Idée reçue n°16 – « Les multinationales sont désormais plus puissantes que les Etats. »

Chaque semaine, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas !

Tout au long de l’année, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas ! Chaque jeudi matin, retrouvez ici cette chronique radio réalisée en collaboration avec Radio Arc-en-Ciel.

Cliquez sur le bouton de lecture ci-dessous pour écouter la chronique de la semaine :

Gwladys (Radio Arc-en-Ciel) : Avant de rentrer dans le vif du débat autour des multinationales, un petit rappel peut-être, qu’est-ce qu’une multinationale justement ?

Nicolas (SEL) : On peut repartir d’une définition donnée par l’économiste Charles-Albert Michalet, pour qui une firme multinationale ou transnationale est une entreprise, le plus souvent de grande taille, qui est partie d’une base nationale et qui est implantée dans plusieurs pays par le biais de ses filiales. S’il en existe depuis bien longtemps, c’est véritablement depuis les années 80 environ qu’elles sont montées en puissance et en nombre.

C’est donc la mondialisation devenue plus importante dans les années 80 qui a augmenté considérablement le pouvoir des multinationales ?

Effectivement, l’internationalisation toujours plus grande des échanges et l’amélioration des vecteurs de communication avec l’apparition d’internet notamment ont permis l’émergence d’une multitude de firmes transnationales. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), on comptait 7 000 multinationales au début des années 1980 alors qu’elles étaient 64 000 en 2002 .

Elles sont aujourd’hui un nouvel acteur des relations internationales aux côtés des États et certains affirment d’ailleurs qu’elles sont même devenues plus puissantes que les États. Comment peut-on dire ça ?

Ces personnes mettent en avant le fait que les multinationales se sont considérablement renforcées alors que dans le même temps les États donnent l’impression d’être de plus en plus désarmés à cause de leur dette grandissante ou encore de la hausse du chômage.

En 1999, dans son rapport mondial sur le développement humain, le PNUD – le Programme des Nations unies pour le développement – a montré que le chiffre d’affaires des plus grands groupes mondiaux pouvait dépasser le PIB (Produit Intérieur Brut) de nombreux pays. C’est ainsi qu’en 2012, le chiffre d’affaire d’Exxon Mobil s’élevait à 482 milliards de dollars, ce qui équivalait à peu près au PIB de la Norvège. Celui de Total était quant à lui de 240 milliards de dollars, ce qui correspondait au PIB des Philippines.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. C’est un constat plutôt impressionnant !

Les chiffres sont justes, pour autant les comparaisons sont néanmoins à relativiser. Comme je le disais, ce discours se fonde sur une comparaison du chiffre d’affaires de telle ou telle multinationale avec le PIB de tel ou tel pays. Or, certains économistes ont mis en avant que cette analogie n’était pas forcément très pertinente. En effet, le PIB d’un pays ne correspond pas au chiffre d’affaires d’une entreprise, mais plutôt à leur valeur ajoutée c’est-à-dire à leur chiffre d’affaires moins tout ce qu’elles-mêmes ont acheté à d’autres entreprises. Ces comparaisons sont donc à relativiser même si les multinationales restent bel et bien très puissantes.

Un autre élément qui va dans ce sens, c’est aussi que les États restent finalement les uniques dépositaires de la souveraineté ?

Oui. Si un certain nombre de cas – souvent mis en avant – ont pu illustrer les difficultés qu’une multinationale pouvait causer à un État, d’autres vont dans le sens inverse et montrent que les États n’ont pas totalement perdu pied. En témoigne par exemple, l’amende record de près de 9 milliards de dollars que la justice américaine a infligé en 2014 à la BNP Paribas pour violation d’embargo ou l’accusation d’abus de position dominante portée par la Commission européenne à l’égard de Google.

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