La crise alimentaire mondiale était-elle prévisible ? 

A l’issue du sommet de l’OTAN, le 24 mars dernier, le président Emmanuel Macron déclarait : « Nous sommes en train d’entrer dans une crise alimentaire sans précédent ». Cette crise alimentaire aux répercussions mondiales est aujourd’hui bien installée et touche particulièrement les plus pauvres. Mais quelles sont les origines de cette situation « sans précédent » ? Est-elle seulement due à la guerre russo-ukrainienne ?

Pour commencer, il nous faut d’abord comprendre le contexte dans lequel cette crise a vu le jour. Début 2020, la pandémie de COVID-19 frappe le monde entier et fragilise considérablement les nations les plus pauvres et les populations déjà vulnérables. Dès les premiers mois, de nombreux organismes (FAO, GNUDD, Oxfam, …) tirent la sonnette d’alarme. Selon ces experts, les conséquences de la COVID-19 sur la nutrition pourraient être dévastateurs, en particulier dans les régions les plus pauvres du monde.

Un cumul d’effets dominos

Deux ans plus tard, avant même le début des hostilités en Ukraine, les faits leur donnent malheureusement raison : la crise alimentaire est là.

Quelles en sont les causes ? La crise sanitaire a engendré une augmentation des prix de l’énergie (gaz et fuel principalement), ce qui a entraîné une augmentation des coûts de production et de transport des denrées alimentaires. De même, les engrais chimiques ont vu leurs prix monter en flèche, obligeant les producteurs à augmenter le prix de vente de leurs récoltes. A cela s’ajoute les répercussions de la crise environnementale et climatique : sécheresses, inondations, tempêtes et catastrophes naturelles exceptionnelles sévissent dans plusieurs régions du monde et affectent parfois gravement les cultures.

Avec ces lourdes inflations d’un côté et les mauvaises récoltes de l’autre, l’insécurité alimentaire ne peut que grandir.

Facteur aggravant : la guerre en Ukraine

C’est dans ce contexte particulièrement instable que survient, en mars 2022, la guerre en Ukraine. Les prix, déjà élevés, flambent, attisés par la spéculation provenant de divers opérateurs financiers sur ces denrées alimentaires. En effet, Russie et Ukraine détiennent une place importante dans la production agricole mondiale (1/3 du blé provient de ces 2 pays) mais aussi dans la transformation et le transport des aliments.

Conséquences ? Les populations des pays déjà fragilisés par les conséquences économiques de la Covid sont menacées par la famine. Parmi eux, l’Éthiopie, l’Egypte, le Liban, le Yémen, le Burkina Faso, Haïti ou encore l’Afghanistan.

Une crise alimentaire aux multiples visages

Malheureusement, ces facteurs – dont les conséquences se font ressentir un peu partout – sont loin d’être les seuls éléments menaçant la sécurité alimentaire dans le monde. En effet, de nombreuses causes locales aggravent encore les choses. En voici quelques exemples :

Crise environnementale et climatique : Corne de l’Afrique

Début 2020, alors que la pandémie de COVID-19 commençait à s’installer dans le monde entier, puis à nouveau en 2021, les pays de la Corne de l’Afrique comme l’Éthiopie, la Somalie ou le Kenya, ont fait face à une autre crise : l’invasion de criquets pèlerins dévorant toutes les récoltes sur leur passage. La présence de ces insectes est habituelle dans cette région du monde. Toutefois, le réchauffement climatique, et notamment les grandes sécheresses qu’il engendre, accentuent ces invasions et en augmente la fréquence, les rendant plus longues et plus dévastatrices.

Ainsi, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) annonce qu’à cause de ces sécheresses – et si aucune action n’est menée pour faire face à cette crise – 20 millions de personnes vivant dans la Corne de l’Afrique pourraient souffrir de la faim en 2022.[i]

Crise sécuritaire et politique : Burkina Faso

Le contexte politique d’un pays peut également être un facteur menaçant la sécurité alimentaire d’une population, comme le montre l’exemple du Burkina Faso. Depuis plusieurs années, le climat d’insécurité qui y règne entraîne des déplacements de population importants. Fin mars 2022, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés enregistrait plus de 1,8 million de déplacés internes.[ii] Plus de 80% de ces déplacés sont des paysans ayant dû abandonner leurs champs et leur bétail pour sauver leur vie. Ils n’ont pu ni cultiver pour eux-mêmes, ni produire pour le pays. Là encore, cela a participé à une augmentation des prix des denrées.

Décisions politiques locales : Sri Lanka

De son côté, le Sri Lanka fait face à une crise économique, sociale et politique depuis plusieurs mois. En avril 2021, le pouvoir en place décide d’interdire l’importation d’engrais chimiques sans proposer d’alternatives aux paysans pour enrichir leurs sols. Les conséquences sont désastreuses : les rendements agricoles chutent. En mars, une hausse majeure des prix des denrées alimentaires plonge la population dans le désarroi. La crise alimentaire étant exacerbée par ces différents facteurs, certains parlent même de risques de famine pour le pays.

Une période délicate pour le Sahel

Malheureusement, avec le début de la période de soudure (juin-septembre), entre l’épuisement des récoltes précédentes et l’attente des premières récoltes de l’année en cours, l’insécurité alimentaire risque de s’exacerber d’autant plus, en particulier en région sahélienne.

Des initiatives solidaires mais insuffisantes

Face à cette « crise alimentaire sans précédent » de nombreux pays et organismes se mobilisent.

Au niveau international, la France, présidente du conseil de l’Union Européenne, a présenté le 24 mars 2022, l’initiative FARM (Food & Agriculture Resilience Mission) lors des sommets européens et du G7. Cette réponse à la crise permettrait d’atténuer les conséquences désastreuses de la guerre en Ukraine sur la sécurité alimentaire des pays les plus vulnérables en mobilisant trois agences des Nations Unies : l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le PAM et le Fonds international de développement agricole (FIDA).

À un niveau plus local, de multiples actions sont également mises en place pour lutter contre la précarité alimentaire : épiceries sociales, distribution de paniers alimentaires ou encore coopératives solidaires. Dans les pays en développement, la plupart des organisations de solidarité – comme les partenaires locaux du SEL – mobilisent leurs donateurs pour venir en aide aux populations des communautés où elles agissent.

Même si, en l’état, ces efforts sont insuffisants pour stopper cette crise alimentaire, ils permettent d’en atténuer les effets. Et c’est déjà beaucoup pour ceux qui dépendent aujourd’hui de notre soutien.

Pour aller plus loin :


[i] « Corne de l’Afrique : de s millions de familles se rapprochent chaque jour de la catastrophe, alerte le PAM », ONU Info, 19 avril 2022, (consulté le 19/05/2022 à 10:30 : https://news.un.org/fr/story/2022/04/1118522)

[ii] Portail opérationnel crises de réfugiés, Haut-Commissariat des Nations-Unies aux réfugiés, (consulté le 19/05/2022 à 10:40 : https://data2.unhcr.org/fr/country/bfa)

Participez à la discussion

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.