Rubin Pohor (3) : « Dans la lutte contre la pauvreté, les communautés du Sud peuvent aussi soutenir celles du Nord ! »

Le sociologue et théologien ivoirien Rubin Pohor nous livre ses réflexions sur le sujet de la pauvreté au cours de 3 interviews…

Rubin Pohor est sociologue et théologien. Il dirige actuellement le Département de Développement Holistique (DDH) de la Faculté de Théologie Évangélique de l’Alliance Chrétienne (FATEAC) à Abidjan. Cet article s’inscrit dans une série de 3 interviews réalisées avec lui sur le sujet de la pauvreté et du développement…

SEL : Comment expliquer la pauvreté ? Quelles en sont les causes ?

Rubin Pohor : J’ai réalisé tout un travail ici en Côte d’Ivoire que j’ai intitulé : « Les États fabriquent les pauvres ». En effet, il arrive que la société elle-même mette en place un système qui produit de la pauvreté. Les causes de la pauvreté peuvent alors être multiples. La pauvreté peut provenir de l’État mais aussi de l’école ou encore de la famille. La famille peut alors être une fabrique de pauvres, en étant par exemple la source d’enfants de la rue.

Les raisons de la pauvreté sont multiples et bien souvent liées les unes aux autres. On peut penser au manque de structures sociales, d’encadrement, d’emplois… Il y a tout un tas de problèmes qui peuvent conduire à une fabrique des pauvres. Il ne faut pas non plus négliger les catastrophes naturelles et les aléas climatiques qui peuvent appauvrir les populations.

Enfin, il faut également parler des relations entre États et des coopérations internationales qui sont aussi des sources de pauvreté. On a souvent décrié les effets des programmes d’ajustements structurels[1] sur les économies des pays africains. Les politiques des États vis-à-vis de leurs propres populations peuvent leur être préjudiciables. Les conflits entre États mais aussi à l’intérieur des États sont également des sources de pauvreté.

À qui incombe la responsabilité d’agir face à la pauvreté ?

La responsabilité d’agir face à la pauvreté incombe à tout le monde mais il faut y aller étape par étape. Le premier point à relever, c’est qu’il y a une responsabilité de l’État à laquelle l’Église doit être vigilante. En effet, en tant que citoyens, les chrétiens doivent être vigilants à ce qu’il y ait une juste répartition des richesses nationales. Il y a là une explication importante à la pauvreté. Or, chacun doit pouvoir avoir suffisamment pour vivre.

Au niveau de l’Église, il y a aussi une responsabilité propre. Il peut y avoir de la pauvreté à l’intérieur de l’Église. Chaque communauté doit alors essayer de mettre en place en son sein des structures où les plus démunis peuvent être pris en charge par la communauté dans son ensemble. Si une communauté bien organisée peut donner chaque dimanche à manger à ses membres vulnérables, elle doit le faire.

Troisièmement, il faut aussi une solidarité entre chrétiens, au niveau des personnes. Nous devons être solidaires les uns les autres et nous devons rechercher une cohésion nationale et internationale autour du concept de pauvreté. L’Église est mondiale. Si l’aide aux personnes vulnérables doit d’abord être endogène (au sein de la communauté locale), elle peut aussi être exogène et venir de l’extérieur. Des choses peuvent être entreprises à l’international, que ce soit au niveau de l’Église mondiale ou bien des différents États.

Vous parlez de solidarité mondiale. En quoi les chrétiens du Nord doivent-ils se préoccuper de la pauvreté au Sud ?

Il est important que les chrétiens du Nord se préoccupent de la pauvreté au Sud. Pour mieux lutter contre la pauvreté, il faut un effort mondial. Donc les communautés du Nord doivent soutenir les communautés du Sud. Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’il y a aussi des pauvres au Nord et qu’il y a de plus en plus de communautés du Sud qui ont les moyens. Ainsi, dans la lutte contre la pauvreté, les communautés du Sud peuvent aussi soutenir celles du Nord qui seraient dans des situations de précarité. Il faut une solidarité à l’échelle mondiale entre chrétiens dans la lutte contre la pauvreté.

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[1] Les plans d’ajustements structurels sont des programmes de réformes économiques que le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale ont mis en place pour permettre aux pays touchés par de grandes difficultés économiques de sortir de leur crise économique. Ces programmes ont pu être conditionnés à des politiques de rigueur obligeant les pays en développement à d’importantes coupes dans des budgets tels que l’éducation ou la santé…

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