Agriculture et santé : des relations « à double sens » !

À première vue, ces champs d’action n’ont pas vraiment de rapport et pourtant il semblerait qu’ils soient plus liés qu’on ne le pense…

L’agriculture et la santé sont deux domaines dans lesquels les partenaires du SEL interviennent dans les pays en développement pour améliorer les conditions de vie des personnes et des communautés qui les entourent. À première vue, ces champs d’action sont relativement cloisonnés et pourtant il semblerait qu’ils soient plus liés qu’on ne le pense…

Une étude rapide du sujet permet en effet de voir que les relations entre agriculture et santé sont doubles, et ce, à deux titres : non seulement, leurs influences sont réciproques (l’agriculture affecte la santé comme la santé affecte l’agriculture) mais elles se veulent aussi antagonistes (parfois positives comme parfois négatives).

L’agriculture, comme soutien indispensable à la santé :

Pour commencer, il convient d’observer que l’agriculture est indispensable à la santé en ce sens qu’elle permet de produire les aliments dont se nourrissent les humains. Or, aujourd’hui, une personne sur neuf – soit 795 millions de personnes – ne mange pas à sa faim et ne reçoit pas la nourriture dont elle a besoin pour mener une vie saine et active. Le Programme Alimentaire Mondial, l’organisme d’aide alimentaire de l’ONU, souligne que « la faim et la malnutrition constituent le risque sanitaire mondial le plus important – plus que le SIDA, le paludisme et la tuberculose réunis ».

Bien que sûrement les plus évidents, les bienfaits de l’agriculture sur la santé ne s’arrêtent pas non plus aux seuls apports alimentaires. L’agriculture permet également de produire de nombreux biens non comestibles qui sont pourtant essentiels à la bonne santé des individus. Il peut s’agir « de fibres ou de matériaux pouvant servir à les abriter » mais aussi de plantes qui seront utilisées pour des médicaments par exemple.

Enfin, plus globalement, l’activité agricole occupe une place centrale dans la plupart des pays en développement. « Plus de 80 % des ménages ruraux [y] pratiquent l’agriculture sous une forme ou sous une autre et les ménages les plus pauvres sont, en général, ceux qui dépendent le plus de l’exploitation familiale et du travail salarié agricole ». L’agriculture a alors toute son importance car elle génère des revenus qui pourront notamment être utilisés pour des dépenses de santé.

L’agriculture, comme menace pour la santé :Culture du riz

Au-delà de ces effets bénéfiques, il arrive aussi que l’agriculture ait une incidence négative sur la santé. Les caractéristiques des systèmes de production agricole peuvent augmenter le risque de maladies liées à l’eau. C’est ainsi que, dans certains cas, l’irrigation crée des conditions favorables à la propagation du paludisme.

Les personnes en situation de pauvreté sont tout particulièrement exposées à ce type de risque du fait de la proximité entre leurs lieux d’habitation et les champs dans lesquels elles travaillent. D’ailleurs, ce constat est aussi valable pour ce qui est des dangers liés à la transmission de maladies infectieuses d’origine animale. L’épidémie de grippe aviaire de type A (H5N1) en 2004 avait mis en lumière ce vaste problème.

Enfin, si les denrées agricoles peuvent constituer une grave menace pour la santé de ceux qui les produisent, il semblerait qu’elles puissent aussi avoir des effets néfastes sur ceux qui les consomment. C’est ce dont on s’aperçoit malheureusement avec l’usage trop abondant qui est parfois fait des pesticides, tout particulièrement dans les pays en développement.

La santé, un élément affectant aussi l’agriculture :

Si l’on vient de voir que l’activité agricole peut exercer une influence – positive comme négative – sur la santé, il ne faut pas non plus négliger le fait que la santé peut également avoir des effets sur l’agriculture. Ainsi, la demande en produits agricoles se verra affectée par l’état de santé des individus ou par des recommandations alimentaires qui pourraient être suivies à l’échelle mondiale.

Plus encore, dans les communautés agricoles, d’importants problèmes de santé – tels que le sida et le paludisme – peuvent avoir des effets désastreux en termes de performances professionnelles, de revenus ou encore de productivité agricole. « Une étude des agriculteurs engagés dans la production intensive de légumes en Côte d’Ivoire a montré que les agriculteurs atteints de paludisme étaient à peu près deux fois moins productifs que les agriculteurs sains ».

Le défi particulier dans ce type de situation est que les problèmes de santé initiaux risquent bien souvent de pousser les individus concernés dans une sorte de cycle vicieux. Ces personnes se voient alors prises dans une spirale descendante où la maladie entraîne une perte de revenus qui elle-même les empêche de se soigner correctement.

Passé un premier étonnement, il n’apparaît finalement pas illogique de lier agriculture et santé. Bien au contraire, les deux domaines semblent aller de pair et mériteraient sûrement qu’on les aborde plus souvent ensemble car « la coordination des interventions visant respectivement l’agriculture et la santé peut générer, pour les pauvres des pays en développement, des bénéfices significatifs en termes de bien-être ».

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