La résilience en matière de développement

Depuis de nombreuses années maintenant, le concept de résilience a fait ses preuves et s’est installé dans notre vocabulaire. Différentes disciplines s’en sont saisies et ont participé à susciter un effet de mode autour de son usage. Le milieu du développement n’y a pas échappé et il y recourt très largement depuis la fin des années 2000. Voici quelques clefs de compréhension concernant une notion qui est importante mais qui a parfois un côté « fourre-tout ».

La notion de résilience provient initialement du domaine des sciences physiques. Elle désigne « la capacité d’un métal à être soumis à des tensions, des chocs ou des torsions importantes sans se rompre, en ayant la capacité de revenir ensuite à son état antérieur[1]. L’usage de l’expression s’est par la suite étendu aux écosystèmes et à la façon dont ils pouvaient se remettre de perturbations écologiques. Au cœur de ces définitions réside l’idée de pouvoir surmonter un bouleversement !

« Dépasser la fatalité que tend à imposer le choc pour se relever et se reconstruire »

Usage psychosocial

Le concept de résilience a ensuite investi le champ de la psychologie et c’est à partir de ce moment-là qu’il va connaître un large succès. Il a commencé à être utilisé aux États-Unis dans les années 1950.

En France, c’est le neuropsychiatre Boris Cyrulnik qui est connu comme ayant particulièrement contribué à populariser ce concept au moyen de nombreux ouvrages grands publics depuis les années 1990. Ses premiers travaux se basent pour beaucoup sur l’analyse de situations de pauvreté comme celles d’orphelins en Roumanie ou d’enfants de la rue en Bolivie.

Avec plusieurs de ses collègues, il définit la résilience comme étant la « capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir en dépit d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes sévères[2]. La résilience peut être individuelle mais aussi collective.

L’image du rebond est souvent évoquée pour en donner une illustration parlante. Il s’agit de dépasser la fatalité que tend à imposer le choc pour se relever et se reconstruire, comme un ballon qui touche le sol et s’élève à nouveau dans les airs.

Apparition dans le milieu du développement

Le concept de résilience fait son apparition dans le domaine du développement en 2005 à la suite du terrible tsunami qui a frappé l’océan Indien l’année précédente. Cette émergence peut être précisément datée car le terme est utilisé pour la première fois dans ce qui est appelé le cadre d’action de Hyogo, un instrument que les États membres des Nations unies ont adopté afin de réduire les risques de catastrophe.

Au tournant des années 2010, le terme se généralise et les grandes agences intègrent explicitement la résilience dans leurs programmes d’actions. L’expression est reprise en particulier par l’Union Européenne lors des crises alimentaires au Sahel en 2010-2011. Néanmoins, cet usage n’est pas réservé uniquement aux documents officiels, il gagne aussi les discours des responsables politiques et des sociétés civiles des pays bénéficiaires.

« Le but essentiel de la résilience est de veiller […] à autonomiser et à protéger les personnes »

Signification de l’expression

Ancien directeur général adjoint de la mondialisation, du développement et des partenariats (DGM) au ministère des Affaires étrangères et du Développement international, Jean-Marc Châteigner[3] définit la résilience dans le cadre du développement comme la « capacité des individus, des communautés, des États ou des institutions à absorber et à se remettre des chocs tout en transformant et en adaptant leurs structures ». Il n’y a pas ici de retour à la situation initiale.

Dans son rapport de 2014 consacré à ce sujet, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) explique que « le but essentiel de la résilience est de veiller à ce que l’État, la communauté et les institutions mondiales œuvrent à autonomiser et à protéger les personnes[4]. Dans les pays en développement, les possibilités d’être confronté à un drame sont plus nombreuses. Ces événements traumatisants peuvent également être de différents types, d’origines naturelles ou causés par l’être humain : catastrophes environnementales, sanitaires, politiques…

Renforcer les capacités

Face aux événements négatifs de la vie, chaque être humain réagit de manière différente. Plus les chocs sont violents et persistants et plus la capacité des uns et des autres à rebondir peut être mise à mal. Tous n’en ont d’ailleurs pas les moyens.

La nature du choc, l’environnement des individus ou encore leur personnalité sont autant de facteurs qui entrent en compte. Si la capacité de résistance et d’adaptation d’une personne est essentielle pour surmonter une épreuve, l’assistance qu’elle peut recevoir est elle aussi déterminante.

Le renforcement des capacités des individus – mais aussi des sociétés ou des pays dans le cadre d’une perspective collective sur le sujet – est donc au cœur de la compréhension de la notion de résilience en matière de développement. Au travers de cette idée, il y a en effet une responsabilisation des individus et des communautés. Les acteurs de terrain et les bénéficiaires sont replacés au centre du processus. Leurs besoins sont reconnus.

Pour en savoir plus sur la résilience d’un point de vue biblique, lisez cet article :


[1] Monique De Hadjetlaché, La résilience, Nuances, n°264, avril 2016, p. 10.

[2] Michel Manciaux (dir.), La résilience : résister et se construire, Cahiers médico-sociaux, 2001 p.17.

[3] Michel Jean-Marc Châtaignier (dir.), Fragilités et résilience : Les nouvelles frontières de la mondialisation, Paris : Karthala, 2014.

[4] PNUD, Pérenniser le progrès humain : réduire les vulnérabilités et renforcer la résilience, Rapport sur le développement humain, New-York, 2014, p.5.


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