Pourquoi certaines personnes vivent-elles dans la pauvreté ?

Les causes de la pauvreté sont multiples. Le sujet est complexe. Que peut alors en dire la Bible ? Cet article donne quelques pistes…

La pauvreté consiste à souffrir de carences dans la satisfaction de ses besoins de base et à être vulnérable face à diverses formes d’injustices. Mais pourquoi certaines personnes se retrouvent-elles dans cette situation et n’en sortent pas ou si difficilement ?

Une situation anormale

La Bible raconte comment, au commencement, Dieu a créé toutes choses et affirme que tout était bon à l’extrême (cf. Genèse 1.31). La désobéissance des humains au commandement de Dieu a introduit dans le monde une situation profondément anormale : ni les humains, ni la société, ni la création ne « fonctionnent » normalement aujourd’hui. Certes, Dieu limite les dégâts, donne un cadre qui rend la vie humaine possible (cf. Genèse 8.21-22), et continue à faire du bien à tout ce qu’il a créé. Mais une multitude de dysfonctionnements demeurent dont l’un des résultats est la pauvreté. Derrière les malheurs de Job – un riche ayant tout perdu – la Bible nous apprend même à voir l’action d’une puissance mauvaise adverse (voir Job 1-2).

Le texte de la Genèse montre qu’il est maintenant plus difficile de réussir à satisfaire ses besoins de base et que l’homme lui-même a été affaibli puisqu’il finira nécessairement par mourir (cf. Genèse 3.17-19). Face à ces obstacles, il faut agir courageusement (travailler à la sueur de son front) et se montrer solidaires et justes. Mais il serait illusoire de penser que nous serions en mesure de rétablir la situation « normale » du commencement, le paradis perdu, en y mettant suffisamment d’argent ou de volonté politique.

L’injustice dans les relations humaines

riche et pauvreEntre humains, c’est souvent le rapport de force qui prévaut. Ceux qui se trouvent en situation de pouvoir sont toujours confrontés à la tentation d’en abuser et ils y cèdent souvent (mais heureusement pas toujours !). C’est l’une des raisons pour lesquelles certaines personnes se retrouvent dans la pauvreté et y sont enfermées.

La Bible dénonce ceux qui ne paient pas à leurs ouvriers le salaire qui avait été convenu – profitant du fait qu’ils ne sont pas en mesure de faire valoir leurs droits (cf. Lévitique 19.13 ; Jacques 5.1-6). Ce genre de situations peut dégénérer en un véritable esclavage dans lequel certains se retrouvent totalement à la merci de plus fort qu’eux et incapables de satisfaire à leurs besoins les plus élémentaires, comme on le voit dans une description du livre de Job (24.1-11). Parfois ce sont les rois ou les personnes les plus haut placés qui se rendent coupables d’injustices (cf. Jérémie 22.13-19 ; Psaume 82). La Bible dénonce également différentes formes de tricheries et de corruption dont l’expérience montre que les pauvres font souvent les frais (cf. par exemple Amos 8.4-6).

La responsabilité personnelle

La Bible n’idéalise pas les pauvres et ne ferme pas les yeux sur le fait que des choix personnels peuvent conduire quelqu’un dans la pauvreté. Plusieurs passages du livre des Proverbes soulignent les conséquences désastreuses de la paresse ou de l’abus d’alcool (cf. Proverbes 24.30-34 et 23.20-21).

Les textes en question ne sont jamais présentés comme des généralités qui seraient vraies pour tous les pauvres. Cela contraste avec certains discours à l’emporte-pièce que l’on peut parfois entendre :

« S’ils sont pauvres, au fond, c’est de leur faute ! »

et avec toute « théologie de la prospérité » pour laquelle l’exercice correct de la foi assurerait systématiquement la prospérité matérielle et financière (et la santé) – ce qui implicitement accuse le pauvre de manquer de foi. Mais l’Écriture ne nous laisse pas verser dans l’idéologie inverse qui donne systématiquement raison au pauvre simplement parce qu’il est pauvre :

« Tu ne favoriseras pas l’indigent dans son procès. » (Exode 23.3)

L’organisation de la société et les relations internationales

Tout ne se joue pas dans les relations et les décisions personnelles : nous faisons partie d’une société à laquelle nous sommes rattachés pour le meilleur et pour le pire. Elle est parfois structurée de telle façon qu’elle perpétue la pauvreté ou les injustices. Les guerres civiles ou l’insécurité peuvent aussi laisser démunie une population entière ou une part importante en son sein.

