La pauvreté, parlons-en !

La pauvreté, quel vaste sujet ! Une chose est certaine, il fait parler de lui et, surtout fait réagir : interrogations, débats, révolte, indifférence… Mais sait-on vraiment ce que recouvre ce concept ? Creusez la question avec nous dans ce tour d’horizon.

Si nous sommes plutôt familiers du terme de pauvreté que nous retrouvons régulièrement dans des articles ou des discours, il nous faut reconnaître qu’il n’est pas toujours aisé de savoir ce que recouvre réellement cette notion. À partir de quel moment, une personne est-elle considérée comme pauvre ? La pauvreté ne revêt-elle qu’une dimension monétaire ? Autant de questions complexes auxquelles nous allons essayer d’apporter des pistes de réponse dans cet article. 

Des termes différents 

Pauvreté, précarité, misère, indigence… les mots sont nombreux pour désigner cette réalité douloureuse et les nuances qu’ils peuvent recouvrir ne sont pas toujours facilement perceptibles. Cette multiplicité de termes utilisés témoigne ainsi à elle seule de la difficulté d’arriver à cerner le sujet. Comme souvent dans ce type de réflexion, il peut alors être utile de repartir de la définition présente dans un dictionnaire. D’après le Larousse, la pauvreté correspond à l’« état de quelqu’un qui a peu de ressources financières, peu de biens ». On remarque que la dimension matérielle est essentielle dans cette perspective.  

Mesurer la pauvreté 

Repartant de la définition du Larousse, tout l’enjeu est d’arriver à déterminer ce que représente ce « peu ». À partir de quel moment une personne peut-elle être considérée comme ayant peu de biens ? Toute la difficulté est là. Plusieurs méthodes de calcul ont ainsi été mises en place pour essayer de mesurer la pauvreté. On parle de l’établissement de seuils de pauvreté.  

Les outils utilisés ne sont pas forcément les mêmes d’un pays à l’autre. Sommairement et à quelques exceptions près, comme les États-Unis, on constate un fonctionnement différent entre pays en développement et pays développés. Il faut alors garder à l’esprit que ces indicateurs correspondent à des conventions statistiques et ne sont pas des sciences exactes. Ils ont leur utilité mais aussi leurs limites. 

Le cas des pays en développement 

Le travail effectué par la Banque mondiale fait référence dans le domaine. Pour ces pays, c’est un seuil de pauvreté absolu qui est utilisé, c’est-à-dire que l’on définit une valeur fixe correspondant à ce dont les ménages ont besoin pour pouvoir satisfaire leurs besoins élémentaires.  

Depuis 2015, le seuil d’extrême pauvreté est fixé à 1,90 $ par jour et par personne. Si quelqu’un a moins que cette somme, il est alors considéré comme vivant dans l’extrême pauvreté. En 2017, la dernière année pour laquelle des chiffres ont été avancés, on estimait que 689 millions de personnes dans le monde vivaient sous le seuil de pauvreté international.  

Avec la pandémie de Covid-19, on peut malheureusement craindre une aggravation de ces chiffres. 

Le cas de la France 

Dans le cas des pays de l’Union européenne, c’est un seuil de pauvreté relatif qui est utilisé. Cette méthode tient compte du niveau de vie général dans le pays et mesure surtout les inégalités dans la répartition des revenus. Pour établir le seuil, on part du niveau de vie médian qui est celui qui partage la population en deux : la moitié gagne moins, l’autre moitié gagne plus.  

Est considérée comme pauvre toute personne dont le revenu, après impôts et prestations sociales, se trouve inférieur à 60 % du revenu médian. Ainsi, en 2018, pour une personne seule en France métropolitaine, le seuil de pauvreté relative mensuel était de 1 063 euros et 9,3 millions de personnes étaient concernées. 

Des choix pertinents mais arbitraires 

Il n’existe pas de mesure juste ou parfaite de la pauvreté. Les indicateurs varient d’un pays à l’autre et permettent uniquement de donner un aperçu du sujet. Si les choix effectués sont réfléchis et ont du sens, il n’empêche qu’ils ont forcément un aspect arbitraire.  

On constate ainsi des changements dans les données prises en compte. Dans le cas des pays en développement, la Banque mondiale utilisait jusqu’en 2015 un seuil d’extrême pauvreté à 1,25 $. Elle l’a fait évoluer pour être au plus proche de la réalité. Au niveau des pays développés, les organismes statistiques se basent habituellement sur un seuil à 60 % du niveau de vie médian, mais certains privilégient un seuil à 50 %.  

Bien que très instructifs, il faut ainsi savoir prendre un peu de recul sur les chiffres annoncés et surtout ne pas oublier qu’il est question de personnes derrière les courbes affichées. 

Plus qu’une dimension monétaire 

Les indicateurs absolus ou relatifs sont donc intéressants pour rendre compte du phénomène de pauvreté. Néanmoins, au-delà des débats statistiques, force est de constater qu’ils témoignent de certaines limites.  

En effet, ils ne permettent d’appréhender le sujet de la pauvreté que sous l’angle d’une perspective économique. Seulement, on peut légitimement se demander si la notion de pauvreté n’est pas plus globale.  

« La pauvreté, c’est avoir faim. La pauvreté, c’est être sans abri. La pauvreté, c’est être malade et ne pas pouvoir voir un médecin. La pauvreté, c’est ne pas pouvoir aller à l’école et ne pas savoir lire. La pauvreté, c’est ne pas avoir de travail, s’inquiéter de l’avenir et vivre au jour le jour. La pauvreté a de nombreux visages. Elle change de lieu en lieu et avec le temps », comme l’écrivent Michel Bolasell et André Bonet. 

Un phénomène pluridimensionnel 

Si le volet monétaire est essentiel pour définir la pauvreté, celle-ci ne doit pas non plus s’y réduire. La pauvreté est un phénomène complexe et pluridimensionnel.  

Dans la Bible, on peut ainsi lire chez l’Ecclésiaste qu’une des particularités de celui qui vit dans la pauvreté est de ne pas être écouté (Ecclésiaste 9.16). C’est une caractéristique moins habituellement remarquée de la situation de ces personnes mais elle est pourtant bien réelle.  

Il reste important en tout cas de pouvoir mettre des mots sur des concepts pour bien comprendre de quoi on parle. Il ne faut pas se réfugier derrière la complexité d’une notion malgré l’importance de la prendre en compte. C’est ainsi que Daniel Hillion, directeur des études dans notre structure propose la définition suivante au sujet de la pauvreté : 

« La pauvreté consiste à souffrir de carences dans la satisfaction de ses besoins de base et à être vulnérable face à diverses formes d’injustices. » 

Et vous, quelle serait votre définition ? 

Pour aller plus loin

Au SEL, nous travaillons avec des partenaires chrétiens qui œuvrent afin de faire reculer la pauvreté au sein de leurs communautés en Afrique subsaharienne. Pour en savoir plus sur les actions qu’ils mènent, rendez-vous sur notre site internet :

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