Conflits et solidarité au Moyen-Orient

L’Action chrétienne en Orient (ACO) est une association protestante œuvrant en partenariat avec des églises et des œuvres du Proche et Moyen-Orient sur des projets touchant à l’éducation, le soin à la personne, l’aide à la vie d’église, etc. Lors de son passage dans La Rue du SEL, Mathieu Busch, son directeur, a accepté de nous livrer quelques réflexions et encouragements pour nous aider à nous solidariser avec les populations victimes des conflits armés de cette région du monde.

Selon vous, pourquoi certains conflits, dont de nombreux au Proche et Moyen-Orient, ne suscitent-ils pas autant de solidarité, ici en France, que d’autres comme celui en Ukraine ? 

Sans doute parce qu’il est plus facile de s’identifier aux réfugiés Ukrainiens qu’à ceux d’Afrique du Nord ou du Proche-Orient par exemple. Je pense qu’il y a aussi eu un choc par rapport au fait qu’une guerre se passe en Europe, chose à laquelle on ne s’attendait plus. On peut se dire que peut-être nous aussi sommes en danger.  

A l’ACO, nous aimons particulièrement cette parole du Seigneur Jésus :

“Faites aux autres ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous.”

Pour faire cela il faut avoir de l’empathie, savoir se mettre à la place des autres. Je pense qu’il faut se réjouir de l’élan de solidarité envers les Ukrainiens qui correspond bien à cette attitude. Après se pose affectivement la question d’autres populations dans le monde qui souffrent autant, différemment… sommes-nous capables de répondre de la même façon pour eux aussi ? Je pense que clairement, le Christ nous y pousse parce que sous le regard de Dieu, chaque être humain est précieux. 

Comment se sentir concernés par ce que ces personnes, plus éloignées de nous, vivent ? 

Je pense que se sentir concerné c’est d’abord souhaiter s’ouvrir aux autres. Cela passe par l’information, la culture et l’éducation. C’est essayer de se dire : « Est-ce que ce qui se vit là-bas me concerne aussi ?” Parce que, par exemple, lorsqu’on regarde la guerre en Syrie, il y a énormément de nationalités qui sont impliquées, de jeunes Français sont partis faire la guerre ; il y a des puissances régionales ou internationales qui y ont des intérêts, comme la Russie qui dit qu’elle y a “gagné la guerre” et y “mène la barque” ; la France qui, il y a un siècle, a géré la Syrie dans l’entre-deux-guerres, etc. En fait, nous avons beaucoup plus de liens qu’on ne le pense, avec eux. Et ce sont nos voisins : le Liban, la Syrie, sont au bout de la Méditerranée, juste à côté. Pour les chrétiens, c’est aussi (re)découvrir qu’au Moyen-Orient, il y a de nombreuses personnes avec qui nous sommes en communion, des frères, des sœurs qui, sur place, sont engagés. 

J’invite ceux qui veulent en connaître plus à s’intéresser à l’ACO, à s’informer et à entrer en confiance. Lors de notre centenaire que nous célébrerons à Strasbourg le 1er octobre puis à Paris, une délégation d’une trentaine de personnes dont un nombre significatif provient du Proche-Orient sera là. C’est une occasion pour tout un chacun de venir rencontrer et écouter le témoignage de ces personnes. Tout cela contribue à construire cette confiance dont nous avons besoin pour accueillir et soutenir. 

Comment ne pas se sentir découragés par la succession de conflits de cette région du monde ? 

Si nous regardons un peu l’histoire du Moyen-Orient depuis la fin de la première guerre mondiale, avec la colonisation et les intérêts divergents, la région s’est retrouvée dans une zone de turbulences. Cela donne l’impression qu’elle n’en sort pas. Mais il y a aussi des choses vraiment intéressantes, en particulier depuis les événements des printemps arabes de 2011. Les mentalités changent, on ne le perçoit peut-être pas mais il y a plus d’ouverture, plus d’envie de démocratie malgré tous les régimes autoritaires, il y a même plus d’ouverture religieuse, d’intérêts communs entre différentes communautés, entre chrétiens et musulmans. Il faut s’informer, ne pas en rester à une vision fataliste et pessimiste sinon nous ne sommes pas acteurs de changement. La foi et l’engagement chrétiens aident à ça. Il y a des gens que nous pouvons servir humblement avec des chrétiens engagés là-bas et qui sont de vrais témoins. Nous ne sommes pas des sauveurs mais nous pouvons nous engager dans notre monde ! Il ne faut pas enfermer les populations, les gens, les peuples, les religions, dans des caricatures : “Finalement ils souffrent parce que c’est normal, ils ont toujours souffert” ou “Ils ne peuvent pas s’en sortir parce que…” Nous tomberions dans les préjugés et le fatalisme qui ne sont pas porteurs d’avenir. 

Et puis moi, je ne suis pas découragé parce que je rencontre des personnes qui, sur place, agissent en cohérence avec leur espérance. Voir des personnes qui, en situation de crises, tiennent bon malgré tout, même si elles peuvent aussi être découragées, c’est une source d’encouragement pour nous, pour porter leurs préoccupations ici, pour continuer à les soutenir. C’est de l’espérance brute ! 

Pour aller plus loin

Visionnez le premier épisode de La Rue du SEL pour en apprendre plus sur le sujet et sur les actions de l’ACO. 

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