Faire reculer la pauvreté grâce au reboisement, c’est possible !

Interview de l’ABEP, partenaire local du SEL au Togo, qui, par le reboisement, lutte contre le réchauffement climatique, facteur de pauvreté.

ABEP Togo

La lutte contre le réchauffement climatique a fait l’actualité en cette période de COP21. A cette occasion, nous voudrions vous faire découvrir le travail remarquable d’ABEP, un des partenaires chrétiens du SEL qui lutte contre la déforestation au Togo. 

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Ankou Saram. Je dirige l’Association pour le Bien-Être de la Population (ABEP). Je suis aussi secrétaire général adjoint du bureau national des Assemblées de Dieu au Togo ainsi que pasteur titulaire d’une Eglise à Lomé.

Pourriez-vous nous présenter ABEP en quelques mots ?

ABEP est une association qui intervient principalement pour diminuer :

  • La pauvreté et l’exode rural,
  • Les effets du réchauffement climatique,
  • La malnutrition.

Plus précisément, quelles sont les activités d’ABEP ?

Le reboisement est notre activité principale. La formation et la sensibilisation dans ce domaine sont nos premières missions. Nous formons nos bénéficiaires au reboisement et nous les accompagnons dans la création de pépinières et la mise en terre des plants. Nous les aidons aussi à se regrouper dans le but de travailler en communauté et ainsi favoriser les bonnes synergies.
Faire seulement de la sensibilisation est insuffisant. Nous sensibilisons, mais nous formons aussi. Face à la déforestation, nous apportons des solutions concrètes grâce au reboisement : nous avons créé des pépinières qui permettent aux bénéficiaires d’avoir plus facilement accès aux plants à replanter.

Léquipe dABEP et des bénéficiaires
L’équipe d’ABEP et des bénéficiaires

Comment vous est venue l’idée d’agir dans ce domaine ?

J’ai été longtemps pasteur en milieu rural : j’ai pu constater la pauvreté au quotidien. En discutant avec les agriculteurs, j’ai compris qu’il leur était de plus en plus compliqué de cultiver : ils n’arrivaient plus à prévoir les pluies qui se décalaient, et même parfois ne venaient plus. Je me suis donc intéressé au réchauffement climatique. J’ai alors commencé à poser un autre regard sur l’abattage anarchique des arbres, vendus comme bois de chauffage pour la cuisine.
En effet, cette situation entraîne un exode rural important, d’abord chez les enfants d’agriculteurs qui partent vers les villes et pour les agriculteurs eux-mêmes qui n’arrivent plus à vivre correctement du travail de la terre.
Aujourd’hui, dans les lieux où nous agissons, les gens commencent à revenir et ceux qui sont restés ne pensent plus à partir. Grâce au reboisement et à l’utilisation de nouvelles techniques agricoles auxquelles nous les avons formés, ils arrivent à nouveau à subvenir à leurs besoins.

Quels sont les changements climatiques auxquels fait face le Togo ?

Cette année 2015 est un bon exemple : nous avons eu 4 mois de sécheresse au moment de la saison agricole dans le sud. Certains agriculteurs n’ont pas pu planter un seul grain de maïs ! Alors qu’au nord, où il est censé pleuvoir plus rarement, il y a eu trop de pluies et des inondations.

Comment ce projet vous permet-il de témoigner de votre foi en Dieu ?

reboisement
Ce projet invite les hommes à revenir dans leur village

Nous pensons que Dieu n’a pas voulu ces problèmes pour l’homme. Et que c’est Dieu qui nous a poussés à créer ce projet : lorsque nous mettons en place de nouvelles formations et que nous rencontrons de nouveaux bénéficiaires, nous rappelons toujours que c’est grâce à Dieu que ce projet existe. Ainsi ils voient que des églises, des chrétiens et des pasteurs s’inquiètent de leur bien-être. Et quand on leur dit que ce n’est pas nous, mais Dieu qui fait cela, ils sont surpris.

Quels sont les impacts positifs visibles dans la vie des bénéficiaires ?

