Portrait [10/25] : Félix Neff (1797-1829)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

Bien qu’il ait été court, le ministère de Félix Neff n’en a pas moins été retentissant. Marqué par un fort ancrage dans les Hautes-Alpes, il a été au bénéfice des populations locales qui ont su lui témoigner en retour leur reconnaissance dans une lettre qu’elles lui ont adressé peu avant qu’il ne décède : « Si nous avions été plus prompts à croire en Dieu, vous n’auriez pas eu besoin de vous fatiguer tant dans les neiges… Si notre sang vous était utile, nous vous le donnerions, et nous ne ferions pas plus pour vous que vous n’avez fait pour nous. »

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Félix Neff est né en 1797 à Genève au sein d’un contexte familial difficile. Abandonné par son père, c’est sa mère qui va l’élever. Se considérant davantage déiste que chrétienne, elle le fera néanmoins baptiser peu de temps après sa naissance. Pour faire face aux difficultés financières, le jeune Félix va rapidement quitter l’école et être placé comme apprenti chez un jardinier. Puis, à l’âge de 17 ans, il s’engage dans l’armée comme artilleur.

Quelques temps plus tard, Félix Neff et sa Garde sont envoyés protéger de la population mécontente les membres d’une Église issue du Réveil. Seulement, il ne semble pas partager les vues de ces réformateurs et il s’offusque de ce que l’on veuille les défendre. Plantant son sabre dans le sol, il aurait déclaré : « Je le plongerai dans le cœur du premier qui prendra la défense de ces misérables. »

Cette situation est cocasse puisque peu de temps après, Félix Neff devient l’un deux. En effet, en 1818, un pasteur distribue aux soldats des traités religieux traduits de l’anglais. Félix Neff en prend un qui est intitulé « Le miel découlant du Rocher » et sa lecture le bouleverse. Il se convertit dans la foulée et décide de consacrer sa vie à l’annonce de cette Bonne Nouvelle.

Ayant quitté l’armée, Félix Neff sillonne plusieurs cantons suisses comme évangéliste itinérant mais son profil atypique d’autodidacte ne tarde pas à lui attirer l’opposition des pasteurs établis. Il décide alors de partir pour la France, à Grenoble d’abord, puis à quelques kilomètres au Sud à Mens. Là-bas, il fait l’effort d’apprendre le patois local et est plutôt bien accueilli par la population. Seulement, le pasteur qu’il remplaçait est de retour et il intrigue contre lui pour le faire partir car il n’apprécie pas ceux qu’il appelle les « mystiques de Genève ».

Âgé de 26 ans, Félix Neff persévère et il poursuit sa route en se rendant dans les Hautes-Alpes. C’est là-bas véritablement qu’il s’implante et que son ministère va porter ses fruits les plus visibles. La région est montagneuse, le climat est rude, mais Félix Neff est combattif et il n’économise pas ses efforts. La paroisse a beau s’étendre sur plusieurs vallées difficiles d’accès, il n’hésite pas à en parcourir les nombreux kilomètres, été comme hiver.

Si Félix Neff est avant tout un évangéliste, il ne peut pas faire abstraction de la misère des paysans qui l’entourent et très rapidement il va chercher à associer l’action sociale à la prédication de l’évangile. « J’ai, de ma main, essayé de leur rendre […] quelques services […] qui rectifient hautement l’idée si générale, même dans les Hautes-Alpes, qu’on ne peut s’adonner à l’œuvre du salut qu’au détriment des affaires temporelles, même de première nécessité. »

L’œuvre sociale de Félix Neff est multiple mais elle va tout particulièrement être reconnue pour deux domaines. L’instruction tout d’abord. Il va créer plusieurs écoles dont notamment en 1826 une école normale pour former des instituteurs. Et l’agriculture ensuite. Il va par exemple apprendre aux paysans à espacer leurs cultures de pommes de terre ce qui leur permettra d’augmenter considérablement leurs rendements. Souffrant, Félix Neff est malheureusement obligé de retourner à Genève. Il y décède jeune, en 1829, à l’âge de 31 ans seulement.

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L’histoire de Félix Neff rappelle celle d’une autre grande figure chrétienne qui s’est engagée dans l’action sociale : Jean-Frédéric Oberlin. La comparaison entre les deux hommes est souvent établie et Félix Neff n’aurait pas nié cet héritage puisqu’il a pu déclarer en son temps : « Dès mon arrivée, je pris cette vallée en affection, et je ressentis un désir ardent d’être pour ce peuple un nouvel Oberlin. » Cette proximité peut alors nous interroger sur les personnalités que nous prenons nous-mêmes en exemple pour nos vies. Qui sont-elles et en quoi nous inspirent-elles ?

Pour aller plus loin :

MONOD Wilfred, La nuée de témoins, Volume 2, p.90-117.

SERGY François, Figures évangéliques de résistance, Dossier Vivre n°35, p.109-114.

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