Idée reçue n°38 – « Moins il y a de chômage, moins il y a de pauvreté. »

Chaque semaine, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas !

Tout au long de l’année, le SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas ! Chaque jeudi matin, retrouvez ici cette chronique radio réalisée en collaboration avec Radio Arc-en-Ciel.

Cliquez sur le bouton de lecture ci-dessous pour écouter la chronique de la semaine :

Gwladys (Radio Arc-en-Ciel) : La pauvreté prend différentes formes. Elle ne s’exprime pas de la même façon au Nord et au Sud. On essaye néanmoins de la mesurer. Comment fait-on ?

Nicolas (SEL) : Pour tenir compte de ces différences entre Nord et Sud, on va recourir à des outils statistiques adaptés à chaque contexte. En général, on distingue un seuil de pauvreté absolue qui est utilisé principalement pour les pays en développement (actuellement, il est de 1,90 dollar par jour et par personne) et un seuil de pauvreté relative pour les pays développés. En France, il est de 987 € par mois par exemple. Ces outils statistiques ont des limites c’est sûr. Il en existe d’autres aussi. Mais il est important néanmoins d’essayer de mesurer la pauvreté pour pouvoir mieux la combattre.

Si on cherche à s’intéresser aux facteurs expliquant ces situations de pauvreté, le chômage apparaît souvent comme étant l’un des principaux. C’est vrai ?

En 2013, l’inspecteur général des affaires sociales, François Chérèque, affirmait que « la pauvreté ne reculerait de façon importante que si le chômage décroit ». Il semblerait alors qu’il y ait un lien entre pauvreté et chômage ; le chômage pouvant être défini comme l’état d’inactivité d’une personne qui souhaiterait pourtant travailler. L’idée de fond est simple. Si une personne travaille, elle aura ensuite un revenu qui lui permettra de faire face à la pauvreté. Le chômage apparaît alors bien comme un facteur influençant la pauvreté bien qu’il ne soit évidemment pas le seul. Son influence dépendant aussi des systèmes de protection sociale des pays.

Au vu de ce constat, est-ce qu’on peut légitimement affirmer que s’il y a moins de chômage, il y a moins de pauvreté ?

Effectivement, l’emploi réduit considérablement le risque de pauvreté mais il ne résout pas tous les problèmes non plus. La relation chômage-pauvreté n’est pas aussi systématique. C’est un peu plus complexe puisqu’en effet il peut arriver qu’une baisse du chômage soit paradoxalement à l’origine d’une hausse de la pauvreté. Tout dépend en fait des mesures qui ont été prises et si elles ont favorisé une certaine précarisation du travail.

Quels sont les exemples qui en témoignent ?

On peut regarder le cas de nos voisins d’Outre-Rhin qui est assez parlant. D’autant plus, qu’il est assez souvent mis en avant en France. On parle parfois de « modèle » allemand. Et effectivement, l’Allemagne peut faire figure d’exemple à certains égards puisqu’ils ont un taux de chômage de 6 % contre 10,5 % pour la France. Mais seulement, ils n’y sont arrivés qu’en créant des « mini-jobs » et en précarisant l’emploi. Même constat pour l’Angleterre. On a davantage de travailleurs oui mais ce sont des travailleurs qui sont pauvres et qui vivent dans l’insécurité.

Que faut-il faire alors face à cette situation ?

Il n’y a pas de solution miracle. Sinon on imagine bien que les dirigeants politiques s’en seraient saisis pour redorer leur image. Il faut continuer de lutter contre le chômage, en particulier parce qu’il cause de la pauvreté. Mais il faut faire attention aux moyens que l’on peut mobiliser parce qu’il y a un risque que ce soit contre-productif. La lutte contre le chômage n’a de sens que si elle s’accompagne d’une diminution de la pauvreté.

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