Se souvenir de ce qu’on a reçu pour soigner les blessures des autres

On a parfois tendance à oublier ce qu’on a reçu, ou considérer comme acquis ce que l’on a déjà. Mais Marie-Grace, ancienne enfant parrainée, se souvient d’où elle vient et des personnes qui l’ont soutenues tout à long de son parcours, alors qu’elle parvient au terme de ses études de médecine générale.

Marie Grace a perdu ses parents pendant le génocide de 1994 alors qu’elle n’avait que deux ans. Elle a été élevée par sa grand-mère. « C’est après que je sois devenue une adolescente qu’on m’a raconté les incidents traumatisants de ma petite enfance » raconte Marie Grace. « Quand ma grand-mère me raconte l’histoire de la manière dont nous avons survécu, ça a l’air d’être une scène tirée d’un film d’horreur. Elle dit qu’après que mes parents aient été tués, elle a cherché refuge dans une église. Alors qu’elle était cachée à l’église, la milice est venue y mettre le feu. Mais par la grâce de Dieu, ma grand-mère a été capable de courir avec moi et mon jeune frère et nous nous sommes cachés dans un marais dans les environs pendant plusieurs jours. »

La naissance d’une passion

Marie Grace a pu être inscrite dans un programme de parrainage de Compassion Rwanda (partenaire du SEL) rattaché à une église locale. « Au centre d’accueil, on m’a appris à prier, à partager et à manifester de la compassion à tous ceux qui sont vulnérables. Je pense que cela a grandement contribué à façonner ma passion de servir les gens dans le besoin. »

Sa grand-mère explique : « Que nous ayons survécu au génocide était miraculeux et jusqu’à aujourd’hui, quand je regarde mes petits-enfants, je rends grâces à Dieu. » Elle ajoute qu’elle était trop pauvre même pour pouvoir offrir un repas convenable à ses petits-enfants parce qu’elle avait tout perdu pendant le génocide.

Le rêve de Marie Grace était de devenir médecin. Mais on lui faisait comprendre que les sujets scientifiques et en particulier la médecine était un domaine réservé aux hommes. « Il m’est arrivé d’avoir un patient qui remette en doute mon diagnostic uniquement parce que je suis une femme. Au début on est tellement stupéfait de la réaction du patient, mais quand un docteur homme donne au même patient le même diagnostic, cela vous fait obtenir un peu de respect. Les choses changent peu à peu parce que maintenant davantage de filles embrassent cette carrière. »

Un amour manifesté par le service

Marie Grace poursuit : « La société a besoin de savoir qu’éduquer une petite fille est très important pour le développement de quelque sorte qu’il soit. Une fille deviendra un jour une mère et une mère est le pilier de la famille. Donc quand vous éduquez une fille, vous développez des familles et la société. »

Pour Marie Grace, travailler dans le domaine de la santé est une véritable passion : « Pour certaines personnes, un hôpital est un lieu effrayant, mais pour moi c’est un sanctuaire où des vies sont changées. C’est difficile de mettre des mots sur la joie que je ressens quand un patient qui est entré par ces portes d’un service d’urgence dans une condition critique rentre chez lui en bonne santé. »

Sa grand-mère souligne l’importance du soutien reçu grâce à son parrainage et notamment les lettres d’encouragement de ses parrains. « En tant qu’orpheline, la correspondance avec ses parrains lui a donné un but dans la vie. Je lui dis toujours qu’avec le genre d’amour et d’affection qu’elle a reçu de moi et des parrains, elle devrait toujours être exemplaire à l’égard de ses pairs et aussi offrir le même genre d’amour aux gens vulnérables. Je suis certaine que c’est ce qui lui a fait choisir de devenir docteur. »

Et nous… de quoi pourrions-nous nous souvenir pour trouver la motivation d’aimer notre prochain ?

Adapté d’un texte de Doreen Umutesi de Compassion Rwanda, partenaire du SEL pour le parrainage d’enfants.

Mars 2017

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