Au quotidien et à travers ce projet, nous voyons qu’ils réussissent à mieux se prendre en charge et surtout qu’ils ne souhaitent plus s’en aller. Grâce au projet, leurs ressources financières augmentent, ils arrivent à scolariser leurs enfants et à prendre en charge les dépenses de santé. Nous voyons particulièrement une différence au niveau de l’accouchement des femmes qui se fait dans de meilleures conditions, dans des centres de santé, plutôt qu’à la maison.
Nous voyons aussi une meilleure coopération entre les villageois. Ceux qui ont bénéficié des formations ont pu faire plusieurs récoltes cette année, ce qui leur a permis d’avoir un meilleur rendement.
Aujourd’hui, les bénéficiaires comprennent mieux les risques du réchauffement climatique et l’importance des arbres dans notre pays.

Quels sont les effets positifs espérés sur le long terme ?

Sur le long terme, nous souhaitons participer à freiner le réchauffement climatique et ainsi réguler la pluviométrie. Replanter des arbres nous permettra aussi d’avoir de la matière organique, indispensable pour fertiliser les terres et freiner l’érosion des sols.
Nous espérons aussi que ce soit un bon levier économique pour les familles : elles pourront, à terme, vendre leurs arbres pour faire du bois de chauffe, dans un cadre de coupes raisonnées. Grâce à ces projets, nous espérons que les villageois pourront sortir de la pauvreté.

Grâce à vos dons, le SEL soutient l’ABEP

Le financement du projet permet aussi l’achat de matériel de transport

Grâce au soutien de nos donateurs, le SEL a commencé à aider l’ABEP en 2009 à travers un projet pilote de reboisement, pour un budget 5 000 €. Le but était de lutter contre le changement climatique, la déforestation et la pauvreté en favorisant le reboisement. L’objectif étant, à terme, de freiner l’exode rural et d’améliorer les conditions de vie de la population.
Ce projet pilote ayant bien fonctionné, le SEL a renforcé son partenariat en 2013 avec nouveau plan d’action à hauteur de 66 000 €, versé sur trois ans à l’ABEP.
Chaque année, ce projet permet de former 300 personnes et de reboiser 15 hectares.

Grâce au soutien fidèle de nos donateurs, le SEL permet à l’ABEP de :
– reconstituer la végétation de la zone du projet,
– renforcer la capacité financière des populations.
C’est en soutenant ce type d’actions que le SEL fait reculer la pauvreté.

Pour soutenir les projets agricoles du SEL en Afrique francophone, cliquez ici.

4 comments

  • Bonjour à tous
    Merci pour cet article très interressant, ça va dans le bon sens…Une question cependant reste sans réponse : comment les familles cuisinent -elles si elles ne coupent plus de bois ? four solaire ?
    merci de votre réponse
    C reynaud

    • Bonjour Claudine,
      Effectivement, dans l’idéal, il faudrait que la cuisine au bois diminue car c’est probablement l’une des plus grande cause de déforestation. Certains pays, comme le Burkina Faso par exemple, favorisent la cuisine au gaz pour lutter contre la déforestation.
      Cependant, ABEP, à travers son action, met plutôt l’accent sur les changements de mentalité, nécessaires pour développer la reforestation. L’association propose une gestion raisonnée des coupes, plutôt qu’un abattage anarchique. De même, elle insiste sur l’importance de replanter. Si l’on replante à chaque fois que l’on coupe, on entre dans une gestion durable.
      Ainsi, leur but n’est pas de freiner la cuisine au bois, mais de freiner la déforestation en replantant et pourquoi pas un jour, inverser la tendance.
      Bien à vous,
      Bastien Saint-Ellier
      Chargé de projets agriculture au SEL

  • Bonjour,
    Merci pour votre action magnifique. Votre association travaille-t ’elle de façon indépendante ou faites vous partie d’un réseau ? Existe-t’il une association dans la région de Lagos au Nigéria qui dispense des conseils aux fermiers pour leur permettre d’améliorer leurs rendements ?
    Merci par avance pour votre réponse.

    • Bonjour,

      Effectivement, nous faisons partie de plusieurs réseaux (vous pourrez en lire plus sur ce lien : http://www.selfrance.org/index.php?id=affiliations). Sur le terrain, nous travaillons avec des associations locales chrétiennes.
      Malheureusement, le SEL n’a pas de partenaires au Nigéria, mais il existe probablement d’autres associations qui travaillent dans cette zone.

      Bien cordialement,

      Bastien Saint-Ellier
      Chargé de projets au SEL

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