Portrait [12/25] : Martin de Tours (316-397)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

Martin de Tours est l’une des figures les plus importantes de l’Église ancienne. Sa postérité peut se mesurer notamment au fait que son nom est non seulement devenu un patronyme mais qu’il est aujourd’hui encore celui qui est le plus porté en France. En effet, un peu plus de 230 000 personnes portent ce nom de famille en 2017. Il est alors intéressant de creuser la biographie de cette figure des premiers siècles de l’Église.

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Si l’histoire du manteau de Martin de Tours et son rôle fondateur dans l’implantation du monachisme en Gaule ont participé de sa célébrité, il faut néanmoins insister sur le fait que sa biographie relève au moins autant de la légende que de la réalité. En effet, s’il n’est pas dénué d’intérêt de retracer son parcours, nous ne pouvons néanmoins qu’être étonné de la faiblesse des sources relatant son histoire et qui se résument essentiellement à une hagiographie qu’a pu lui consacrer l’un de ses disciples, Sulpice Sévère.

Figure centrale de l’histoire de France, il est intéressant de noter que Martin ne serait pas né en Gaule mais bien dans une ville de l’actuelle Hongrie. La date de 316 est communément admise pour évoquer sa naissance dans une famille où les parents ne sont pas croyants. Son père est officier dans l’armée romaine et, malgré son désir précoce de servir Dieu, Martin est poussé à s’engager à son tour comme soldat.

Dès sa jeunesse, Martin fait preuve de charité. Il va voir les malades, aide les pauvres et nourrit ceux qui ont faim. Ayant un esclave à son service, il semblerait même qu’il le traite comme son frère et que s’il gagne de l’argent, il garde pour lui seulement le nécessaire et distribue le reste. Ces différentes actions participent alors à forger plus tard son surnom de « Martin le Miséricordieux ».

Mais plus encore, c’est surtout la célèbre image du soldat partageant sa tunique qui va ancrer la dimension sociale de son parcours. Affecté à Amiens, Martin rencontre dans la rue une personne démunie un soir de l’hiver 334. Il n’a plus un sou en poche car il a déjà tout distribué. Il ne lui reste que son manteau qu’il va alors couper en deux pour en donner la moitié au malheureux. La nuit suivante, le Christ lui apparaît dans une vision et adapte le verset de l’Évangile de Matthieu (25.40) : « Ce pauvre que tu as vêtu, c’est moi-même. »

Ensuite, les biographes se divisent. Pour certains, Martin va rapidement quitter l’armée alors que d’autres tempèrent et pensent qu’il y reste encore plusieurs années. Quoiqu’il en soit, Martin continue son cheminement et son baptême va coïncider avec le moment où il dépose les armes.

Il commence par s’installer à Poitiers où il rejoint Hilaire, l’évêque de la ville, mais un jour, il a la conviction qu’il doit retourner voir ses parents pour qu’ils se convertissent. Il entreprend le long voyage, connaît de nombreuses péripéties mais en fin de compte seule sa mère deviendra chrétienne. Il retourne alors à Poitiers où, rejoint par quelques disciples, il fonde un premier monastère.

En 371, l’évêque de Tours décède. Sous la pression populaire, Martin lui succède mais ça n’était pas véritablement sa volonté première. Cette nomination ne va pas vraiment être appréciée des autres évêques car il reste qui il est, gardant son idéal de pauvreté et sa discipline ascétique. Par la suite, Martin continue à implanter de nouveaux monastères, à propager l’Évangile et à réaliser de nombreux miracles. À l’approche de sa mort en 397, il s’en remet à la volonté divine : « Seigneur, si je suis encore nécessaire à ton peuple, je ne refuse pas le travail. Que ta volonté soit faite. »

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Réelle ou pas, en partie ou entièrement, l’histoire de Martin de Tours peut néanmoins nous interpeler. De nombreux épisodes de sa vie font notamment écho à des passages bien connus de la Bible et, à notre façon, nous sommes invités à les vivre également. L’image célèbre du soldat partageant sa tunique est ainsi une belle illustration du verset d’Ésaïe (58.7) :

« Partage ton pain avec celui qui a faim et fais entrer chez toi les pauvres sans foyer ! Quand tu vois un homme nu, couvre-le ! Ne cherche pas à éviter celui qui est fait de la même chair que toi ! »

Sources :

SEVERE Sulpice, Vie de Martin de Tours, in Les Moines d’Occident, p.17-50.

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