Portrait [14/25] : Anthony Ashley-Cooper (1801-1885)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

Alors qu’il a seulement 14-15 ans et qu’il se promène seul, Anthony Ashley-Cooper croise une demi-douzaine d’hommes ivres qui portent le cercueil d’un de leurs compagnons. Ils avancent en titubant, font tomber le cercueil, jurent et chantent. C’est cet événement tout simple qui le décide à consacrer sa vie aux pauvres et aux malheureux et qui fera de lui l’un des philanthropes les plus connus de son siècle.

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Anthony Ashley-Cooper est né en 1801 à Londres dans une famille de la noblesse britannique. De son enfance, il ne garde pas un particulièrement bon souvenir. En effet, ses parents ne lui témoignèrent que peu d’amour et l’école où il est placé à 7 ans est de celles où l’on envoie les enfants de l’aristocratie et où la cruauté et les mauvais traitements étaient permis. L’affection, c’est auprès d’une vieille gouvernante du nom de Maria Millis qu’il la trouve. C’est elle notamment qui l’éveille à la foi chrétienne.

À 12 ans, il change d’école et pour lui c’est une délivrance. Il poursuit ensuite ses études classiques avec succès, notamment à Oxford. Et en 1826, il débute sa carrière politique en étant élu à 25 ans au Parlement pour les Tories, l’ancêtre du parti conservateur.

À cette époque, la révolution industrielle bat son plein en Grande-Bretagne et elle s’accompagne de transformations sociales difficiles pour une part importante de la population. Lord Ashley, comme il est surnommé, va alors chercher toute sa vie à venir en aide aux plus démunis au moyen de ses différents mandats électoraux. Son raisonnement : « Nous aurons toujours des pauvres avec nous ; mais il n’est pas nécessaire que nous en ayons un si grand nombre. Des pauvres, oui, mais de pareils misérables, non ! »

Figure majeure du courant évangélique au XIXe siècle, Lord Ashley a mené de multiples combats mais trois d’entre eux l’ont particulièrement occupé et témoignent du réformateur social qu’il était. Le premier, qui l’est aussi chronologiquement, c’est l’attention qu’il a pu porter au traitement de ceux que l’on considérait comme aliénés.

Le second correspond aux nombreuses lois qu’il a proposé pour améliorer les conditions de vie des ouvriers et en particulier des enfants qui pouvaient travailler dès l’âge de 4-5 ans dans les mines ou comme ramoneurs. Enfin, son troisième combat majeur, il l’a mené hors du Parlement en contribuant au développement des écoles déguenillées qui correspondaient plus ou moins à des cours du soir pour les enfants les plus défavorisés.

Sur tous ces sujets, lord Ashley a dû persévérer et rester droit face aux tentations qu’il a dû subir. Il lui a fallu du temps pour arriver à faire évoluer tant bien que mal certaines lois et le silence, voire l’opposition, de certains chrétiens l’a particulièrement affecté. « Ce qui me surprend et me choque, c’est le silence et l’inertie des chrétiens ? De qui devrais-je, naturellement, attendre de l’aide et de la sympathie ? N’était-ce pas du clergé ? Eh bien, de ce côté-là, rien. »

Devenu lord Shaftesbury à la mort de son père en 1851, Anthony Ashley-Cooper n’aura pas eu une vie de famille de tout repos. Malgré son titre de noblesse, il était loin d’être riche et dépensait beaucoup pour les plus pauvres. De plus, ses relations avec son père n’auront été que successions de brouilles et de réconciliations car celui-ci n’acceptait pas la démarche sociale et militante de son fils.

Du côté de sa propre famille, les relations étaient bien meilleures. Il épousa en 1830 Emilie, celle qui sera sa femme pendant un peu plus de 40 ans et avec qui il forma un couple d’une complicité peu commune. Mais le décès de celle-ci en 1872 ainsi que ceux de 4 de ses 10 enfants de son vivant furent des épreuves douloureuses pour lui. Il continua néanmoins son combat sans relâche jusqu’à sa mort en octobre 1885 à l’âge de 84 ans.

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La lecture du journal de lord Ashley témoigne de la profondeur de la foi de cet homme mais elle nous montre aussi quelqu’un qui pouvait manquer de confiance en lui et qui n’était peut-être pas le plus doué de sa génération. Il a ainsi pu écrire : « Quand je me compare aux autres, je suis accablé par le sentiment de mon incapacité. » Faisant écho à des récits bibliques comme celui de Moïse ou Gédéon, son histoire nous rappelle comment Dieu peut se glorifier au moyen de fervents croyants et en dépit de leurs faiblesses. Quel encouragement pour nous-mêmes !

Sources :

HODDER Edwin, Lord Ashley : Comte de Shaftesbury, Ed. Sack.

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