Burkina Faso : Quand deux crises se rencontrent

Alors que la crise sanitaire liée à la covid-19 nous impacte tous, au Burkina Faso, elle vient s’ajouter à la crise humanitaire qui paralyse le pays depuis deux ans. Gérer une crise c’est déjà un défi, alors deux… Pour les partenaires du SEL, il n’est pas question de relâcher les efforts : c’est plus que jamais le moment de se mobiliser.

Pays longuement habitué à vivre en paix, le Burkina Faso est devenu, depuis 2015, l’un des foyers principaux des attaques terroristes en Afrique Subsaharienne. Depuis maintenant 2 ans, le Pays des Hommes Intègres connait des attaques répétitives et meurtrières qui ont entrainé de très grands mouvements de population internes. Cette situation devient ainsi « la crise humanitaire qui grossit le plus vite au monde », pour beaucoup d’organismes internationaux.

En mars 2019, le Burkina Faso comptait 115 310 déplacés internes sur son territoire ; fin mars 2020, ce chiffre est passé à 838 548.

Nos partenaires mobilisés

Pour répondre aux besoins des populations déplacées, plusieurs des partenaires chrétiens du SEL au Burkina Faso se mobilisent depuis des mois. Ils sont sur tous les fronts pour aider au mieux ces personnes vulnérables :

  • Distributions de vivres,
  • Assistance médicale,
  • Réhabilitations de forage,
  • Ouverture d’espaces d’accueil pour enfants déplacés

Bien que précieuse, leur aide demeure malheureusement insuffisante face à une crise dont le nombre de victimes ne fait que croître de jour en jour.

Un adversaire inattendu

C’était sans compter sur l’apparition, début mars, d’un nouvel ennemi imprévisible : la COVID-19.

Adversaire sanitaire, commun à toutes les nations, la covid-19 attire très vite l’attention du plus grand nombre. Les sujets moins médiatisés, comme la situation alarmante des déplacés, se font facilement voler la vedette.

Le virus qui sévit de manière progressive devient même un atout pour les terroristes. Un des partenaires du SEL en témoigne :

« Les marchés ne sont pas fermés, ni les églises. C ‘est l’insécurité qui trouble la zone qui n’est pas mise en quarantaine, ni en confinement. Seulement les malfrats profitent de la covid-19 qui dérange le gouvernement pour terroriser les populations ».

Une situation aggravée

Les effets de la COVID-19 se font également ressentir sur les déplacés : les mesures gouvernementales telles que l’interdiction des rassemblements, ou la fermeture des écoles les impactent directement.

En effet, un partenaire du SEL avait ouvert, au début de l’année, des centres d’éveil pour enfants déplacés. Ils pouvaient ainsi bénéficier d’activités ludiques et, pour certains, de soutien scolaire. À la suite des directives gouvernementales, ces espaces ont dû fermer leurs portes, au détriment des enfants.

De plus, considérons un instant les conditions sanitaires dans lesquelles vivent les déplacés : promiscuité, accès à l’eau difficile… Cela les rend plus vulnérables à la propagation du virus.

Les partenaires burkinabés du SEL en ont conscience. Certains d’entre eux mettent donc en place des actions de sensibilisation parmi les déplacés, ainsi que des distributions de kits d’hygiène.

Une crise vite oubliée…

Il va sans dire qu’aujourd’hui, le Burkina Faso est pris entre deux feux qui accentuent, de part et d’autre, la vulnérabilité d’un grand nombre de burkinabés.

Alors que le monde entier a les yeux rivés sur la covid-19, la propension à oublier ceux et celles que l’on entend le moins nous rattrape tous. Néanmoins, résistons à cette fâcheuse tentation de nous replier sur nous-mêmes ; demeurons attentifs à cette crise qui s’inscrit peu à peu dans la durée.

Anaïs N’LANDU – Chargée de projets de développement au SEL

Pour soutenir le travail de nos partenaires burkinabés face à la crise humaine de leur pays :

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