Prêcher l’amour du prochain pauvre et le mettre en pratique

A l’occasion de la Journée du SEL, Daniel Hillion, directeur des études au SEL, a questionné plusieurs pasteurs et théologiens sur la question de l’amour du prochain. Voici le résultat de son échange avec Jean-Philippe Bru, professeur de théologie pratique à la Faculté Jean Calvin à Aix-en-Provence.

Quelle place faudrait-il donner à la question de l’amour du prochain pauvre dans la prédication de nos Églises ?

Pour répondre à cette question, il faut envisager deux cas :

  • Si un pasteur a un intérêt particulier pour ce sujet, il est susceptible de l’aborder trop souvent au risque de fatiguer son auditoire et de créer un déséquilibre dans ses enseignements.
  • Si par contre, c’est un sujet qui ne l’intéresse pas, parce qu’il se concentre sur l’évangélisation et qu’il pense que les chrétiens évangéliques ne devraient pas se préoccuper du travail social, il risque de ne jamais l’aborder alors qu’il revient très régulièrement dans les Écritures.

J’encouragerais la démarche consistant à faire des séries de prédications suivies à partir de livres bibliques plutôt que de choisir son thème ou son texte sans suite d’un dimanche à l’autre. De cette manière nous laissons l’Écriture elle-même nous conduire le moment venu à traiter de l’amour du prochain pauvre.

En faisant ainsi, nous ne présumons pas des besoins de notre auditoire, mais nous laissons Dieu choisir pour nous et nous guider dans certains textes où nous ne serions pas allés naturellement parce qu’il sait qu’il s’y trouve une réponse pour des besoins de notre assemblée que nous ignorons nous-mêmes. Cela permet aussi d’éviter de manipuler un texte pour atteindre un objectif prédéfini que nous aurions à l’esprit ou de faire soupçonner à notre auditoire que nous aurions choisi un texte pour viser une faute précise au sein de l’Église.

Bien sûr, on peut aussi saisir des occasions spéciales comme la journée du SEL pour aborder ce sujet !

Pourriez-vous donner des conseils concernant le contenu d’une prédication sur l’amour du prochain pauvre ?

1. Exposer la loi de Dieu et donner des exemples concrets pour aider son prochain

Le prédicateur va exposer la volonté de Dieu, sa loi. Il sera très important de donner des exemples concrets, de trouver des illustrations actuelles des principes énoncés sinon les gens ne verront pas ce qu’ils peuvent faire de ce qu’ils auront entendu. Et en même temps, il faut veiller à préserver la liberté de chacun de prendre ses propres décisions sur les questions qui relèvent de sa conscience personnelle. Par exemple ce n’est pas au prédicateur de dire à ses auditeurs s’ils peuvent ou non acheter tel ou tel produit fabriqué dans un pays pauvre dans des conditions caractérisées par des injustices.

2. Expliquer ce que serait une bonne motivation pour aider son prochain

Lorsque nous avons présenté la loi de Dieu concernant l’amour du prochain pauvre, il est possible qu’elle révèle ma faiblesse dans ce domaine et que je commence à me sentir coupable ou que j’essaie d’obéir sur la base de mauvaises motivations comme : « Le pasteur a dit qu’il fallait que j’aide les pauvres donc je vais le faire… » – alors même que mon cœur n’y est pas. Or plusieurs passages bibliques disent que lorsque je donne, je ne dois pas le faire avec tristesse mais avec joie.

Quand il propose une application concrète, le prédicateur doit donc aussi présenter ce que serait une bonne motivation pour entrer dans la démarche qu’il indique. Celle-ci sera toujours en lien avec l’œuvre que le Christ a accomplie. Lorsqu’on aborde la question des rapports entre riche et pauvres, la pensée à laquelle on peut se référer sans avoir peur de se tromper, c’est l’exemple du Christ lui-même qui s’est fait pauvre de riche qu’il était, afin que par sa pauvreté nous soyons enrichis (Cf. 2 Corinthiens 8.9). Le Christ a renoncé à sa gloire céleste, il s’est fait pauvre, il est devenu semblable à nous et notre serviteur afin de nous enrichir et de nous revêtir de toutes sortes de bénédictions. De la même manière, nous sommes appelés à renoncer à certaines de nos richesses afin d’enrichir les autres. Nous entrons dans une démarche d’imitation de Jésus-Christ.

3. Présenter Christ comme étant le seul a pouvoir aimer parfaitement

Mais une fois que l’on a donné cette bonne motivation, on n’est pas encore allé assez loin ! En effet, même ainsi, du fait que nous sommes encore pécheurs, notre conduite sera toujours marquée par des manquements. Nous aurons toujours le sentiment que nous n’aimons pas assez ou pas assez bien. Et c’est une réalité ! J’ai beau imiter l’exemple du Christ, je ne suis pas aussi parfait que lui. Je ne peux pas prétendre faire les choses aussi bien, aussi profondément et aussi purement que le Christ les a accomplies. Je dois toujours prendre le temps de développer dans ma prédication le fait que le Christ, par sa mort sur la croix, efface toutes les impuretés qui pourraient encore se trouver dans ma démarche. Je ne dois pas m’abstenir d’aider le pauvre à cause de telles imperfections, mais je dois le faire en remettant ma démarche entre les mains de Dieu et en lui demandant de la purifier. Là on est vraiment dans la pensée des Réformateurs.

Dans la suite de sa réflexion sur l’amour du prochain, Jean-Philippe Bru, développe toute une partie sur « le défi d’aimer en pratique », en répondant notamment aux questions suivantes :

  • Y a-t-il un piège qui consisterait à se contenter de parler de l’amour du prochain ou de prêcher sur le sujet sans le vivre ?
  • Quelles sont les stratégies que l’on adopterait pour éviter d’aimer son prochain en actes ?
  • Si nous pouvons être appelés à donner non seulement de notre superflu, mais aussi de notre nécessaire, est-ce que cela veut dire qu’il y a un problème avec le fait de posséder plus que le nécessaire ?

Pour lire la suite, inscrivez-vous à la Journée du SEL ! Vous trouverez le texte dans son intégralité, ainsi que d’autres réflexions sur le même sujet écrites par des pasteurs et théologiens.

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