Portrait [13/25] : Louis-Lucien Rochat (1849-1917)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

Bien que relativement peu connue, la Croix-Bleue, dont Louis-Lucien Rochat est le fondateur, est pourtant la deuxième organisation mondiale d’aide aux personnes en difficultés avec l’alcool après les Alcooliques anonymes. C’est seulement 4 ans après sa création que la société trouva son nom et son emblème. L’idée d’emprunter la symbolique à la Croix-Rouge s’imposa progressivement à partir de 1881 après qu’un assistant eut déclaré : « Vous êtes l’ambulance de la grande armée antialcoolique. Vous ramassez les blessés et vous les guérissez. »

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Louis-Lucien Rochat est né en 1849 à Genève dans une famille où la douceur de la mère tempère un peu la sévérité du père. Celle-ci, profondément pieuse, encourage son fils à devenir pasteur mais l’un comme l’autre doivent faire face à l’opposition du paternel, fortement déçu par les intrigues qui se sont immiscées dans la vie ecclésiastique genevoise. Déprimé, la santé de son fils se dégrade et ce n’est que l’intervention du médecin de famille qui va avoir raison de l’intransigeance du père.

Quelques temps après et en l’espace de quelques mois seulement, Louis-Lucien Rochat et son frère Antony font l’apprentissage de la dureté de la vie en perdant coup sur coup leur père puis leur mère. La situation est précaire mais ils se rapprochent toujours plus de Dieu et Louis-Lucien Rochat est consacré pasteur en septembre 1875.

Attiré par l’Angleterre, il décide d’aller séjourner plusieurs mois là-bas et il va découvrir la richesse de la vie philanthropique et religieuse du pays. De passage à Londres pour quelques jours, c’est là qu’il entend pour la première fois le témoignage d’un buveur relevé et ce récit fait sur lui une forte impression. Pour lui, c’est Dieu qui est à l’œuvre !

Marqué par ce qu’il a pu entendre, il prend par la suite la résolution de s’essayer à l’abstinence totale. Quoique dérangé au début à l’idée de prendre la Cène avec du vin sans alcool, il veut pourtant voir si cela est vraiment possible car d’anciens buveurs lui ont expliqué qu’il s’agissait de la seule solution pour faire face aux problèmes de boisson, la modération n’apportant que trop de tentations.

De retour en Suisse, Louis-Lucien Rochat commence son ministère pastoral mais, un matin d’août 1877, il va avoir la conviction que Dieu l’appelle à s’engager dans une action auprès des alcooliques. Bien qu’il ne s’en sente pas capable, il s’en remet au Seigneur et il va profiter de la tenue à Genève d’un congrès pour la réforme des mœurs pour proposer une réunion parallèle. De cette rencontre naît la Société suisse de tempérance dont il prend la présidence effective.

Les débuts de l’œuvre ne sont pas un succès immédiat et ce n’est que petit à petit et à force de persévérance que le projet prend de l’ampleur. Progressivement, Louis-Lucien Rochat est amené à se déplacer en Europe pour des conférences et l’extension de l’œuvre implique qu’il délaisse le ministère pastoral pour s’y consacrer entièrement.

La Croix-Bleue, puisque c’est ainsi qu’elle est désormais appelée, dépasse les frontières et une Fédération internationale est créée en 1886 pour coordonner les différentes initiatives. Les nombreux témoignages de vies changées attestent du rôle important joué par l’œuvre qui a notamment sauvée certaines tribus canaques d’une disparition certaine à cause de l’alcoolisme.

Dans son combat, Louis-Lucien Rochat, qui n’a pas eu d’enfants, a pu compter sur le soutien indéfectible de sa femme, qui était déjà engagée auprès de la Croix-Bleue avant de le rencontrer, et de son frère Antony qui lui succèdera à la tête du comité de la Fédération internationale en 1904. Il décède en décembre 1917 alors que la Croix-Bleue mondiale compte environ 139 000 membres.

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Lors de la cérémonie d’adieu à Louis-Lucien Rochat, un des buveurs relevés prit la parole pour lui rendre hommage. Ce qu’il put dire à cette occasion doit nous interpeller sur la façon dont nous pouvons regarder les personnes qui nous entourent et qui passent par des situations de détresse. Il déclara : « Il nous a regardés comme des hommes à sauver, comme des frères. (…) il a compris que le buveur n’est pas un être méprisable, mais un malheureux digne de sympathie et d’amour, et cet homme au cœur d’or est venu nous arracher à notre misère. »

Sources :

DELÉTRA Charles L., Un pionnier : L.-L. Rochat, éditions La Concorde.

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