Portrait [19/25] : Alexandre Lombard (1810-1887)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

Alexandre Lombard

Peu connu, Alexandre Lombard fait partie de ces nombreux laïcs qui s’engagent vigoureusement pour leurs convictions sans pour autant avoir une tâche pastorale. Banquier genevois, le combat qu’il mène peut sembler assez original puisqu’il plaide en faveur de la sanctification du dimanche, pour des raisons religieuses mais aussi sociales. Sa démarche militante lui vaudra d’ailleurs de recevoir le sobriquet de  « Lombard-Dimanche ».

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Quatrième de cinq enfants, Alexandre-Étienne Lombard est né en 1810 à Genève. D’origine italienne et liée au mouvement vaudois, sa famille a fui les persécutions religieuses et s’est réfugiée en Suisse à la fin du XVIe siècle. Malgré l’exil, les affaires vont rapidement prospérer et, en 1798, son père se lance dans le milieu de la finance en fondant un établissement bancaire.

Le jeune Alexandre marche alors sur ses pas. Il étudie dans les bonnes écoles de Genève puis poursuit par un apprentissage en commerce. Celui-ci le conduit jusqu’en Angleterre où il passe toute l’année 1832. Le choix de Liverpool n’est pas anodin. La ville est un nœud stratégique dans les relations avec les États-Unis et, en s’orientant vers les pays anglo-saxons, la banque familiale souhaite sortir de sa trop grande dépendance à l’égard des affaires françaises.

De retour sur le continent, Alexandre Lombard rejoint l’établissement fondé par son père et il en devient associé au milieu des années 1830. La période connaît quelques instabilités politique et économique mais les activités se développent et lui-même se fait progressivement connaître par l’étude qu’il fait du marché financier américain et qu’il retranscrit au moyen de quatre brochures.

Marié en 1840 à Élisabeth Rieu avec qui il aura six enfants, sa vie prend un tournant majeur en 1861 alors qu’il décide cette année-là de quitter le monde de la banque pour se consacrer exclusivement à ses combats philanthropiques et religieux.

Sur le plan spirituel, Alexandre Lombard va là aussi avoir un parcours relativement proche de celui de son père. D’abord éloigné de la religion, il revient dans un deuxième temps à la foi sous l’influence du mouvement du Réveil. Il rejoint notamment l’Église évangélique libre lorsque celle-ci se fonde en 1848 et ce sont ses convictions religieuses qui vont être à la base de son engagement social.

En septembre 1861 donc, Alexandre Lombard participe à une grande rencontre de l’Alliance évangélique à Genève. Une conférence porte sur le sujet de la sanctification du dimanche et c’est à cette occasion qu’un discours est prononcé par Frédéric Godet, un pasteur et professeur à la faculté de théologie de Neuchâtel à la pointe sur cette question. Le banquier genevois y assiste et, à la sortie, le président de la branche britannique de l’Alliance évangélique l’interpelle en lui disant qu’il est l’homme de ce combat.

Alexandre Lombard perçoit là un appel divin qui lui est adressé. Le terrain était déjà préparé et il ne lui en faut pas plus pour s’engager dans cette lutte. En novembre 1861, la Société genevoise pour la sanctification du dimanche est créée. Il en prend alors la vice-présidence puis la présidence elle-même en 1871.

Alexandre Lombard va investir son temps et sa fortune personnelle dans ce projet. Il écrit beaucoup et il va également financer plusieurs concours pour stimuler la réflexion sur le sujet. La revendication d’un jour de repos hebdomadaire se fait autant sur des considérations religieuses qu’économiques ou médicales.

En 1876, une Fédération internationale est créée et Alexandre Lombard en prend également la direction. Il voyage beaucoup pour essayer d’impulser une dynamique forte au mouvement mais, lorsqu’il décède en 1887, force est de constater que les avancées ne sont pas très importantes.

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En s’engageant sur la voie de l’observation du dimanche, Alexandre Lombard mène un combat qui va à l’encontre de l’esprit du siècle. En effet, cette période de l’histoire européenne se caractérise par une industrialisation à tout rompre et une priorité donnée au développement économique, au détriment des problématiques religieuses ou sociales. Au moyen de cet exemple, nous voyons que la foi chrétienne peut avoir un côté subversif, questionnant la société dans laquelle nous vivons.

Sources :

DUC Gérard, Alexandre Lombard : banquier et philanthrope (1810-1887), 2011.

KIRSCHLEGER Pierre-Yves, L’internationale protestante d’Alexandre Lombard, dit Lombard-Dimanche, Histoire, économie & société 2009/3 (28e année), p.55-69.

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