Portrait [18/25] : Pandita Ramabai (1858-1922)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

« La femme qui apprend à lire devient veuve. » Ce proverbe populaire indien en vogue au XIXe siècle résume à lui seul l’état d’esprit qui pouvait régner dans la société de l’époque. La condition féminine n’y était pas facile et l’éducation des femmes était loin d’être une évidence. C’est pourtant dans ce combat que va se lancer Pandita Ramabai, une hindoue convertie au christianisme.

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Ramabai est née en 1858 d’un remariage de son père, veuf, avec une jeune hindoue. Celui-ci est un savant reconnu issu de la caste sacerdotale des brahmanes – la première des quatre grandes castes traditionnelles – et, contrairement aux habitudes de la période, il va avoir à cœur l’enseignement des différents membres de sa famille. C’est ainsi que Ramabai va grandir dans un milieu pauvre mais privilégié pour ce qui est du niveau d’éducation !

Suite au désarroi causé par le mariage raté de leur fille aînée, les parents de Ramabai sont vigilants en ce qui la concerne et c’est la raison pour laquelle elle n’est encore promise à aucun homme lorsqu’elle atteint ses 16 ans. Seulement, à peu près au même moment, ses deux parents décèdent tragiquement en l’espace de quelques semaines. Elle se retrouve alors seule avec son frère.

Les deux orphelins parcourent l’Inde et donnent des conférences au cours desquelles ils militent pour le développement de l’instruction des femmes. Un jour qu’ils sont à Calcutta, Ramabai est invitée à prendre la parole devant une assemblée de savants de la ville. Elle y fait sensation et reçoit le titre de Pandita qui signifie « lettrée ». Mais cette heureuse nouvelle s’accompagne peu après d’un événement bien moins réjouissant avec le décès de son frère bien-aimé.

Par la suite, Pandita Ramabai rencontre un bengalais, diplômé de l’université de Calcutta, avec qui elle décide de se marier au cours d’une cérémonie civile uniquement au début des années 1880. Le couple a tout juste le temps de donner naissance à une petite fille, prénommée Manorama, que le père décède du choléra, 19 mois seulement après les noces.

Veuve, Pandita Ramabai commence à acquérir une certaine renommée et elle décide de partir en Angleterre pour se former encore un peu plus. Là-bas, elle est amenée à côtoyer des chrétiens et à se tourner vers Dieu : « Je compris qu’il me prenait à son école et que, si j’allais à lui, c’était parce qu’il m’attirait lui-même. » Elle se fit baptiser avec sa fille, dans l’Église anglicane, le 29 septembre 1883.

Après un passage aux États-Unis suite à l’invitation d’une jeune hindoue étudiant la médecine et avec qui elle se lia d’amitié, Pandita Ramabai décide de retourner vivre en Inde poursuivre son combat. Quelques années auparavant, elle avait fondé une société de dames pour encourager l’instruction parmi les femmes et essayer de retarder les mariages de jeunes filles.

Désormais, Pandita Ramabai souhaite continuer de promouvoir l’éducation des femmes mais elle a aussi à cœur de s’occuper des veuves. Le recensement de 1893 en dénombrait 23 millions dont 64 000 avaient moins de 9 ans, en raison des mariages d’enfants. Dans la société hindoue, les veuves étaient marginalisées et leurs conditions de vie étaient difficiles. Un proverbe populaire permettait de rendre compte de cette situation en affirmant : « Mieux vaudrait mourir que de perdre son mari. »

Soutenue par des donateurs qu’elle a eu l’occasion de rencontrer lors de son séjour aux États-Unis, Pandita Ramabai va ouvrir des centres où elle va pouvoir recueillir et aider des personnes défavorisées, des veuves ou encore des orphelins. Elle prépare sa fille à prendre sa succession mais celle-ci meurt tragiquement en 1921. Peu de temps après, elle décède à son tour en 1922.

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Si elle est restée végétarienne et si elle continuait de porter le costume des veuves brahmanes, la vie de Pandita Ramabai a néanmoins été profondément changée par sa conversion. Pour elle, cet acte public était loin d’être anodin car les hindous le considéraient comme une trahison. En revenant en Inde pour poursuivre son combat auprès des femmes et des veuves, elle a fait preuve d’un courage qui peut être un exemple pour nous mais qui peut aussi nous inciter à prier pour ces croyants et croyantes dont l’engagement, notamment social, est particulièrement coûteux.

Sources :

MONOD William (Mme), Pandita Ramabai : la veuve indoue bienfaitrice des veuves, Libraire Fischbacher, 1894.

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