Agir face à la pauvreté : en raison de la nature humaine [2/4]

Finalement, en tant que chrétiens, pourquoi lutter contre la pauvreté ? Voici une série de 4 articles qui donneront différents éléments de réponse.

Notre action (ou notre inaction) par rapport à ceux qui vivent dans la pauvreté est liée non seulement à ce que nous croyons de Dieu (voir le premier article de notre série) mais aussi à la vision que nous nous faisons de l’être humain. C’est la manière dont nous regardons les autres – et peut-être aussi la manière dont nous nous regardons nous-mêmes – qui va nous guider dans notre manière d’agir pour ceux qui vivent dans la détresse. Quelques éléments de réflexion à partir de la Bible.

L’image de Dieu

Dans un passage bien connu, la Bible affirme : « Dieu créa les hommes pour qu’ils soient son image, oui, il les créa pour qu’ils soient l’image de Dieu. Il les créa homme et femme. » (Genèse 1.27 Bible du Semeur) L’interprétation précise du sens de l’expression « image de Dieu » a fait couler beaucoup d’encre, mais une chose est sûre : il s’agit d’une vérité d’une grande portée éthique. C’est parce que les humains sont créés en image de Dieu que le meurtre est si grave (cf. Genèse 9.6-7) et qu’il est inacceptable de maudire son prochain (cf. Jacques 3.9).

La logique de l’image de Dieu se trouve aussi en filigrane dans plusieurs passages qui parlent des pauvres :

  • « Qui opprime l’indigent déshonore celui qui l’a fait, mais qui a pitié du pauvre lui rend grâce. » (Proverbes 14.31)
  • « Qui se moque du pauvre déshonore celui qui l’a fait ; qui se réjouit d’un malheur ne sera pas tenu pour innocent. » (Proverbes 17.5)
  • « Celui qui a pitié de l’indigent prête à l’Éternel, qui lui rendra ce qui lui est dû. » (Proverbes 19.17)

Mon attitude à l’égard de mon prochain, notamment le pauvre, est liée à mon attitude envers Dieu.

En même temps, comme le souligne Henri Blocher, dans Révélation des origines, dire que l’homme est créé en image de Dieu devrait nourrir en nous l’humilité : « Une image n’est qu’une image. L’image n’a d’existence que dérivée. L’image n’est pas l’original, l’image n’est rien sans l’original. » Reconnaître que je ne suis « que » l’image de Dieu, que le monde tourne autour de Dieu et pas de moi me fait sortir de l’égocentrisme. Une telle attitude conduit à une vie centrée sur Dieu et celle-ci m’ouvre aux besoins des autres. En effet, l’un des moyens par excellence de servir le Seigneur consiste à honorer l’image de Dieu qu’est le prochain qu’il place sur mon chemin.

Une approche « holistique » de l’être humain

L’être humain est un être complexe avec plusieurs dimensions et plusieurs types de besoins :

  • Des besoins spirituels ;
  • Des besoins physiques ;
  • Des besoins relationnels et sociaux.

La Bible adopte une approche « holistique » de l’être humain, c’est-à-dire qu’elle prend en compte la totalité de ce qu’il est – « holistique » vient d’un mot grec qui désigne l’idée de totalité. L’Écriture ne considère pas que les besoins spirituels soient les seuls qui comptent : Dieu est celui qui nous donne la nourriture dont nous avons besoin et qui reconnaît qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul (cf. Genèse 1.29 et 2.18). Dieu confie même à l’humanité la tâche de multiplier, de remplir la terre et de la soumettre (Genèse 1.28) : c’est une tâche qui demande l’implication de toute la société humaine pour être réalisée – aucun individu ne peut l’accomplir à lui tout seul !

Lorsque nous gardons à l’esprit une telle vision de l’être humain, nous ne pouvons ni oublier sa dimension spirituelle et l’importance de l’annonce de la Parole de Dieu, ni nous désintéresser de ce qui est matériel et social. La pauvreté mérite que nous nous y intéressions et que nous passions à l’action pour y remédier.

Le prix que Dieu accorde à l’humanité

Tout au long de l’histoire du monde, Dieu a montré le prix qu’il attachait à l’humanité :

  • En créant l’homme et la femme comme son image ;
  • En n’abandonnant pas l’homme et la femme après leur péché ;
  • En faisant alliance avec toutes les créatures terrestres et même avec la terre (Genèse 9.13 et 9-11) ;
  • En envoyant Jésus pour le salut du monde.

Plusieurs passages de la Bible montrent les pauvres comme étant, humainement parlant, des personnes abandonnées : « Tous les frères du pauvre le haïssent ; combien plus ses amis s’éloignent-ils de lui ! Il recherche des entretiens, mais il n’y en a pas. » (Proverbes 19.7) C’est précisément dans ce type de situations humainement décourageantes, voire désespérantes, que nous pouvons manifester fortement le fait que nous croyons en un Dieu qui accorde du prix à l’humanité et qui ne l’a pas abandonnée. Comment ? En agissant différemment !

Conclusion

La vision biblique de l’être humain nous conduit à regarder notre prochain comme image de Dieu ; à reconnaître que l’ensemble de ses dimensions (spirituelle, physique, relationnelle et sociale) sont importantes ; à considérer que Dieu accorde du prix à l’humanité. Sur de telles bases, l’action face à la pauvreté prend un nouveau relief et se voit encouragée.

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