Nord SudLes relations entre pays sont parfois aussi sources de pauvreté : on peut penser aux guerres, mais également à la façon dont il arrive qu’une nation construise sa prospérité en exerçant une domination injuste sur les autres. Pour comprendre les situations de pauvreté de nombreux pays en développement aujourd’hui, il faut aussi considérer des questions de dette ou de commerce international. Une certaine organisation des relations et des échanges entre pays peut freiner ou ruiner ceux qui sont désavantagés.

Dans la Bible, la vie et les relations sociales se déroulaient à une échelle plus humaine et régionale que ce qui est le cas dans notre contexte de mondialisation. Mais nous y voyons déjà qu’une ville comme Sodome peut être dénoncée pour n’avoir pas fortifié les pauvres (cf. Ézéchiel 16.49). L’injustice qui maintient des personnes dans la pauvreté peut donc se manifester au niveau d’un groupe social. Habaquq décrit la malédiction qui s’attache à une cité construite dans le sang et la ruine des autres peuples (2.9-13). Certains passages de la Bible semblent désigner des pratiques tendant à rendre l’oppression des pauvres légale ou au moins à se servir de la loi pour opprimer (cf. Ésaïe 10.1-2 ; Psaumes 94.20). Et bien sûr les cortèges de malheurs et d’horreurs qui accompagnent les guerres sont aussi soulignées (cf. les deux premiers chapitres d’Amos).

À la charnière entre les questions de responsabilité personnelle et de structures sociales, on peut évoquer les visions du monde. La manière dont nous voyons le monde et qui est en partie véhiculée par des influences familiales, culturelles et sociales, peut être cause de pauvreté. Une vision du monde fataliste, par exemple, est davantage susceptible de maintenir le pauvre dans la pauvreté qu’une vision du monde insistant sur la dignité de chaque être humain créé en image de Dieu et appelé à recevoir la vie éternelle en Jésus.

La complexité de l’agencement des causes de la pauvreté et le mystère de la souveraineté divine

Les différentes causes de la pauvreté que nous avons passées en revue se mélangent et s’interpénètrent souvent à des dosages divers (et se conjuguent avec d’autres facteurs encore) de sorte qu’il peut s’avérer difficile, dans une situation donnée, de dire pourquoi telle ou telle personne vit dans la pauvreté. Certaines causes sont elles-mêmes les effets de plusieurs autres causes : par exemple une catastrophe naturelle fait partie de la vie dans un monde marqué par le péché, est aggravée par certaines situations d’injustices ou de pauvreté préalables. Elle s’inscrit aussi de façon mystérieuse dans le plan de Dieu qui gouverne toute chose au-delà ou en-deçà des causes naturelles ou des décisions de ses créatures.

Cette constatation peut être frustrante à une époque où on aime les réponses simples et les solutions rapides. Mais elle peut nous enseigner une forme d’humilité et nous aider à éviter certaines généralisations simplistes :

« Si seulement ils voulaient travailler, ils ne seraient pas pauvres ! » ; « Tout est une question de volonté politique ! » ; « C’est la faute des gouvernements corrompus ! » ; « Il faut renverser le système ! », etc.

En pratique, il nous faut d’abord faire ce que nous pouvons, en actionnant les leviers qui sont à notre portée dans notre sphère de responsabilité, en étant conscients qu’une multiplicité d’autres facteurs sont en cause et en essayant d’en tenir compte quand cela est possible.

Il nous faut aussi nous souvenir que si nous sommes dépassés par le problème des causes de la pauvreté, notre Dieu, lui, ne l’est pas. Il dirige l’histoire du monde et les histoires personnelles des humains. Nous ne sondons pas ses plans dans lesquels il inclut souverainement les situations de pauvreté, mais nous le connaissons comme un Dieu bon et juste et qui est devenu notre Père en Jésus-Christ et cela nous suffit pour commencer à pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec lui. De la sorte nous participerons à notre mesure aux solutions de la pauvreté.

One comment

  • Pour une meilleure compréhension des situations de pauvreté, je recommande la lecture d’un petit livre très instructif et vivifiant : En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, 2016, aux Editions de l’Atelier, écrit par ATD-Quart Monde avec une préface de Costa-Gavras. Quant à votre interprétation du livre de Job, il me semble que vous vous attachez à un aspect (l’influence d’une puissance adverse) qui me semble appartenir à l’influence des croyances religieuses mésopotamiennes (cf. le récit akkadien du Juste souffrant que l’on peut voir au Musée du Louvre) alors que la morale du conte est que l’on ne peut attribuer à Job ni à ses ascendants la cause des malheurs qui le frappent (le satan n’étant présent dans le récit que pour mettre en place le questionnement de Job), cette morale était un renversement des présupposés de l’époque et encore aujourd’hui.

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