Portrait [8/25] : Jean-Frédéric Oberlin (1740-1826)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

Figure incontournable en Alsace, Jean-Frédéric Oberlin a eu un ministère qui était enraciné dans une petite paroisse locale mais qui pourtant a eu un retentissement bien plus important. Homme d’action, il impressionne par le nombre et la diversité des projets qu’il a pu mener. Cherchant aussi bien à répondre aux besoins spirituels que physiques de ses paroissiens, il apparaît comme un précurseur de ce que l’on appelle aujourd’hui le développement holistique ou la mission intégrale.

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Jean-Frédéric Oberlin est né en 1740 à Strasbourg dans une famille protestante de 9 enfants. Très jeune, il exerce sur lui une stricte discipline, notamment en ce qui concerne l’argent et l’épargne. Ce comportement lui permet en conséquence d’exercer sa générosité. C’est ainsi qu’un jour, au marché, il offrit ses modestes économies à une paysanne dont les œufs avaient été brisés par des enfants mal intentionnés.

Jean-Frédéric Oberlin grandit et il va fortement être influencé par le piétisme. Le 1e janvier 1760, il a 20 ans et il rédige un document dans lequel il explique se consacrer entièrement à Dieu. Il écrit : « Dieu éternel et d’une sainteté infinie, je viens à toi, en confessant que je suis un grand pécheur. (…) Je te consacre tout ce que je suis et tout ce que j’ai : les facultés de mon âme, les membres de mon corps, ma fortune et mon temps. »

Suite à ses études de théologie, il pense initialement se destiner à une carrière d’aumônier militaire mais alors qu’il a 27 ans, on lui propose de devenir pasteur dans un coin reculé de l’Alsace. Le poste n’est pas particulièrement convoité car il s’agit d’une région pauvre, montagneuse et au climat rude mais Jean-Frédéric Oberlin accepte le défi.

Il s’établit en 1767 à Waldersbach, un village situé dans le comté du Ban-de-la-Roche, à quelques kilomètres au sud-ouest de Strasbourg. Et un an après, en 1768, il épouse Madeleine-Salomé Witter avec qui il aura 9 enfants.

Très rapidement, Jean-Frédéric Oberlin va être interpellé par les conditions de vie difficiles des habitants de la région. Il va alors s’efforcer de répondre tant aux besoins spirituels que matériels de ses paroissiens et les domaines dans lesquels il va s’engager vont être nombreux !

Il commence par développer l’industrie du tissage à domicile. Malheureusement, si ses efforts portent du fruit, ils vont être réduits à néant lorsqu’une filature mécanique s’installe dans les environs de sa région. Il ne se décourage pas pour autant et il s’implique également dans l’agriculture au point de recevoir en 1818 une médaille d’or de la part de la Société royale et centrale d’agriculture de Paris.

La région étant mal desservie, Jean-Frédéric Oberlin va chercher à désenclaver le Ban-de-la-Roche en améliorant les différentes voies de communication. N’hésitant pas à donner l’exemple, il va lui-même prendre la pioche et participer à la construction de routes et de ponts. Son implication est totale et ne prendra fin qu’à l’heure de sa mort en 1826.

Enfin, c’est aussi et surtout dans le domaine de l’instruction que l’apport du pasteur alsacien va être reconnu. Jean-Frédéric Oberlin est frappé par le délaissement que peuvent connaître les enfants de moins de 6 ans qui ne sont pas en âge d’accompagner leurs parents aux champs. Avec sa servante et plus proche collaboratrice, Louis Scheppler, il va alors mettre en place des classes que l’on peut considérer comme une préfiguration de ce que seront les écoles maternelles.

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Nombreux sont ceux que le ministère de Jean-Frédéric Oberlin a pu inspirer. Son action a eu une forte résonance et déjà en son temps, Louis XVIII le nomma chevalier de la Légion d’honneur en 1819. Cette reconnaissance n’a néanmoins pas entamé son humilité et son esprit de service puisqu’il aurait déclaré à quelques amis qui le complimentaient :

« Le roi a eu la bonté de m’envoyer la décoration de la Légion d’honneur ; mais qu’ai-je fait pour la mériter ? Qui, dans ma situation, n’aurait pas fait ce que j’ai fait et peut-être mieux ? »

Sources :

DELFORGE Frédéric, Quarante témoins du Dieu vivant, 1979, p.123-125.

MONOD Wilfred, La nuée de témoins, Volume 2, p.60-82.

SERGY François, Figures évangéliques de résistance, Dossier Vivre n°35, 2013, p.123-128.

STOEBER Daniel Ehrenfried, Vie de J.F. Oberlin : pasteur à Waldbach au Ban-de-la-Roche, 1831.

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