Portrait [21/25] : Mathilda Wrede (1864-1928)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

Au début des années 1890, Mathilda Wrede se rend en Angleterre pour un séjour de longue durée. Elle profite de l’occasion pour visiter un certain nombre de prisons du pays et pour marcher sur les traces d’Elizabeth Fry dont le ministère est une source d’inspiration pour le sien. C’est au cours de ce voyage qu’elle reçoit une broche en forme de blason qui finira par la caractériser. Quelques années après, elle l’adaptera et y inscrira en langue finnoise les mots qu’elle adressait aux prisonniers en pénétrant dans leurs cellules : « Grâce et Paix ! »

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L’histoire passionnante de Mathilda Wrede prend place en Finlande, alors grand-duché autonome de l’empire russe. Elle y naît en 1864 dans les provinces du Nord où son père est gouverneur général. La jeune Tilda, comme elle est surnommée, est la benjamine d’une famille nombreuse de la noblesse finlandaise. Sa mère décède tragiquement huit mois après sa naissance et c’est sa grande sœur, Hélène, qui va plus particulièrement s’occuper d’elle.

Au cours de son enfance, Mathilda ne manque de rien. Elle apprécie la compagnie des animaux et fait preuve de générosité dès son plus jeune âge. C’est ainsi qu’un jour elle revient à la maison pieds nus après avoir donné ses souliers à une jeune fille qui ne pouvait en avoir.

À l’âge de 11 ans, elle est envoyée dans un internat privé reconnu. L’éloignement lui pèse un peu mais elle finit par s’y habituer et réalise un bon cursus, notamment dans les langues étrangères. Elle revient dans sa famille vers ses 15 ans, une fois le cycle scolaire achevé, et elle s’apprête à occuper son rang de jeune femme de la noblesse finlandaise.

Le 5 mars 1883, trois jours avant son 19e anniversaire, Mathilda Wrede, curieuse, se rend avec l’une de ses sœurs à une conférence donnée par un évangéliste en vogue à cette époque. Ce qu’elle y entend n’est pas nouveau, pour l’habituée du catéchisme luthérien qu’elle est, mais les mots prennent un tout autre sens ce soir-là et une fois rentrée chez elle, la voilà qui se consacre à Dieu.

Quelques jours plus tard, c’est un événement banal qui va être à l’origine de sa vocation. La serrure de sa chambre ayant quelques problèmes, c’est un détenu qui vient la réparer comme c’était couramment le cas. Mathilda Wrede lui raconte sa conversion et l’homme l’enjoint de venir en prison partager son espérance. Promesse étant faite, elle s’y rend malgré les réticences de son père.

Le ministère de Mathilda Wrede auprès des prisonniers finlandais ne fait que commencer et, peu de temps après, Dieu la conforte dans cette voie au moyen d’une vision. Sa démarche étonne mais elle convainc jusqu’au gouverneur des prisons finlandaises qui lui délivre une autorisation officielle. Par la suite, elle recevra même, de la part du gouvernement finlandais, un abonnement lui permettant de circuler librement sur tous les chemins de fer d’État en reconnaissance de son travail.

Les prisonniers qu’elle rencontre sont rudes mais beaucoup d’entre eux se laissent toucher par sa démarche surprenante et courageuse. Si Mathilda Wrede vient avant tout pour communiquer l’Évangile aux détenus, elle ne peut pas non plus faire abstraction des conditions de vie déplorables qui sont les leurs. Dès lors, elle va n’avoir de cesse de chercher à les améliorer en militant pour des réformes pénitentiaires et en faisant connaître publiquement la réalité de leur quotidien.

Au sein de la société finlandaise, Mathilda Wrede est populaire. Seulement, elle s’attire aussi l’opposition d’une partie de l’administration pénitentiaire qui ne voit pas son action d’un bon œil. La première guerre mondiale puis la guerre civile finlandaise vont compliquer son activité déjà ralentie par ses soucis de santé. Elle décède le 25 décembre 1928, jour de Noël comme sa mère.

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Célibataire, Mathilda Wrede se sera entièrement consacrée à son ministère parmi les prisonniers. De nombreux récits témoignent également de la détermination qui était la sienne. Un matin, elle a beau se faire mal à la cheville, elle reste la journée entière à la prison de Kakola pour honorer ses rendez-vous. Le soir, le médecin se demande comment elle a fait car son pied est en fait cassé.

« Mon corps se brisera peut-être mais peu importe, pourvu que les autres en reçoivent une bénédiction. Ma vie, mes pensées, mon temps, mes forces, tout pour Dieu et pour les âmes des hommes. »

Sources :

KOCHER Hélène J., Mathilda Wrede : Lumière des geôles finlandaises, Éditions Labor et Fides, 1956.

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