Idée reçue n°15 – « Il y a plus de déplacés à cause du réchauffement climatique qu’à cause des guerres. »

Chaque semaine, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas !

Tout au long de l’année, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas ! Chaque jeudi matin, retrouvez ici cette chronique radio réalisée en collaboration avec Radio Arc-en-Ciel.

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Gwladys (Radio Arc-en-Ciel) : Migrants, réfugiés ? Ces derniers mois, il y a eu tout un débat autour de ces termes, un débat sémantique pour savoir comment qualifier les différentes personnes qui arrivent en Europe notamment. Alors de qui parle-t-on quand on s’intéresse à ces personnes qui sont déplacées ?

Nicolas (SEL) : Le terme de déplacé est volontairement générique. On s’intéresse à toutes les personnes qui sont forcées de fuir leur lieu d’origine. Peu importe la raison : que ce soit dû à des conflits ou à des catastrophes naturelles. Et peu importe le lieu où elles vont : qu’elles restent dans leur pays ou qu’elles le quittent.

Derrière cette généralité, il y a cependant différentes catégories de population si on peut dire.

Effectivement, les déplacés internes – c’est-à-dire ceux qui sont déracinés mais qui restent dans leur pays – sont de loin les plus nombreux, même dans les cas de conflits. Pour ne s’en tenir qu’à cet exemple, selon les estimations du HCR – le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés – sur les 10,7 millions de personnes qui étaient déplacées en 2013 en raison de conflits ou de persécutions, 8,2 sont restés à l’intérieur des frontières de leur propre pays quand 2,5 les ont traversées.

Ces chiffres concernent les migrants pour cause de conflits. Mais est-ce qu’on a des chiffres fiables pour les personnes qui sont déplacées en raison de catastrophes naturelles ?

Ces personnes ne sont pas concernées pas le statut juridique de réfugié comme peuvent en bénéficier les gens qui ont quitté leur pays en raison de conflits ou de persécution. Du coup, leur dénombrement est rendu plus difficile s’ils quittent leur territoire mais ce cas de figure est à relativiser car, plus encore que pour les conflits, la plupart des personnes déplacées en raison de catastrophes vont plutôt rester dans leur pays.

En cas d’inondations, de tsunamis par exemple, les populations se déplacent donc plutôt à l’intérieur de leur pays et combien de personnes sont concernées par ces migrations internes ?

L’IDMC – en français l’Observatoire des situations de déplacements internes – est l’organisme qui fait référence pour ce qui est de recenser justement les déplacés internes. Dans son dernier rapport, il indique que depuis 2008 on dénombre chaque année une moyenne de 26,4 millions de déplacés internes en raison de catastrophes naturelles, soit l’équivalent d’une personne déplacée par seconde. Et contrairement aux idées reçues, les déplacements provoqués par des catastrophes naturelles peuvent devenir prolongés. Ils ne sont pas toujours de courte durée car le retour n’est pas toujours possible.

Si on met dans la balance les personnes déplacées pour raison de conflit et les personnes déplacées pour raison de catastrophes naturelles, ça fait 26 millions contre 10 millions. On peut donc affirmer avec assurance que les déplacés les plus nombreux le sont en raison du réchauffement climatique ?

Pas tout à fait. Il est différent de dire que des personnes sont déplacées en raison de catastrophes naturelles et de dire qu’elles sont déplacées en raison du réchauffement climatique. En effet, les scientifiques spécialistes du climat sont encore prudents quand on leur demande s’il y a un lien entre le réchauffement et les catastrophes. Ce sont des phénomènes en fait qui s’étudient sur de longues périodes.

Par contre, on peut dire plus précisément qu’il y a chaque année plus de personnes qui sont déplacées en raison de catastrophes naturelles que de guerres ?

Cette fois c’est effectivement juste. Pour ne s’en tenir qu’aux déplacés internes, en 2013, ils étaient trois fois plus nombreux à fuir leur foyer en raison de catastrophes naturelles qu’en raison de guerres. Si aucune région du monde n’était alors épargnée, l’Asie restait de loin la plus touchée.

Derrière tout ça, la vraie question se trouve peut-être autour de l’accueil de ces populations déplacées que ce soit à cause de guerres ou à cause de catastrophes naturelles. C’est peut-être bien là le cœur du souci.

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