La femme de Proverbes 31 et les femmes du Sud aujourd’hui [1/3]

La Bible n’aborde pas directement la thématique contemporaine du rôle des femmes dans le développement, mais le portrait de la femme de Proverbes 31 peut stimuler notre réflexion et faire évoluer notre regard.

Introduction

La femme décrite dans le dernier chapitre du livre des Proverbes est une femme « bien » sous tout rapport ! L’adjectif « ’haïl », que l’on traduit généralement par « vaillante » ou « de valeur » (ce qui est exact), contient aussi l’idée de force, de compétence, de réussite. Cette femme n’est pas l’image de toutes les femmes, qui ne possèdent pas forcément des dons aussi exceptionnels, ni des moyens financiers suffisants pour se « vêtir de fin lin » ou investir de l’argent dans le commerce ! Elle représente donc un idéal très élevé, propre à décourager toute femme en quête de perfection ! Ce portrait ne manque toutefois pas de réalisme, c’est même une description fidèle de nombreuses femmes dans notre monde, en particulier en Afrique où les tâches quotidiennes ressemblent aux travaux décrits dans ce texte.

Cela n’enlève rien au caractère remarquable de cette femme vertueuse, en particulier dans le contexte du Moyen-Orient ancien. Les femmes juives étaient en effet privilégiées, si on les compare aux femmes des autres civilisations anciennes. Dans l’empire sumérien ou Babylonien, la femme était relativement protégée par les lois matrimoniales en vigueur, mais elle n’était pas un être créé par Dieu à son image. Sauf exception, son rôle social et religieux restait limité. La femme grecque ou romaine avait un statut à mi-chemin entre l’homme et l’esclave, les philosophes la tenaient souvent pour un être inférieur. La femme juive, au contraire, secondait efficacement son mari, elle tenait une place de premier rang dans la famille, et son rôle ne se cantonnait pas à la cuisine et au ménage ! Il s’étendait au domaine économique et social, la femme devenait ainsi un véritable pilier de la maison.

1. La femme idéale et sa famille

Le portrait de la femme de valeur commence par une phrase éloquente :
« Son mari (du fond du cœur) a confiance en elle ». La suite semble donner une explication : elle ne dilapide pas les biens de la maison ! Économe, cette femme mérite en effet la confiance de sa famille, mais ses qualités s’étendent au-delà d’une saine gestion. L’ensemble du poème donne bien des raisons à tous les siens d’être pleinement satisfaits ! Ses enfants s’associent à la louange paternelle et la félicitent (littéralement : la disent bienheureuse). La Loi de Moïse met la femme sur le même plan que le mari au regard des enfants : ils lui doivent l’honneur, par amour.

Le poème chante le bonheur d’un couple et d’une famille. Il contraste avec d’autres textes anciens, bibliques ou non, qui évoquent les discordes conjugales, les haines familiales, les déboires et les riva- lités de la polygamie ou les trahisons adultères. Nous retrouvons les accents des premiers chapitres de la Genèse, le projet idéal du Créateur pour l’homme et la femme : former un couple uni (exclusivement monogame et hétérosexuel !) et avoir des enfants.

L’harmonie de cette famille découle de la « crainte du Seigneur », une piété sincère, un amour et un respect authentiques pour Dieu. Le livre des Proverbes abonde en recommandations adressées à l’homme, à la femme et aux enfants, pour vivre dans la communion avec Dieu. La famille doit beaucoup à cette mère cou- rage, qui « surpasse toutes les autres jeunes femmes » (v. 29), elles aussi vaillantes. Sa foi en Dieu est la base de toute sa vie. La femme vertueuse ne manque pas d’observer le plus grand des commandements. Sa « crainte de Dieu » est jugée plus importante que sa beauté (v. 30) ! Cette femme pieuse est cependant vêtue d’habits en tissu de la meilleure qualité, du fin lin ou des étoffes teintes. Sa parure ne masque pas quelque vice intérieur, elle est au contraire le reflet de sa personnalité haute en couleurs les plus pures. Son dynamisme et son rayonne- ment sont ses véritables vêtements (v. 25, cf. 1 Pierre 3. 1-7). Sa piété est exemplaire, et son travail quotidien est d’autant plus efficace.

Cette femme spirituelle et pratique ordonne sa journée en fonction des priorités : toutes ses activités visent au bien- être de la famille, d’abord à l’intérieur même de sa maison, puis en dehors. Elle se lève de bon matin, prépare le repas – un véritable déjeuner, consistant, après le jeûne nocturne : ce repas devra fournir l’énergie nécessaire jusqu’au repas du soir (ou au mieux en début d’après-midi). Elle donne ensuite ses ordres aux servantes et distribue les tâches.
Cette famille occupe une position sociale élevée (le mari est un notable de la ville), et la maîtresse de maison doit assurer la bonne marche de son foyer comme de ses affaires. Elle s’assure que ses enfants ont de quoi se nourrir et se vêtir convenablement. Elle est prévoyante et se prépare à l’avance pour affronter la mauvaise saison. Elle file elle-même la laine et tisse les tuniques pour toute la famille, chaudes pour l’hiver, plus légères pour l’été. Mais l’activité de la femme de valeur ne se limite pas à la préparation des repas et à la confection de vêtements !

Texte écrit par Frédéric Baudin

Extrait du dossier « Le Sud a besoin des femmes » disponible sur le site du SEL. 

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