Portrait [9/25] : Jean Chrysostome (347-407)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

Considéré a posteriori comme l’un des principaux « Pères de l’Église », Jean Chrysostome était déjà très populaire en son temps. Réputé pour son éloquence, il n’a pas craint de mettre à profit son talent pour s’opposer aux puissants de son époque. Ses discours et ses écrits engagés vont alors autant participer de sa renommée que provoquer sa fin tragique.

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L’année de naissance de Jean Chrysostome n’est pas précisément établie. Il serait né entre 344 et 349 dans une famille chrétienne d’Antioche, une ville qui se trouve à proximité de l’actuelle frontière entre la Turquie et la Syrie. Son père est officier mais il décède malheureusement alors que Jean Chrysostome n’est encore qu’un enfant et c’est donc sa mère qui va l’élever seule.

Hormis le fait qu’il ait reçu une bonne éducation, on ne connaît globalement que peu d’éléments concernant sa jeunesse. Quoiqu’il en soit, à l’âge de 18 ans, Jean Chrysostome fait le choix de la foi et demande le baptême après avoir rencontré l’évêque d’Antioche, Mélèce. Ensuite, pendant trois ans, il va poursuivre ses études.

À l’époque, la vie monastique est fortement valorisée et Jean Chrysostome n’y est pas insensible. Seulement, il doit faire face à l’opposition de sa mère et ce n’est qu’une fois qu’elle est décédée qu’il entreprend de vivre en ermite. Plusieurs années passent mais la fatigue et le froid commencent à avoir raison de sa santé. Il quitte alors la grotte dans laquelle il s’est établi.

Durant l’hiver 380-381, Jean Chrysostome est ordonné diacre par Mélèce. Il poursuit ensuite son service au sein de l’Église et reçoit la prêtrise vers 40 ans, ce qui lui permet de prêcher et de dénoncer les abus qu’il constate. En effet, depuis qu’il est de retour à Antioche, Jean Chrysostome est confronté au luxe et aux mauvaises pratiques de ses habitants qui consultent des enchanteurs à la moindre maladie.

Ainsi, Jean Chrysostome ne craint pas de dénoncer ce qui le révolte et ses prédications se caractérisent par son franc-parler. Voici ce qu’il peut écrire alors qu’il critique non pas la richesse mais ses excès : « Ces femmes étaient vêtues de tuniques d’or et de soie, parées de diamants, et portaient à leurs oreilles la subsistance de 1000 pauvres. »

Jean Chrysostome est célèbre et vers 397 au décès de Nectaire, le patriarche de Constantinople, il va être nommé pour lui succéder sans même être prévenu. Il accepte ses nouvelles fonctions mais son style contraste. Il est austère, il préfère manger seul et il continue de plaider la cause des plus vulnérables en joignant l’acte à la parole. C’est ainsi qu’il emploie l’argent économisé par la réduction du train de vie de l’Église pour faire construire des hospices pour les malades ou les plus démunis.

Très apprécié par le peuple, son positionnement va néanmoins rapidement créer du mécontentement parmi les classes supérieures de la société et parmi les évêques qu’il peut critiquer en raison du décalage entre leur comportement et les valeurs prônées par les Évangiles.

À l’origine, Jean Chrysostome peut compter sur l’appui du couple impérial mais il va par la suite entrer violemment en conflit avec l’impératrice Eudoxie qu’il compare à la reine Jézabel de l’Ancien Testament. Plusieurs tentatives vont avoir lieu pour le déstabiliser mais il a le soutien populaire.

En 403, l’impératrice fait ériger une statue pour que le peuple lui rende un culte. C’en est trop pour Jean Chrysostome qui n’hésite pas à la critiquer ouvertement dans un sermon. La réplique ne se fait pas attendre. Eudoxie s’arrange pour que le patriarche soit condamné et exilé. Âgé et malade, Jean Chrysostome décède au loin en 407 mais il sera peu de temps après réhabilité.

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Chrysostome n’est pas son nom de famille mais un surnom. Il le reçoit vraisemblablement a posteriori au VIe siècle et cela signifie « Bouche d’or ». C’est une référence à ses talents oratoires et à la façon dont il a pu les mettre au service des plus démunis. Cette idée se retrouve également dans la Bible au proverbe 31 (8-9) : « Ouvre ta bouche pour celui qui ne peut pas s’exprimer, pour la cause de tous les délaissés ! Ouvre ta bouche, juge avec justice et défends le malheureux et le pauvre ! »  Et bien que cet ordre soit adressé à un roi, on peut légitimement se demander dans quelle mesure il pourrait aussi nous concerner.

Sources :

HAHLING Christophe, Jean Chrysostome, prédicateur des pauvres, in Les Cahiers de l’école pastorale n°74, 4e trimestre 2009, p.36-50.

MONOD Wilfred, La nuée de témoins, Volume 1, p.118-140.

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