Faut-il choisir entre sécurité sanitaire et sécurité alimentaire ?

Si le nombre de cas en Afrique n’a pas encore atteint les records dramatiques de ceux des autres continents, la COVID-19 et les mesures protectrices mises en place par les gouvernements africains ont néanmoins des conséquences sur les populations, notamment les plus pauvres. Un choix cornélien s’impose, à savoir choisir entre deux maux : le virus ou la faim.

Face à la propagation de la maladie à coronavirus, les partenaires chrétiens locaux du SEL se mobilisent pour être au service des populations vulnérables. Campagnes de sensibilisation aux gestes barrières, apport en équipement d’hygiène, distributions de vivres… Aucun moyen n’est écarté quand il s’agit d’aider les plus pauvres à surmonter la crise. 

De crise sanitaire à crise alimentaire

Dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne où se trouvent ces partenaires, le problème actuel des populations réside davantage dans l’impact des mesures de prévention prises par les États sur leur vie quotidienne que dans la propagation du virus elle-même.  

En effet, du jour au lendemain, écoles, marchés, transports en commun ont dû fermer leurs portes.  

Pour de très nombreuses personnes travaillant à la journée, l’impact est alors immédiat et le verdict sans appel : ne pas pouvoir se déplacer et devoir arrêter leurs activités économiques signifie tout simplement qu’ils ne mangeront pas ce jour-là.  

Ainsi, la crise sanitaire engendre directement une crise alimentaire ! 

Quand la nourriture n’est pas accessible

Aujourd’hui, la crise sanitaire n’a pas un impact immédiat sur la production de nourriture, les paysans n’étant quant à eux pas forcément contraints d’arrêter leurs activités agricoles, contrairement à beaucoup d’autres professions (marchandes sur les marchés, chauffeurs routiers etc…). Mais le nœud du problème réside dans la disponibilité ou l’accès à cette nourriture : 

  • Les personnes n’ont plus les moyens financiers d’acheter leur nourriture : la crise sanitaire provoque, à la fois, l’arrêt brutal de leur(s) source(s) de revenus et une augmentation des prix du marché. 
  • Les personnes ne peuvent plus aller acheter la nourriture :  la suspension des déplacements internes aux pays ou aux sous-régions, et la fermeture des marchés limitent les déplacements et les échanges. 

Ces éléments amènent malheureusement à des situations paradoxales : d’un côté les denrées alimentaires périssables ne trouvent pas acheteurs, réduisant par la même les revenus des producteurs ; de l’autre, les consommateurs n’ont pas accès à ces mêmes produits de base, ou bien, à des prix inabordables. 

Un basculement facile vers une crise de la production 

Toutefois, si la crise sanitaire persiste, comme cela semble être de plus en plus le cas, les paysans, qui auront de moins en moins de revenus à causes des méventes, devront alors utiliser leurs propres réserves pour survivre. Cela impliquera d’abattre leur bétail ou encore de manger les céréales initialement mises de côtés pour servir de semences.  

Ainsi, la crise sanitaire cette année risque aussi de déboucher sur une crise de la production agricole l’année prochaine, par manque de semences ou d’animaux mis à la reproduction.  

Sécurité sanitaire ou sécurité alimentaire ?

Dans une telle situation, les populations se retrouvent alors forcées de choisir entre le virus ou la faim. Choix cornélien, nous en conviendrons facilement. 

Cette question ne devrait pas reposer sur les épaules des populations. Malheureusement, les Etats s’en désengagent facilement et préfèrent laisser les organismes locaux gérer la crise, qu’ils œuvrent ou non dans les différents secteurs touchés. 

Pourtant, chaque crise fait ressurgir les mêmes questions, ce qui pousse à s’interroger : pourquoi le système agricole et alimentaire n’a-t-il pas changé depuis la dernière crise alimentaire ? 

Des systèmes agricoles plus résilients face aux crises 

Faire avancer le débat et aboutir à un système agroalimentaire plus résilient face aux crises (économiques, sanitaires, ou climatiques) reviendrait à repenser complétement le fonctionnement. 

Il serait nécessaire, par exemple, de commencer par questionner l’accès à certains éléments de base par les paysans (eau, terre, semences…). En effet, dans les différents pays d’Afrique subsaharienne, les paysans n’ont souvent pas la maîtrise de ces éléments. Or sans cela, comment peuvent-ils produire sereinement et efficacement pour l’ensemble d’une population ? 

Bien entendu, ce n’est qu’une amorce de réflexion et il est évident qu’il reste beaucoup à faire ou à réinventer pour permettre aux producteurs d’avoir les moyens de prospérer au quotidien, comme en temps de crises.  

De beaux défis en perspectives

Chaque crise fait ainsi ressortir les fragilités d’un système qui pouvait sembler jusqu’à présent bien rodé. Mais les crises sont aussi des occasions de changer. Voir les fragilités est en effet un excellent moyen de les réparer ! Mais pas n’importe comment.

C’est pourquoi il est essentiel pour le SEL de donner la parole aux acteurs locaux, car ils sont   habitués aux crises récurrentes (climatiques, économiques, politiques…) et connaissent bien souvent des solutions locales pour dépasser ces problématiques. Ce qu’il leur manque cependant, ce sont les moyens de les mettre en œuvre. Et c’est tout l’enjeu du travail des partenaires du SEL, qui sont là pour aider les acteurs locaux à faire émerger leurs projets et améliorer leur avenir.   

Et c’est précisément à ce niveau que nos partenaires entrent en jeu !

Pour aller plus loin

Participez à la discussion

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *