A 15 ans, elle empêche son mariage

Ratna, 15 ans est une jeune fille sociable et brillante, originaire d’un petit village du Bangladesh. Mais, le 2 mars 2018, sa liberté lui fut presque ôtée. Heureusement, prenant son courage à deux mains, elle osa crier à l’aide.

*Certains noms ont été changés pour préserver l’anonymat des personnes impliquées.

Une annonce brutale

Ce matin de mars, tout semblait se dérouler comme d’habitude dans le village : les enfants se rendaient à l’école à pied, puis allaient au centre de parrainage pour le déjeuner. Mais pour Ratna, la réalité était tout autre. Elle était bouleversée car sa mère lui avait annoncé qu’elle serait mariée à la nuit tombée. 

« À qui ? » demanda Ratna*. « Ansh, un garçon d’un village voisin », lui répondit sa maman. Le mariage d’enfants étant illégal au Bangladesh, l’événement devait avoir lieu sous le couvert de la nuit, pour ne pas trop attirer l’attention. 

Sans aide extérieure, elle risquait de rejoindre les 22% de jeunes filles bangladaises qui, selon l’UNICEF, sont mariées de force avant l’âge de 15 ans. 

Durant la journée, Ratna essayait de cacher son anxiété. Finalement, elle se confia à Hanna, l’intervenante sociale de son centre d’accueil. « Je ne veux pas me marier. Je vous en supplie, aidez-moi ! ». Alors qu’elle parlait, ses larmes ne cessaient de couler. 

Ratna assise dans sa chambre. 

Une décision aux lourdes conséquences

Le mariage d’enfants est illégal au Bangladesh. Cependant, dans les zones rurales, il n’est pas rare d’apprendre qu’une jeune fille de 15 ans a été fiancée. Pour de nombreuses familles vivant dans la pauvreté, donner son enfant en mariage apparait souvent comme la seule solution d’assurer une sécurité financière pour la famille ou une bonne réputation. 

Les enfants épouses doivent faire face à de terribles perspectives d’avenir. Elles ne sont prêtes ni physiquement ni émotionnellement à devenir épouses et mères. Selon l’UNICEF, « les adolescentes ont plus de risques de mourir de complication lors des grossesses et accouchements, ou d’accoucher de mort-nés, que des femmes ayant la vingtaine. » Les jeunes filles mariées sont aussi davantage victimes de violences domestiques et sont souvent déscolarisées. 

Ratna voyait donc son futur totalement compromis. 

Empêcher le mariage : une mission pour le centre d’accueil 

Après l’avoir attentivement écoutée, Hanna décida de se rendre chez ses parents, accompagnée d’autres membres du centre d’accueil de parrainage. 

A leur arrivée, ils découvrirent que la famille avait déjà entamé les préparatifs du mariage. La situation était délicate. Les membres de la communauté soutenaient les parents et très peu de personnes, en dehors des membres du centre d’accueil, ne se préoccupaient de ce que Ratna pouvait penser. 

Ratna et les intervenants du centre d’accueil  

Le directeur du centre d’accueil de parrainage, Albert, s’entretint avec les parents et les membres de la communauté pendant près de 3 heures. Son objectif : les sensibiliser aux conséquences désastreuses qu’allait engendrer le mariage d’une si jeune fille. Mais les parents de Ratna restaient campés sur leur position. 

Albert devait faire vite. Il fit donc appel à Shahnaz, une avocate et membre du comité gouvernemental local, qui sensibilise régulièrement sur les conséquences du mariage d’enfants. Elle rappela à la famille de Ratna ce que dit la loi à ce sujet, et ce en présence de toute la communauté. Suite à cela, les parents de Ratna durent signer un document juridique attestant qu’ils ne forceraient pas leur fille à se marier.  

Ratna et Shahnaz 

Enfin libre 

Depuis ce jour, les jeunes filles du centre d’accueil de parrainage de la communauté sont plus sereines. La situation de Ratna leur a rappelé que les membres du centre se battraient toujours pour elles. 

Ratna tout sourire en compagnie de camarades et amies. 

Albert savait que leur intervention était risquée car certains membres de la communauté avaient un avis très arrêté sur le sujet. Mais, il savait aussi qu’il devait faire quelque chose. 

« Au début, nous étions nerveux à l’idée de prendre des initiatives. Mais, le fort rejet exprimé par Ratna quant au projet de ses parents de la marier, nous a motivé à faire tout ce qui était en notre pouvoir pour l’empêcher. Aujourd’hui, la communauté est avertie que le centre d’accueil ne tolérera le mariage d’aucun enfant. », assure Albert. 

Aujourd’hui, les parents de Ratna sont reconnaissants.  

« Je réalise que j’ai failli gâcher la vie de mon enfant. Je remercie les membres du centre d’accueil de parrainage pour leur soutien et leur amour pour mon enfant. », partage le père de Ratna. 

Ratna aux côtés de ses parents et de l’un de ses petits frères. 

Ce fameux jour de mars, Ratna a osé parler afin que sa liberté, son éducation et son mode de vie soient préservés. 

« Je me suis sentie forte. Puisque seulement une poignée de personnes instruites ont pu faire changer d’avis mes parents et les membres de la communauté qui les soutenaient, alors je veux aller à l’école pour avoir leur connaissance et faire la différence dans ma communauté. », Ratna. 

Aujourd’hui, Ratna est un symbole d’espoir pour toutes les jeunes filles dans le monde que l’on force à se marier bien trop tôt. 

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