Idée reçue n°6 – « Nous ne pourrons pas nourrir 9,6 milliards de personnes en 2050. »

Chaque semaine, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas !

Tout au long de l’année, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas ! Chaque jeudi matin, retrouvez ici cette chronique radio réalisée en collaboration avec Radio Arc-en-Ciel.

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Gwladys (Radio Arc-en-Ciel) : 795 millions. C’est le nombre de personnes qui souffrent encore de la faim dans le monde en 2015. Faut-il alors en déduire que la Terre n’a pas les ressources pour nourrir l’ensemble de la population mondiale ?

Nicolas (SEL) : Non. Ce serait faire un raccourci un peu rapide puisque les ressources existent. En théorie, tout du moins. Selon des calculs de la FAO – l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture – le monde produirait suffisamment de nourriture pour alimenter douze milliards de personnes.

L’ancien rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, allait dans le même sens quand il affirmait en 2014 dans une interview au Point – je le cite – : « Nous vivons dans un monde qui, si l’on gérait adéquatement nos ressources, pourrait nourrir pratiquement deux fois la population de la planète ». Quelques chiffres. On produit l’équivalent de 4 500 kilocalories par personne et par jour. Ce qui est deux fois plus que les besoins journaliers de 7 milliards d’habitants…

Mais alors comment se fait-il que certaines personnes puissent encore souffrir de la faim ? Sommes-nous arriver à ce point ultime que l’économiste anglais Robert Malthus prophétisait déjà au XIXe siècle où « l’accroissement de la population se heurterait à une insuffisance des produits agricoles » ?

Petite précision. Le calcul de la FAO est avant tout là pour nous montrer que la Terre a les ressources suffisantes pour nourrir la population mondiale. Les chiffres nous enseignent que l’on n’est pas confronté à un problème de disponibilité des ressources alimentaires – puisqu’elles existent – mais que l’on est bien ici face à un problème d’accessibilité à ces ressources.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

Pour répondre plus précisément à la question, il faut se rappeler que le calcul de la FAO reste théorique. Si l’on produit suffisamment de nourriture pour alimenter 12 milliards de personnes, dans la pratique on constate qu’il y a des pertes « de la fourche à la fourchette ». Tout ce qui est produit n’est pas consommé directement par l’homme : une grande partie est gâchée ou perdue, une autre est destinée aux agrocarburants ou encore à la nourriture du bétail…

On voit là que le défi est double. Il faut réussir à nourrir les 9,6 milliards d’habitants prévus pour 2050, tout en préservant la planète…

Une des pistes va être d’augmenter les rendements agricoles. Ce sera indispensable et on a les ressources pour le faire. Mais ça risque de peser sur l’environnement.

Cette piste est bien existante mais elle ne sera pas suffisante ?

C’est tout l’enjeu. Un certain nombre de changements devront être entrepris. Deux pistes, brièvement, à titre d’exemple. Pour commencer, il faudrait réduire drastiquement la quantité de nourriture qui est gâchée. Selon une étude de la FAO de 2011, un tiers de la production alimentaire destinée à la consommation humaine est perdue ou gaspillée.

Une autre piste se trouve peut-être du côté du consommateur ?

La deuxième piste, c’est qu’il faudrait sûrement adapter nos habitudes alimentaires en réduisant tout particulièrement notre consommation de viande ou en mangeant des insectes. Les animaux qui sont élevés pour la consommation ont de grands besoins de céréales pour être nourris alors qu’une fois abattus, ils ne donnent que peu de matière à consommer en comparaison.

Pour aller plus loin : FAO, L’État de l’insécurité alimentaire dans le monde, Rapport 2015.

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