Portrait exclusif : Amy Carmichael (1867-1951)

Au mois d’octobre 2017, le SEL a publié avec BLF Éditions le livre « Ils ont aimé leur prochain ». Cet ouvrage retrace le parcours de 31 figures chrétiennes de la solidarité. Découvrez dans cet article un 32e portrait exclusif : celui d’Amy Carmichael !

amy carmichael

Un dimanche matin apparemment ordinaire. Amy Carmichael est maintenant une jeune femme. Elle sort de l’église presbytérienne où elle a l’habitude de se rendre avec sa famille. Et pourtant, ce qui se passe va profondément la changer. Avec deux de ses frères, ils viennent en aide à une mendiante et font quelques pas avec elle. Les gens autour les regardent. Elle a honte. Arrivés à proximité d’une fontaine, elle entend une voix. Personne n’est présent mais elle discerne distinctement le verset d’1 Corinthiens 3 qui rappelle que l’œuvre de chacun sera dévoilée au jour du jugement. À partir de là, elle décide de ne faire que des choses qui ont de l’importance aux yeux de Dieu. Peu importe le regard des autres, quand bien même il s’agirait de chrétiens.

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Née en 1867 dans une famille irlandaise, Amy Carmichael est l’aînée de sept frères et sœurs. Alors qu’elle va sur ses dix-huit ans, son père, qui est meunier, décède tragiquement des suites d’une pneumonie. C’est un profond bouleversement. La jeune Amy doit alors venir en soutien à sa mère dans la gestion du foyer.

Ses premiers engagements

Peu de temps après, sa vie prend un autre tournant avec la révélation qu’elle reçoit en aidant une mendiante un dimanche. Elle désire ardemment servir Dieu mais n’a pas de domaine d’action de prédilection. Un soir, elle accompagne le père d’une amie dans les bidonvilles de Belfast. Elle se prend alors de compassion pour les « shawlies », ces pauvres ouvrières de l’industrie textile qui, faute de moyens, ne peuvent s’acheter de chapeau et se couvrent le visage d’un châle qui leur donne ce surnom.

Avec l’accord de son pasteur, Amy Carmichael commence par organiser des services où sont spécifiquement conviés les plus démunis. Nombreux sont ceux qui y viennent. Elle aimerait avoir son propre bâtiment mais n’a aucun moyen. Une femme va alors s’intéresser à son projet et décider de le financer. Le nouveau lieu est inauguré au début de l’année 1889 et est baptisé « The Welcome ».

Parallèlement, la situation financière de sa famille se complique. Un de leurs amis propose un emploi à sa mère près de Manchester. Il invite également Amy à l’accompagner car il y a de nombreuses industries textiles là-bas et elle pourrait y continuer son action. Partir lui coûte mais elle sent que c’est là son appel. Sur place, elle décide de vivre avec les plus démunis et de partager leur quotidien. Sa santé en pâtit mais son ministère se déroule plutôt bien.

L’appel missionnaire

Amy CarmichaelUn jour, elle se rappelle d’un sermon qu’elle a entendu plusieurs années auparavant et qui avait été prononcé par le célèbre missionnaire Hudson Taylor. Il interpellait l’auditoire sur le nombre important de personnes qui mourraient sans avoir entendu parler de l’Évangile. C’en devient une préoccupation et un sujet de prière pour Amy Carmichael qui progressivement va acquérir la conviction que Dieu l’appelle à partir.

Elle embarque sur un bateau en mars 1892. Direction le Japon. Amy Carmichael est malheureusement de nature fragile et son séjour là-bas est écourté par des soucis de santé. Elle se rend alors au Sri Lanka où elle reprend des forces. La jeune missionnaire y reçoit une lettre lui apprenant qu’un ami très cher a fait un AVC. Elle décide de rentrer à Londres pour se rendre à son chevet et pour le choyer.

Direction l’Inde

Sa détermination n’en est pas pour autant changée : elle pense toujours à partir en mission. Un jour, une amie infirmière lui parle d’un hôpital de la Zenana Mission Society, une œuvre de l’Église anglicane. Celui-ci est situé à Bangalore en Inde et le climat pourrait convenir à sa santé fragile. Amy prie, passe quelques entretiens et reprend la route vers l’est pour la deuxième et dernière fois. À cet instant, elle ne le sait pas encore mais elle ne reviendra jamais en Angleterre.

Sur place, sa relation avec les missionnaires déjà installés n’est pas évidente. Ils témoignent peu de leur foi et ne vivent pas directement au contact des Indiens. Amy a pourtant ce désir et elle va pouvoir le concrétiser grâce au soutien de Thomas Walker, le président de la société missionnaire en Inde. Avec quelques femmes du pays, elles forment un groupe qui sillonne la région et annonce l’Évangile : elles se donnent le nom de « Starry Cluster ». Nous sommes en décembre 1897.

Le contexte hindouiste rend la situation délicate. Les chrétiens, et plus particulièrement les convertis, ne sont pas bien perçus. À ces difficultés s’ajoute le fait qu’Amy va progressivement accueillir plusieurs enfants dont certains ont été victimes de la prostitution sacrée. Leur nombre grandissant, elle décide d’ouvrir un orphelinat à Dohnavur. Ce combat l’animera jusqu’à la fin de sa vie en janvier 1951. Conformément à sa demande, elle est enterrée sur place, au milieu de ceux qui l’ont accompagnée.

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En plus de son exemple de vie et de foi, Amy Carmichael nous a laissé en héritage de nombreux ouvrages. Auteure prolifique, elle a écrit toute sa vie et plus particulièrement durant les vingt dernières années car une grave chute l’obligeait à rester alitée une bonne partie du temps.

Couverture Ils ont aimé leur prochain

Lorsqu’elle transmet l’un de ses premiers manuscrits, elle s’entend dire qu’il est un peu déprimant à lire. En effet, ses premiers pas de missionnaire sont éprouvants et elle rencontre plus de difficultés que de véritables succès. L’éditeur lui suggère alors de rendre son texte plus joyeux. Pourtant, la réalité de ce qu’elle a vécu correspond à ce qu’elle avait décrit. Elle s’étonne de ce que les chrétiens ne veulent lire que des histoires positives de missionnaires se terminant par des « happy ends ».

Pourquoi les épreuves devraient-elles être passées sous silence ? Elles sont un élément de notre vie au même titre que les moments de joie. En faisant de nous ses serviteurs, Dieu ne nous a pas assurés d’un plein succès sur Terre mais il nous a demandé de lui être obéissant. C’est là l’essentiel. N’en ayons pas honte. « En effet, nos légères difficultés du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire. » (1 Corinthiens 4.17).

Pour aller plus loin :

Vous avez apprécié ce portrait ? Découvrez-en davantage dans le livre Ils ont aimé leur prochain. Fruit de la collaboration du SEL et de BLF Éditions, cet ouvrage retrace le parcours d’une trentaine de figures chrétiennes de la solidarité.

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