Rebondir après un drame

En Bolivie, Rodrigo et ses frères et sœurs sont, malheureusement, devenus orphelins très tôt à cause d’un contexte familial violent et dysfonctionnel. Du haut de ses 19 ans, Rodrigo endosse, malgré lui, le rôle de chef de famille. Pour subvenir aux besoins des siens, il commence à travailler le jour et à étudier la nuit. Le personnel de son centre d’accueil, qui a toujours été présent à ses côtés, continue de l’être. Voici son histoire, ses propres mots.  

Un drame familial 

« Mardi matin. Comme d’habitude, j’aide ma mère à installer son petit stand de nourriture devant l’école avant d’aller en cours, même si ça ne m’enchante pas beaucoup. 

Une fois en classe, je sens que quelque chose ne va pas. Vers 10 heures, mon cœur s’accélère sans raison, et je suis essoufflé alors que je suis assis… Un sentiment étrange m’envahit. Je sens qu’il faut que je rentre à la maison, et je demande à partir. L’école me libère enfin à midi, et m’autorise à rentrer. Bizarrement, ma mère n’est plus devant l’entrée, et personne n’est passé récupérer ma petite sœur. Je passe la prendre, et on rentre à la maison. Par la fenêtre de la cuisine, je vois une casserole qui bout sur le feu. La porte est fermée. J’appelle ma mère, elle ne répond pas. J’entre dans la cuisine… Mes parents sont là, étalés sur le sol.  

Horrifié, je me mets à crier et à pleurer ; ma petite sœur s’approche, alors j’essuie mes larmes, et lui explique que c’est juste un rat. Je l’emmène chez le voisin, pour qu’il la garde, en attendant de savoir quoi faire. Je prie pour que ma mère se mette à respirer… Il faut qu’elle respire. Que vais-je faire sans elle ? Devant cette scène tout droit sortie d’un film d’horreur, j’en déduis que mon père a tué ma mère avant de se suicider, sans doute parce qu’il avait encore trop bu. Ce ne serait jamais arrivé s’il avait arrêté de boire… » 

Des responsabilités inattendues 

« Après le décès de mes parents, rien ne fut simple. J’étais trop jeune, personne ne voulait m’embaucher. Je devais travailler 7 jours sur 7, à droite et à gauche pour avoir de quoi nourrir mes frères et sœurs, et je faisais mes devoirs la nuit. Je finis par tomber malade avec ce rythme, et je me suis retrouvé hospitalisé pendant 3 semaines. »    

Une aide inespérée 

« Toute la violence dont j’ai été témoin pendant mon enfance, en plus d’un contexte de vie déjà difficile, m’a beaucoup fait souffrir et a laissé des séquelles. Heureusement que j’étais inscrit au centre d’accueil. Là-bas, j’ai découvert Dieu, et j’ai pu m’investir dans l’église locale. J’ai appris que Dieu me connaissait déjà, dans le ventre de ma mère, et qu’Il prenait soin de moi depuis toujours. Cette réalité m’a beaucoup touché. Je suis maintenant responsable du groupe de jeunes de l’église, et je fais partie de l’équipe de louange. »

Un nouveau départ  

Deux ans jour pour jour après cette sombre journée.    

« J’ai maintenant 19 ans, et j’étudie dans le domaine du bâtiment grâce aux cours du soir d’une université. Ça me permet de travailler la journée, pour pouvoir nourrir mes frères et sœurs. Au travail, j’ai la chance d’avoir un patron bienveillant qui voit en moi un grand potentiel. J’ai d’ailleurs été nommé contremaitre, alors que je suis le plus jeune de l’équipe.  

Je m’entends bien avec mes collègues aussi. Certains d’entre eux ont des problèmes d’alcool, et m’en parlent. Du coup, je leur parle de Dieu, et je prie parfois pour eux.  

Je n’aide plus ma mère à préparer son stand le matin. Maintenant, je me lève moi-même pour aller travailler. Elle n’emmène plus mes frères et sœurs à l’école : c’est mon rôle désormais.  

Quand j’étais plus jeune, je rêvais d’indépendance. Je n’aurais jamais cru que ça se ferait comme ça… Mais je suis reconnaissant au Seigneur malgré tout, car il me permet d’être là pour mes frères et sœurs. »

Un soutien précieux 

« Les moniteurs du centre d’accueil nous ont soutenus et entourés pendant toutes ces épreuves. Je leur en suis très reconnaissant. Ils n’ont pas arrêté de prier pour nous. Grâce au centre d’accueil, nous avons reçu des habits, de la nourriture, des visites, des appels… Cette situation aurait été insurmontable sans eux. » 

Lourdes, directrice du centre d’accueil de Rodrigo, témoigne :

« J’étais une des premières personnes que Rodrigo ait appelées, suite au drame. Plusieurs d’entre nous, du centre, nous sommes rendus immédiatement chez eux. Nous les avons accompagnés tout au long de la procédure judiciaire, des démarches administratives pour l’enterrement. »  

 « Mes parrains jouent aussi un rôle très important dans ma vie. C’est un couple qui me soutient et me remonte le moral quand je désespère. Ils me disent toujours qu’ils sont fiers de moi dans leurs lettres, et qu’ils admirent mon dévouement pour mes frères et sœurs. Ils m’encouragent à persévérer, et à poursuivre mes études et mes engagements à l’Eglise, car Dieu doit rester le centre de ma vie. » 

Pour aller plus loin 

Si vous souhaitez, vous aussi, soutenir un enfant à l’autre bout du monde et être une source d’encouragement pour lui, comme l’ont été les parrains de Rodrigo, vous pouvez parrainer dès maintenant.

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