Idée reçue n°11 – « Les biocarburants vont affamer la planète. »

Chaque semaine, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas !

Tout au long de l’année, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas ! Chaque jeudi matin, retrouvez ici cette chronique radio réalisée en collaboration avec Radio Arc-en-Ciel.

Cliquez sur le bouton de lecture ci-dessous pour écouter la chronique de la semaine :

Gwladys (Radio Arc-en-Ciel) : Aujourd’hui, on parle des biocarburants ou agrocarburants. Ils semblent bien être la solution pour rouler propre. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Nicolas (SEL) : Pour en rester à une définition simple, on peut dire que les biocarburants sont des carburants qui sont produits à partir de végétaux. Ils sont donc plus respectueux de l’environnement. On les classe généralement en trois générations. Ceux de première génération sont issus de matières premières qui sont aussi utilisées pour nourrir les hommes ou les animaux. Quant aux biocarburants de deuxième et troisième génération, ils proviennent quant à eux de matières premières végétales qui n’entrent pas véritablement en concurrence avec les besoins alimentaires humains. Il peut s’agir de bois, de paille ou encore d’algues…

Pour l’instant les seuls qui sont commercialisés sont ceux de première génération. À partir de quoi exactement sont-ils produits ?

Donc, comme je le disais, les biocarburants de première génération sont ceux issus de matières premières qui sont aussi utilisées pour nourrir les hommes ou les animaux. Ils sont de deux types : d’un côté, on a le bioéthanol qui est produit à partir de canne à sucre, de céréales ou de betterave sucrière et qui est utilisé dans les moteurs essence ; de l’autre, on a le biodiesel qui provient d’huiles végétales (soja, colza, palme) et qui est utilisé dans les moteurs diesel.

Alors, d’un point de vue environnemental, les biocarburants semblent être une bonne chose mais finalement est-ce qu’ils ne sont pas contradictoires ou contraires à la lutte contre la faim ?

Effectivement, la production de biocarburants ne peut pas se faire sans une réflexion plus globale intégrant notamment les problématiques liées à l’alimentation. Cet enjeu se retrouve dans ce que l’on qualifie communément de conflit pour l’usage du sol (les 4F) et qui est résumé par le fait que chaque nouvelle terre disponible fait l’objet d’un arbitrage entre différents emplois. Les usages alimentaires des terres cultivables (food) se trouvent désormais concurrencés par d’autres usages : l’alimentation animale (feed), les biocarburants auxquels on s’intéresse aujourd’hui (fuel) et la préservation de la biodiversité (forest).

Est-ce que cette théorie des 4F connaît déjà ou a déjà connu des exemples concrets qui justifient les inquiétudes autour des biocarburants ?

Oui. Il y a quelques exemples. Une situation en particulier a retenu l’attention : ce sont les émeutes de la faim qui ont éclaté dans plusieurs pays en 2008. Parmi les différentes raisons expliquant la hausse des prix alimentaires, la FAO – l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture – a notamment pointé du doigt les biocarburants. Le Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation de l’époque, Jean Ziegler, avait lui-même peu de temps auparavant qualifié le recours aux biocarburants de « crime contre l’humanité ».

Alors, est-ce qu’il faudrait alors arrêter toute production de biocarburants puisqu’ils ressemblent plus à une « fausse bonne idée » ?

Attention à ne pas tomber dans un extrême inverse. Une voie intermédiaire est sûrement possible et souhaitable. L’idée n’est pas de bannir entièrement les biocarburants mais plutôt de les développer d’une façon qui soit réfléchie et qui surtout ne compromette pas la sécurité alimentaire. La difficulté réside dans le fait qu’il n’est pas possible aujourd’hui de définir le niveau précis à partir duquel les biocarburants vont concurrencer les usages alimentaires. Ce serait évidemment plus simple. Quoiqu’il en soit, de nombreuses études s’accordent sur le fait qu’il existe suffisamment de terres agricoles disponibles pour satisfaire les différents besoins. Il faut juste arriver à canaliser la demande pour ne pas qu’elle explose trop fortement et trop rapidement comme ça avait pu être le cas en 2008.

En conclusion. Les biocarburants oui mais pas n’importe comment. C’est finalement une production qu’il faut réfléchir en lien avec les autres utilisations des terres.

Pour aller plus loin : Ariane de Dominicis, Idées reçues sur les biocarburants, Le cavalier bleu, 2011.

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