Parole de Jésus n°4 : « Annoncer la bonne nouvelle aux pauvres »

Les évangiles rapportent 6 paroles de Jésus à propos des « pauvres ». Dans cette série, différents auteurs proposent des pistes de réflexion sur ces passages.

Les évangiles rapportent 6 paroles de Jésus à propos des « pauvres ». Dans cette série, différents auteurs proposent des pistes de réflexion sur ces passages. Ce texte a été écrit par Clément Blanc, assistant pastoral à l’Église du Tabernacle à Paris.

Il vint à Nazareth, où il avait été élevé, et il se rendit à la synagogue, selon sa coutume, le jour du sabbat. Il se leva pour faire la lecture, et on lui remit le livre du prophète Esaïe. Il déroula le livre et trouva le passage où il était écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ; il m’a envoyé pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le retour à la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année d’accueil de la part du Seigneur. Puis il roula le livre, le rendit au servant et s’assit. Les yeux de tous, dans la synagogue, étaient fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : Aujourd’hui cette Ecriture, que vous venez d’entendre, est accomplie. (Luc 4.16-21 – Version NBS)

Faut-il être pauvre pour recevoir la bonne nouvelle de Jésus ?

Le message que Jésus délivre ce jour-là à Capernaüm n’est pas une prédication parmi tant d’autres. Il annonce ici quelle est sa mission, il résume le sens de sa venue en tant que Messie. Et de manière surprenante, il ne se présente pas comme celui qui pardonne les péchés, ni comme celui qui doit souffrir ou encore comme celui qui doit ressusciter. Non, Jésus se présente comme le libérateur promis à Israël par l’intermédiaire du prophète Esaïe. Il est celui qui délivre, qui guérit et qui annonce la bonne nouvelle aux pauvres.

Avant de s’interroger sur ce que cela signifie pour les riches, il faut donc d’abord comprendre que Jésus se présente comme l’envoyé de Dieu pour manifester toute sa bonté envers son peuple. Jésus vient pour combler les besoins de ceux qui se confient en Dieu et le pauvre est celui qui par excellence sait qu’il a besoin de l’intervention de Dieu. Ceci correspond à la manière dont Dieu est présenté tout au long de la Bible : en tant que Dieu juste, il doit manifester sa bonté d’abord envers ceux qui n’ont rien et qui souffrent de l’injustice.

Une annonce qui sonne comme une mise en garde pour les riches

Bien que l’expression « annoncer la bonne nouvelle aux pauvres » n’exclue pas nécessairement ceux qui ne sont pas pauvres, elle doit résonner comme une mise en garde pour les riches. Après avoir donné une loi qui protégeait les pauvres en Israël (Lévitique 19.10 ; 25.8-55 ; Exode 22.21-26), Dieu par l’intermédiaire de ses prophètes (Amos 4.1 ; 5.11-12 ; Michée 2.2 ; Ézéchiel 22.29 ; 34.1-24) condamne les riches lorsqu’ils ne protègent pas les pauvres. Par conséquent lorsque le Messie, celui que Dieu envoie pour manifester sa justice, vient annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, il vient aussi les libérer des riches qui auraient dû délivrer les pauvres. S’il y a encore des pauvres en Israël alors que Dieu avait promis qu’il n’y en aurait plus (Deutéronome 15.4), c’est bien à cause de l’injustice des riches. Lorsque Dieu, au travers de Jésus, vient manifester sa justice envers les pauvres, c’est à juste titre perçu comme une menace de condamnation des riches et c’est ce que Marie perçoit dès l’annonce de la naissance de Jésus : « Il a fait descendre les puissants de leurs trônes, élevé les humbles, rassasié de biens les affamés, renvoyé les riches les mains vides. » (Luc 1.52-53).

Nous sommes tous appelés à annoncer la bonne nouvelle aux pauvres

Cette bonne nouvelle annoncée aux pauvres serait-elle donc la condamnation définitive des riches ou même simplement de ceux qui ne sont pas pauvres ? Certainement pas ! Lorsque Jésus nous met durement en garde, c’est toujours pour nous amener à répondre : « Que devons-nous donc faire ? » (Luc 3.10).

Avoir plus que le nécessaire pour vivre ne nous condamne pas, mais nous donne la responsabilité d’être des imitateurs de Jésus en annonçant nous aussi la bonne nouvelle aux pauvres.

Tout au long de l’évangile, Jésus nous en donne des exemples. Lorsqu’il s’agit de savoir qui inviter chez soi, on retrouve les mêmes personnes auxquelles Jésus est venu annoncer la bonne nouvelle :

Il disait aussi à celui qui l’avait invité : Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie pas tes amis, ni tes frères, ni les gens de ta parenté, ni des voisins riches, de peur qu’ils ne te rendent ton invitation et qu’ainsi tu sois payé de retour. Mais lorsque tu donnes un banquet, invite des pauvres, des estropiés, des infirmes, des aveugles. Heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont pas de quoi te payer de retour ! En effet, tu seras payé de retour à la résurrection des justes. (Luc 14.12-14)

C’est également suivant ce même principe que le riche qui a manqué de rendre justice à Lazare est condamné (Luc 16.20-31) alors que Zachée est déclaré juste après avoir annoncé qu’il serait dorénavant une bénédiction pour les pauvres (Luc 19.1-9).

Avec ce que nous possédons (biens matériels, richesses, mais aussi santé ou autres dons de Dieu), nous sommes d’abord invités à imiter les faibles dans leur dépendance de Dieu. C’est en ce sens que Jésus déclare heureux les « pauvres en esprit » (Matthieu 5.3). Cela pourrait nous conduire jusqu’à abandonner nos richesses. Ensuite, il nous faut aussi imiter Jésus dans la priorité qu’il donne aux faibles. Dans ce sens, la générosité envers les pauvres joue le double rôle de nous détacher de nos biens et de bénir les pauvres.

Jésus nous rappelle ainsi que le pauvre, dans sa souffrance et face à l’injustice, est l’objet d’une attention particulière du Dieu juste et bon. Et dans son amour, loin de condamner le riche, il l’amène à être lui aussi un témoin de la justice de Dieu et de sa bonté envers les pauvres.

Pour aller plus loin : Retrouvez les premiers articles de cette série…

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