Portrait [23/25] : Caroline Malvesin (1806-1889)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

Quand il question d’ordres religieux, c’est presque automatiquement vers le catholicisme que se dirigent nos pensées. À certains égards, cela est logique car il y a toute une tradition ancienne et multiple de communautés religieuses dans ce courant du christianisme. Mais pourtant, il ne faudrait pas penser qu’il n’en existe aucune dans le protestantisme. À côté des communautés de Strasbourg et de Pomeyrol, les Diaconesses de Reuilly, fondées par Caroline Malvesin et Antoine Vermeil, forment en effet l’ordre religieux protestant le plus ancien en France.

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Dernière d’une famille de six enfants, Caroline Malvesin est née à Marseille en 1806. Elle y vit jusqu’à ses 13 ans environ et la mort de sa mère, une fervente chrétienne. À cette époque, son père, qui est négociant avec les colonies, est ruiné par le blocus continental décidé par Napoléon et il choisit de retourner vivre avec ses trois filles en Saintonge d’où il est originaire.

Plus âgées, ses sœurs se marient. Quant à Caroline, elle rêve dès ses 17 ans de consacrer sa vie à Dieu mais à cette époque il n’existe pas d’ordre religieux protestant. Elle prend alors soin de son père mais celui-ci décède quand elle a seulement 18 ans et dès lors, il lui faut gagner sa vie. Elle s’engage comme préceptrice dans une famille de la région pendant 7 ans puis rejoint l’une de ses sœurs à Bordeaux pour l’aider dans la gestion d’un pensionnat de jeunes filles.

À l’été 1839, le pasteur et théologien Adolphe Monod est de passage à Bordeaux. Caroline Malvesin l’entend prêcher à cette occasion et elle en est bouleversée. Suite à cet événement, elle va lui écrire pour lui demander des conseils et elle reçoit en retour une longue lettre émaillée de nombreux versets bibliques qu’elle va lire et relire. C’est de cette période précise qu’elle date sa conversion !

Consacrant déjà ses loisirs aux plus démunis, elle va désormais n’avoir de cesse de vouloir en faire plus. Ce profond désir va alors coïncider avec le projet d’Antoine Vermeil de fonder un ordre religieux de femmes. Installé à Paris, Antoine Vermeil est un pasteur protestant avec qui Caroline Malvesin s’est liée d’amitié lorsqu’il était quelques années plus tôt en poste à Bordeaux.

De février à août 1841, ils vont échanger de nombreuses lettres et c’est dans ce court laps de temps que va se dessiner ce qui deviendra par la suite les Diaconesses de Reuilly. Le défi est grand. Le protestantisme n’offre aucun modèle en France. Tout est donc à imaginer, qu’il s’agisse de la tenue des religieuses ou bien du vocabulaire utilisé…

En novembre 1841, c’est le lancement de la Communauté mais elle va très rapidement être à l’étroit dans la maison où elle est installée. C’est pourquoi l’œuvre déménage en octobre 1845 dans la rue de Reuilly, qui lui donnera son nom actuel. Tout se passe bien jusque-là mais quelques difficultés vont apparaitre : en interne, certaines recrues vont s’avérer fragiles et suite au décès de sa femme, Antoine Vermeil va devoir prendre quelques distances avec l’œuvre ; mais aussi en externe, avec notamment des critiques venant à la fois de libéraux mais aussi d’évangéliques.

Ces épreuves vont amener la Communauté à repenser sa structure dans les années 1850. Néanmoins, l’engagement social des sœurs reste au cœur de leur projet depuis l’origine. Celui-ci peut prendre différentes formes : infirmerie pour jeunes tuberculeux, refuge pour prostituées, visites et réinsertions de prisonnières…

Caroline Malvesin reste à la tête des Diaconesses de Reuilly pendant 26 ans. Fatiguée, elle souhaite passer la main mais c’est avec difficulté qu’est trouvé quelqu’un pour lui succéder. Retirée des affaires, elle mène une retraite active pendant plusieurs années jusqu’à son décès le 26 août 1889, la veille de son anniversaire. Son mot d’ordre, qu’elle reprend de la Bible, demeure : « veillez et priez. »

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La Communauté des Diaconesses de Reuilly existe encore aujourd’hui et elle rassemble des sœurs consacrées de différentes dénominations du protestantisme. La réussite d’une œuvre comme celle-là nous transmet alors le beau message que l’unité de l’Église est possible malgré les divisions qu’a pu parfois connaître le protestantisme au cours de son histoire.

Sources :

Sœur Elisabeth, Petite chronique de Reuilly à travers quelques visages, in Foi & Vie, Avril 1992, n°2, p.3-76.

MONOD S., La Soeur Malvesin, diaconesse (1806-1889), 1893.

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