Portrait [16/25] : Philadelphe Delord (1869-1947)

Histoire – Chaque semaine, découvrez une personnalité chrétienne engagée dans l’action sociale et en quoi son récit a encore à nous apprendre aujourd’hui !

Philadelphe Delord

Missionnaire en Nouvelle-Calédonie, Philadelphe Delord y découvre la réalité tragique de la lèpre. Alors qu’il visite ce qui est présenté comme une léproserie, il se rend compte de la situation d’abandon dont sont victime les malheureux malades et qui se retrouve jusque dans le nom du lieu : Ha-Atoua signifiant « c’est fini ». La graine est semée mais le pasteur ne sait pas encore que ce défi deviendra le combat de sa vie et qu’il n’aura jamais aussi bien porté son singulier prénom, Philadelphe voulant dire « qui aime son frère/sa sœur » en grec ancien.

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Philadelphe Delord est né en 1869 dans le Gard. Sa jeunesse est marquée par deux souvenirs. Le premier est le dévouement dont peut faire preuve sa mère à l’égard de l’une de ses sœurs qui est restée paralysée toute sa vie. Le second est la dureté qui caractérisait l’éducation de son père, devenu méthodiste, et dont il sera libéré en étant placé au Collège protestant de Sainte-Foy.

Convaincu de sa vocation pastorale dès son enfance, Philadelphe Delord décide de rejoindre la Faculté libre de Genève, à l’âge de 19 ans, pour y poursuivre des études de théologie. En parallèle, il s’engage avec l’« Union chrétienne de jeunes gens » et y prend ses premières responsabilités avant de partir réaliser différents stages. À Bâle, il rejoint l’Église française en octobre 1891 et il fait là-bas la connaissance de Madeleine Cousin qu’il épouse au printemps de l’année suivante.

Les études pastorales terminées, le couple s’installe à Florac puis Marseille mais rapidement l’appel missionnaire va se faire sentir. Philadelphe Delord n’y est pas insensible mais il a, à cette époque, un enfant de 3 ans et un autre de 13 mois et il se demande si un tel projet est bien raisonnable. Finalement, la Société des missions évangéliques de Paris lui propose de partir à Maré en Nouvelle-Calédonie. Il accepte. Le départ est prévu pour le mois de décembre 1897.

À peine arrive-t-il sur place qu’il lui est demandé d’établir un rapport sur la situation des missions dans l’archipel. Philadelphe Delord s’exécute et il réalise de nombreux voyages qui lui permettent de prendre conscience de la détresse des canaques sur place. Leurs conditions de vie sont difficiles. Ils sont pauvres et l’alcool et les maladies les déciment.

Le missionnaire va tout particulièrement être interpelé par la situation des lépreux. Il réussit à mettre au point une préparation à base d’huile d’olives et de Chaulmoogra qui permet de soulager leurs souffrances et lorsqu’il quitte l’île en 1910, on lui délivre ce beau message de reconnaissance de leur part : « Nous voulons aussi vous dire merci, parce que vous nous avez aimés. »

Philadelphe Delord s’installe près de Lausanne avec sa famille mais il n’oublie pas les lépreux pour autant. Il continue d’envoyer des colis de potions en Nouvelle-Calédonie et il parle de leur situation dans des conférences.

En 1922, un riche mécène américain prend contact avec lui car il veut monter une œuvre pour les lépreux en France. Philadelphe Delord perçoit cette rencontre comme un signe divin alors même que cette idée commençait à le travailler depuis quelques temps. La concrétisation du projet ne sera pas une mince affaire mais, par la grâce de Dieu, il est en mesure d’acheter et de transformer la Chartreuse de Valbonne – un ancien monastère – en léproserie en 1929.

Philadelphe Delord prend sa retraite à la fin de l’année 1935 et s’en va vivre sur la Côte d’Azur. Il retourne néanmoins à Valbonne à la fin de la Seconde Guerre mondiale et y meurt en novembre 1947. Il est enterré dans le cimetière du cloître. Sur sa tombe sont gravées ces paroles de l’apôtre Paul qui font écho à son propre ministère auprès des lépreux : « Nul ne vit pour lui-même. »

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Alors qu’il sillonne la France pour acheter un bâtiment à transformer en léproserie, Philadelphe Delord essuie de nombreux refus. Nous pouvons alors nous émerveiller de voir comment Dieu a conduit les choses. En octobre 1925, lorsqu’il visite la chartreuse de Valbonne, il est convaincu d’avoir trouvé le bon endroit. Seulement, son prix de vente est dix fois supérieur aux ressources que son mécène américain mettait à sa disposition. La propriétaire ne trouvant pas d’acquéreur, une vente aux enchères est organisée. Alors que de nombreux acheteurs potentiels s’étaient fait connaître, le pasteur se trouve étrangement être le seul présent à la séance. Une somme ridiculement faible lui suffit pour acquérir l’ancien monastère et continuer son œuvre !

Sources :

CHRISTEN Ernest, Phil. Delord : Au secours des lépreux, Éditions Labor et Fides, 1949.

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