Mieux cultiver pour mieux manger

Comme chaque année, nous proposons aux Églises de France d’organiser un temps autour des questions de pauvreté et de solidarité internationale lors de la Journée du SEL. Afin d’allier le geste à la parole, un projet à soutenir est mis en avant : pour cette édition 2022, le volet agricole d’un projet de grande ampleur d’un de nos partenaires. Pour en apprendre un peu plus, nous avons interrogé Véronique Lavoué, directrice du département projets de développement au SEL.

Daniel Hillion : Cette année, dans le cadre du projet soutenu pour la Journée du SEL, il sera question de sécurité et de résilience alimentaire. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ? 

Véronique Lavoué : Être en sécurité alimentaire c’est avoir l’assurance que je vais avoir assez à manger, que je pourrai avoir accès à une nourriture de bonne qualité et à des aliments que j’ai l’habitude de manger et ça, tous les jours de l’année. Aujourd’hui, les agriculteurs et les ménages font face à de plus en plus de crises : la crise COVID, la crise écologique, la crise liée aux changements climatiques, les conflits, etc. Celles-ci les mettent ponctuellement ou durablement en insécurité alimentaire. Être résilient c’est justement être capable de réagir et de s’adapter tout de suite face à ces aléas, d’absorber les chocs qui y sont liés. 

Quelles sont les manières d’agir dans ces domaines de sécurité et de résilience alimentaires ? 

On peut agir dans le domaine de la santé, de l’accès à l’eau, des activités économiques, etc. Mais la majorité de nos partenaires travaillent dans le domaine de l’agriculture avec les communautés rurales. Ce sont les paysans qui produisent la nourriture donc agir à ce niveau, c’est agir à la base. 

Pour la Journée du SEL 2022, le projet soutenu est conçu par un partenaire local, le CEPROMOR & AEPH en République Démocratique du Congo (RDC). Pouvez-vous nous présenter cette organisation ? 

Tout a commencé avec le pasteur Jonathan Mpasi Mayala qui effectuait son ministère pastoral en zone rurale. Un jour il s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas « seulement » prendre soin de l’âme des villageois sans se préoccuper du reste de leur vie. Dans les communautés où il prêchait, il était face à des personnes qui souffraient de maladies diarrhéiques parce qu’elles n’avaient pas accès à l’eau potable, elles ne mangeaient pas à leur faim chaque jour, les mères n’avaient pas de lieu où accoucher dans de bonnes conditions, les enfants n’avaient pas de suivi médical. Alors il a fondé une association locale. Nous nous sommes rencontrés en 2003/2004 et nous avons commencé à l’appuyer sur de petites actions qu’il menait et puis l’association a grandi, elle s’est étoffée. Aujourd’hui le CEPROMOR&AEPH est un de nos partenaires majeurs, nous travaillons avec eux depuis une quinzaine d’année. 

Et ce projet soutenu dans le cadre de la Journée du SEL… 

On va plutôt parler de “volet” : le projet sur lequel nous travaillons avec le CEPROMOR&AEPH est très vaste et cette année, pour la journée du SEL, nous nous concentrons sur le volet agricole. Il y a également un volet d’accès à l’eau et à l’hygiène, un volet d’amélioration de la santé et un de réhabilitation nutritionnelle pour bébés. Le volet agricole est très important, il est un peu à la base de l’action du CEPROMOR&AEPH. L’idée est de constituer des Groupes d’Intérêt Économique et Solidaire (GIES). Ces sortes de petites coopératives sont composées de plusieurs paysans volontaires qui souhaitent apprendre à cultiver un peu différemment. Ils ont la possibilité de pratiquer sur un terrain communautaire, un champ pilote, différents types de cultures associées. On se dit que si dans un village un groupe de paysans qui travaille différemment produit plus, ça va faire tache d’huile puisque là-bas, comme partout à la campagne, on se regarde les uns les autres et on apprend les uns des autres. Il y a aussi une dimension économique à ces groupes, ils mettent en commun le bénéfice de la récolte ce qui leur permet de recultiver l’année suivante. Une caisse commune est également tenue pour que les membres du groupe épargnent ensemble.  

Avez-vous eu l’occasion d’aller sur place pour voir ce projet ambitieux ? 

Oui et franchement c’était assez impressionnant ! J’y étais en septembre 2021 et j’ai pu voir un des premiers GIES mis en place, le GIES Zola, qui veut dire amour. J’ai eu l’occasion de discuter avec ces personnes, elles sont très heureuses d’avoir appris de nouvelles techniques. Hommes et femmes viennent sur ce champ communautaire un à deux jours par semaine, le reste du temps ils travaillent chez eux et peuvent donc répliquer dans leur village ce qu’ils apprennent sur le champ pilote. Ces agriculteurs sont très motivés pour travailler ensemble, s’épauler : l’aspect solidarité est un gros plus ! L’équipe du CEPROMOR&AEPH et ses consultants qualifiés viennent régulièrement sur place pour répondre à leurs questions, donner des conseils techniques mais aussi prier avec eux lorsque ça ne va pas. C’était une très très belle journée ! 

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Véronique Lavoué sur le site de Fréquence Protestante

Pour aller plus loin

  • Mobilisez les membres de votre Eglise à réfléchir aux questions de pauvreté, en organisant la Journée du SEL 2022 sur le thème « Aimer les plus pauvres : une question de justice ? ». Inscrivez-vous.
  • Soutenez les partenaires projets agriculture du SEL en Afrique subsaharienne sur le site internet.

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