Intrants : une agriculture responsable est-elle possible ?

Au cœur des enjeux écologiques, la question de l’utilisation d’intrants est très controversée. Et pourtant elle demeure… Comment pratiquer une agriculture responsable quand le contexte climatique et démographique n’est pas favorable ? Est-ce même possible ? C’est la réflexion que nous avons décidé de mener.

« L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder. »

La Bible. Genèse 2.15

Dès le premier livre de la Bible, il est question de prendre soin de la création de Dieu… et de cultiver. Les deux sont donc étroitement liés. L’agriculture devait en effet servir le double emploi d’entretenir correctement l’environnement et de produire de la nourriture pour l’homme.

Malheureusement aujourd’hui nous sommes bien loin de cet idéal !

Un équilibre perdu

À certains endroits, les agriculteurs exploitent les terres sans les entretenir ; à d’autres, les terres s’appauvrissent au point de ne plus pouvoir remplir leur mandat initial de nourriture pour l’homme. Comment rétablir l’équilibre ?

Cette question, de plus en plus de personnes se la posent, sans toutefois avoir LA réponse toute faite. Car les pratiques agricoles font partie d’un système complexe dans lequel un ensemble de paramètres historiques, sociaux, techniques, environnementaux et même parfois politiques interviennent ! À cela s’ajoutent des conditions climatiques capricieuses et indubitablement plus dures dans certaines zones géographiques que dans d’autres.

Quand les paysans doivent s’adapter…

L’évolution du contexte climatique et du contexte démographique en Afrique de l’Ouest, pousse ainsi les paysans à devoir sans cesse s’adapter. Et là où des pratiques ancestrales permettaient autrefois de nourrir un village, il faut aujourd’hui en repenser les méthodes.

Parmi ces méthodes, il est indiscutable qu’il faille repenser l’utilisation des intrants. On entendra ici par « intrants » tout élément extérieur apporté à la parcelle de culture comme des :

  • semences ou plants
  • moyens de lutte contre les nuisibles
  • matières fertilisantes : engrais (qui apportent des éléments nutritifs aux végétaux), ou amendements (qui améliorent les propriétés du sol), etc…

Il ne s’agit donc pas nécessairement d’intrants de synthèse comme les engrais minéraux industriels ou les pesticides chimiques.

Une utilisation responsable des intrants

Les partenaires du SEL accompagnent les paysans afin qu’ils utilisent les intrants dans de bonnes conditions et de façon durable.

L’enjeu pour ces bénéficiaires est de pouvoir à la fois se nourrir maintenant en produisant plus et d’avoir une vision sur le long terme. Ainsi, même si certains intrants de synthèse, peuvent sembler être, de premier abord, une solution facile pour les paysans, les partenaires du SEL les encouragent à favoriser l’utilisation d’intrants organiques.

Pour cela, les projets qu’ils mettent en place incluent généralement une phase de formation à la fabrication et à l’utilisation d’engrais organique et de moyens de lutte naturelle contre les nuisibles.

Engrais chimiques, les grands ennemis ?

S’il arrive parfois que les paysans soient appuyés en engrais chimiques, c’est principalement pour les aider à redémarrer une production, le temps que le sol soit restauré par d’autres pratiques utilisées en parallèle. Ils peuvent ainsi déjà nourrir leur famille.

L’idée d’allier engrais chimiques et engrais organiques permet ainsi une transition sereine et temporaire.

Par exemple, lorsque l’on veut faire un compost organique, cela nécessite de long mois de préparation avant qu’il arrive à maturité et soit utilisable efficacement pour fertiliser les cultures. Et en attendant ? Les paysans ont besoin de continuer à produire pour vendre et faire vivre leur famille ! Une utilisation raisonnée d’engrais chimiques permet alors de pallier le manque de production durant cette période de transition. Celle-ci terminée, le paysan aura les moyens de continuer ses cultures grâce à l’engrais organique qu’il produit lui-même.

Rétablir l’équilibre agricole et environnemental

La faible productivité des cultures ne tient pas uniquement à l’utilisation d’intrants (organiques ou chimiques). Bien souvent, elle tient plutôt au fait que le sol même, est déjà entièrement dégradé. Sa restauration demande à la fois beaucoup de temps et l’utilisation conjointe de tout un ensemble de techniques.

Les partenaires du SEL mettent en œuvre diverses pratiques pour y remédier :

  • rotation des cultures,
  • associations de cultures,
  • agroforesterie,
  • cordons pierreux,
  • culture en zaï,
  • compost végétal ou fumier,
  • etc.

Ils sensibilisent également les paysans aux pratiques de bonne gestion économique, comme la diversification de leurs activités. Cette dernière, par exemple, permet d’assoir leurs capacités en renforçant, non seulement une activité en particulier, mais aussi (et surtout) la solidité économique de leur ferme.

Ainsi, l’accompagnement des paysans est un processus long et complexe qui demande une prise en charge globale de plusieurs aspects du système social, environnemental et économique dans lequel ils évoluent.

Ceci est un grand défi, mais les partenaires du SEL ont choisi de le relever !

C’est pourquoi ils sont en recherche constante de la manière la plus adaptée pour le relever, et cela, en accord avec leur engagement chrétien. Ils réfléchissent ainsi, avec les paysans, aux meilleures solutions pour répondre aux besoins multiples que sont nourrir les familles, développer une économie saine, et protéger l’environnement de façon durable.

Harmony KOECHLIN – Chargée des projets Agriculture du SEL

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2 comments

  • Bonjour,

    En tant qu’agricultrice, je m’intéresse naturellement aux projets agricoles menés par le SEL. Merci pour cet article qui montre bien la complexité de la chose tout en restant positif : des solutions existent, l’amélioration des conditions de vie et de culture des paysans est possible. Merci pour tout le travail du SEL auprès des cultivateurs.

    Aude, paysanne en Savoie

  • Et ile me semble que dans les contexte où le sol est abîmé, plus encore qu’ailleurs, il faut choisir des pratiques « écologiques », durable, pour assurer la pérennité et l’amélioration des terres. Et oui, je ne suis pas pour les intrants chimiques à la base, mais votre réflexion me paraît totalement équilibrer : d’abord nourrir les familles tout en mettant des améliorations en place. Merci Seigneur pour tous ceux qui s’investissent dans ces projets agricoles.

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