Vers une nouvelle crise de la dette ?

En 2020, selon le nouveau rapport de la Banque mondiale, la dette des pays à faible revenu a atteint le montant record de 860 milliards de dollars. L’institution alerte quant à la nécessité de rapidement prendre des mesures afin d’éviter une nouvelle crise de la dette…

L’histoire se répète 

Années 1980 – sous le poids de leur endettement devenu démesuré auprès de pays du Nord (états, banques, etc.), de nombreux pays pauvres suffoquent : c’est la crise de la dette. Réalisant le frein au développement et l’accroissement de la pauvreté que cela représente pour eux, plusieurs initiatives d’annulation de dettes sont lancées entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Dans ce cadre, la France participe aux annonces d’annulation d’une partie de ses créances d’aide publique au développement. 

Toutefois, plutôt que d’opter pour une simple annulation, le gouvernement français lui préfère un autre dispositif : le contrat de désendettement et de développement. En pratique, le pays débiteur rembourse sa dette dont la somme lui est ensuite reversée sous forme de dons finançant des programmes de lutte contre la pauvreté. Le récent bilan de la plateforme française dette et développement (PFDD) en fait une évaluation critique et négative. De plus, malgré ces initiatives, la situation d’endettement de nombreux pays en développement est aujourd’hui de nouveau alarmante. 

Crise de la dette et crise sanitaire 

Depuis quelques années, certains pays pauvres étaient en train de se réendetter notamment auprès de nouveaux créanciers comme la Chine, et de plus en plus auprès de créanciers privés (ces deux pesant désormais près de la moitié des remboursements d’emprunts des 73 pays les plus pauvres). Puis, sans surprise, la pandémie de coronavirus est venue aggraver le problème de la dette déjà insoutenable dans de nombreux pays. La chute des exportations, du tourisme, des investissements étrangers et des prix des matières premières (dont dépend une bonne partie de leur économie) a fortement impacté leur développement. A cela s’ajoute l’augmentation des taux d’intérêts des emprunts publics. La Banque mondiale[1] estime qu’en conséquence, 100 millions de personnes supplémentaires risquent de basculer dans l’extrême pauvreté.  

Pour faire face à cette situation, les membres du club de Paris[2] et le G20[3] ont adopté l’Initiative de Suspension du Service de la Dette (ISSD). Ayant permis à certains pays de bénéficier d’une suspension temporaire de leurs paiements du 1er mai 2020 à fin 2021, ces mesures se sont révélées insuffisantes pour éviter une nouvelle crise de la dette. En effet, elles se sont limitées à reporter les échéances et non à les annuler ou les restructurer. De plus, ce système s’est seulement appliqué aux créanciers publics bilatéraux et non aux créanciers privés[4]. Selon OXFAM France, 32% des dettes africaines seraient aujourd’hui détenues par le secteur privé. Cette évolution rend difficile les actions coordonnées. Ainsi, bien qu’invités à prendre part à l’ISSD, aucun créancier privé n’y a consenti. Les pays dont les dettes extérieures publiques avaient été reportées ont donc continué à rembourser leurs créanciers privés. 

L’allégement de la dette, une question de justice ? 

A la fin des années 1990, le SEL s’était engagé au sein de la campagne Jubilé 2000 pour promouvoir l’annulation de la dette pour les pays les plus pauvres. En effet, le problème de la dette est un sujet central lorsqu’il s’agit de se pencher sur les problématiques de développement international. En tant qu’organisation de solidarité internationale, nous voyons les dégâts causés par le faible niveau d’engagement de l’État dans les domaines de la santé et de l’éducation ; pour rembourser une dette démesurée par rapport aux possibilités des pays, les budgets sociaux sont réduits et ce sont les populations les plus démunies qui sont les plus touchées. Œuvrer pour briser cette chaîne qui emprisonne tant d’êtres humains peut être une occasion pour les chrétiens d’actualiser le principe du Jubilé (Lévitique 25). Celui-ci avait pour objectif une remise à zéro des compteurs pour que les inégalités ne deviennent pas insupportables et que chaque génération puisse revivre sans porter tout le poids des erreurs ou des injustices du passé. 

Pour aller plus loin 

Notes

[1] Institution spécialisée de l’ONU dont le rôle principal est d’aider financièrement les pays en développement.

[2] Groupe informel de créanciers publics dont le rôle est de trouver des solutions coordonnées et durables aux difficultés de paiement de pays endettés. La Chine et les créanciers privés n’en font pas partie.

[3] Forum de coopération économique internationale réunissant les 19 pays les plus développés ainsi que l’Union Européenne.

[4] Fonds d’investissement, banques commerciales, compagnies d’assurances.

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