Portrait [15/25] : Joséphine Butler (1828-1906)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

Pour beaucoup de nos contemporains, féminisme et christianisme sont loin d’aller de pair. Si pour partie cela dépend du sens dont on charge ces deux mots, il est une figure qui d’une certaine façon réussit le tour de force de les réconcilier dans son parcours. En effet, de par son combat pour les prostituées, Joséphine Butler est tout à la fois un modèle pour les féministes et pour les chrétiens.

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Descendante de réfugiés huguenots de par sa mère, Joséphine Elisabeth est née en 1828 et a grandi dans la campagne proche de la frontière écossaise. Elle est alors le septième enfant de la famille et elle reçoit une éducation à domicile avant de fréquenter pendant deux ans une école de Newcastle.

Son contexte familial favorise son inclination pour les questions sociales et politiques. En effet, John Grey, son père, est agronome mais il est aussi engagé publiquement sur des sujets comme l’abolition de l’esclavage. Le terrain est ainsi préparé pour celle qui deviendra une grande réformatrice sociale !

En 1852, Joséphine épouse le révérend George Butler avec qui elle aura quatre enfants. Ayant en commun leur foi évangélique et un même désir de réformer la société, il sera pour elle un profond encouragement tout au long de son ministère. Le couple s’installe d’abord à Oxford où George est enseignant puis déménage ensuite à Cheltenham où il devient vice-principal du Collège.

L’intérêt de Joséphine Butler pour la condition féminine est ancien mais il va prendre une toute autre tournure après qu’un terrible événement ait bouleversé sa vie. En 1864, leur fille unique et plus jeune enfant, Eva, tombe accidentellement dans les escaliers et décède sur le coup. C’est un choc pour tout le monde mais tout particulièrement pour Joséphine qui connaît une profonde dépression.

Au début de l’année 1866, toute la famille déménage à Liverpool où George est nommé principal du collège. Joséphine est seule une bonne partie de ses journées et elle a du mal à reprendre goût à la vie. Pour essayer de remonter la pente, elle décide de se consacrer à ceux qui ont une plus grande peine qu’elle et envers qui elle peut faire preuve de compassion. Les malheureux ne manquent pas dans la ville du Nord de l’Angleterre et cet engagement social va lui permettre de panser son cœur.

Initialement, les actions qu’elle mène sont multiples et à destination d’un public varié. Elle commence par héberger des femmes, souvent des prostituées atteintes de maladies vénériennes, d’abord chez elle puis ensuite dans un foyer qu’elle loue. Elle effectue aussi des visites à des prisonnières, recueille des marins malades ou des mères abandonnées par leurs maris. Les besoins sont nombreux et le dévouement de Joséphine Butler est total.

En 1869, elle effectue un voyage sur le continent au cours duquel elle se rend compte des nombreux problèmes que cause le système de la prostitution réglementée. À son retour, des médecins l’alarment de ce qu’un tel régime est progressivement en train d’être mis sur pied en Angleterre et ils l’enjoignent de prendre la tête d’une mobilisation sur le sujet. Partageant son fardeau avec son mari, celui-ci l’encourage dans son combat par cette réponse : « Allez, et que Dieu soit avec vous ! »

Joséphine Butler parcourt l’Angleterre pour convaincre les foules et des pétitions sont envoyées au Parlement. À partir de 1874, la cause abolitionniste se développe. Joséphine se rend également sur le continent pour porter le combat et une Fédération internationale est fondée en 1875.

Globalement, la militante est bien accueillie mais cela n’empêche pas qu’elle ait été l’objet de violences à plusieurs reprises. La lutte était dure mais elle n’était pas vaine. En 1886, la campagne s’achève avec succès ! Vingt ans plus tard, en 1906, Joséphine Butler décède laissant derrière elle une trace importante et de nombreux écrits.

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Comme de nombreuses personnalités chrétiennes qui ont défendu leurs convictions dans la société, Joséphine Butler a connu de l’opposition. À plusieurs reprises, sa vie a été menacée par des foules excitées par les tenanciers de bordels. Pourtant, l’attitude qu’elle a pu adopter en son temps est un modèle encore pour nous aujourd’hui dans la façon dont nous pouvons appréhender les relations humaines :

« N’oublions pas que Dieu peut changer les cœurs, et, tout en serrant nos rangs, que la charité envers nos ennemis soit notre règle, même envers ceux dont la haine est la plus amère. »

Sources :

Fédération abolitionniste internationale, In memoriam : Joséphine-E. Butler (1828-1906), Genève.

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