter de 2,7°C d’ici à 2100. Une plus grande mobilisation est donc nécessaire et c’est la raison pour laquelle le texte prévoit une révision tous les cinq ans des plans nationaux de réduction des gaz à effet de serre, à partir de 2025 (art. 14).

L’Accord de Paris est alors une première étape nécessaire mais qui doit en appeler d’autres et ce d’autant plus qu’il ne prend pas en compte un certain nombre de sujets. Plusieurs ONG regrettent ainsi que la référence à l’instauration d’un prix du carbone n’ait été qu’effleurée et que la mention de l’enjeu des transports aériens et maritimes soit quant à elle complètement absente.

∎ Sur le plan juridique, un accord pas vraiment contraignant

Bilan COP21 (2)Bien que Laurent Fabius s’en soit félicité à de nombreuses reprises, la nature contraignante de l’Accord de Paris peut être relativisée puisqu’il n’y a, en effet, aucune institution ni sanction qui soit mise en place par les textes pour pénaliser les pays qui ne respecteraient pas leurs engagements.

Suite à l’échec de la COP15 de Copenhague, les négociations sont passées d’une logique « du haut vers le bas » à une logique « du bas vers le haut ». Il ne s’agit plus de tenter d’imposer des contraintes aux États mais de les engager à agir sur une base volontaire. L’Accord s’oriente ainsi vers un « cadre de transparence » dont l’objectif est de mettre en jeu la réputation des pays vis-à-vis de leurs pairs et de leur opinion publique (art. 13).

Si un tel fonctionnement n’est pas assuré de réussir et peut expliquer – à juste titre – le scepticisme de certains, il est néanmoins évident que l’Accord de Paris se serait soldé par un échec patent s’il avait poursuivi dans une logique de sanctions. Il a alors fallu opter pour un mécanisme de suivi différent et plus aléatoire. C’était le prix à payer pour aboutir à une adoption unanime du texte !

Participez à la discussion

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *