La femme de Proverbes 31 et les femmes du Sud aujourd’hui [3/3]

La Bible n’aborde pas directement la thématique contemporaine du rôle des femmes dans le développement, mais le portrait de la femme de Proverbes 31 peut stimuler notre réflexion et faire évoluer notre regard.

3. La femme idéale et l’aide sociale

La femme chantée dans ce poème ne vit pas repliée sur elle-même. Elle se soucie en priorité de sa famille, mais elle ne néglige pas pour autant les implications sociales de son travail. L’apôtre Paul souligne ces priorités : « Si quelqu’un n’a pas soin des siens, il est pire qu’un infidèle ! » (1 Timothée 5. 8). Mais il vante aussi les mérites de la femme qui met ses talents, ses dons matériels ou spirituels, au bénéfice des autres, dans l’Eglise en premier lieu, puis en dehors … (1 Timothée 5. 10)

La sagesse de la femme idéale nous est proposée comme un exemple à suivre : le fruit de son travail lui permet non seulement de participer aux dépenses du foyer pour vivre, mais aussi de « tendre la main aux malheureux et d’être généreuse envers les pauvres ». Les échos de ce texte dans le Nouveau Testament sont nombreux : la veuve pauvre donne de bon cœur ses maigres ressources pour le service du Temple ; Tabitha-Dorcas tisse des vêtements appréciés par la communauté de Jaffa, elle assiste les pauvres ; Priscille, aux côtés de son mari Aquilas qui fabrique des tentes (les vendait-elle ?), se montre attentive aux besoins de la petite « église » qui se réunit dans sa maison. Elle est volontiers hospitalière, notamment envers l’apôtre Paul qui séjourne dans son foyer.

Le rôle social de la femme idéale ne s’arrête pas aux « bonnes œuvres » : elle s’exprime avec sagesse et donne volontiers des conseils (v. 26). Dans toute société, les femmes les plus âgées ont donné des conseils à leurs cadettes, sur tous les plans. On imagine sans peine cette bonne épouse dispenser de bons conseils à la jeune mariée pour qu’elle lui emboîte le pas et travaille utilement, afin de nourrir sa famille, élever ses enfants et combler son mari (cf. Tite 2. 3-5).

D’après la tradition juive, la femme joue également un rôle religieux au sein de la famille : c’est elle qui instruit les enfants dans la foi et leur transmet les règles de vie conformes à la volonté de Dieu.
Enfin, cette femme n’est pas austère : on a le net sentiment qu’elle travaille en toute liberté, qu’elle sourit à la vie et rend heureux son mari (v. 12), ses enfants (v. 28) et les pauvres qu’elle secourt avec bienveillance. Avec tant de dons et de vigueur, elle a toutes les raisons d’être optimiste et d’affronter l’avenir avec confiance !

Conclusion

La femme idéale… et la réalité : ce portrait de la femme de valeur, nous le rappelons, est l’idéal féminin (d’après la Bible), offert à notre méditation. La réalité est parfois très éloignée de cette description exemplaire. Combien de femmes n’ont pas cette « chance » de vivre dans un foyer harmonieux, ces capa- cités hors du commun, cette personnalité sans faille ? Comment ne pas penser, par exemple, à la situation des femmes africaines aujourd’hui ? Certaines d’entre elles mériteraient pourtant les mêmes éloges. Leur travail assidu, leur force de caractère, leur générosité et leur foi sont tout aussi remarquables. Mais, là encore, les femmes qui s’en sortent le mieux sont plutôt l’exception que la règle. Les maris africains ne sont pas tous des notables ou des sages, « conseillers (municipaux) écoutés aux portes de la ville », comme dans ce poème ! Les femmes assument, souvent seules, presque toutes les charges du foyer : elles travaillent du (petit) matin au soir, leur journée se passe aux champs où elles tri- ment sans relâche, tout en chantant… Elles n’en préparent pas moins les repas, lavent les enfants, font la vaisselle, vont chercher l’eau au puits, ramassent le bois pour alimenter le feu…

Leur mari peut avoir confiance en leur épouse ! Elle se montre, hélas (ou heureusement), souvent plus fiable que lui… Que l’on prête de l’argent à ces femmes africaines, elles savent l’investir à bon escient, créer une « micro entreprise », faire fructifier leur pécule, rembourser leur emprunt dans les délais convenus, épargner encore un petit reste pour affronter les jours plus difficiles. L’éducation des jeunes filles, leur protection contre les abus de toutes sortes, deviennent les véritables enjeux pour que les femmes des pays en développement s’épanouissent sous le regard du Seigneur, et procurent à leur tour la joie à leur foyer.
La femme idéale est enfin l’image de l’Eglise, épouse du Christ. Le portrait esquissé par l’auteur du livre des Proverbes nous révèle ainsi l’exemple d’une femme vertueuse entre toutes, qu’il faut suivre.

Texte écrit par Frédéric Baudin

Extrait du dossier « Le Sud a besoin des femmes » disponible sur le site du SEL. 

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