Pauvreté et environnement : l’histoire n’est pas finie

Dans cette interview, Rachel Calvert, présidente d’A Rocha, fait le lien, sur des questions pratiques mais aussi bibliques, entre deux des plus grandes préoccupations de notre siècle : la pauvreté et l’environnement.

Daniel Hillion : Qu’est-ce qui unit le souci de l’environnement et les questions de pauvreté ?

Rachel Calvert : Aujourd’hui, ce sont presque systématiquement les plus pauvres qui sont les plus exposés aux problèmes de dégradations environnementales : dérèglement climatique, pollution, épuisement des sols et des ressources de la mer. Pensons par exemple aux petits paysans du Sahel qui souffrent depuis plusieurs années d’une augmentation des températures plus élevée que la moyenne mondiale, d’une diminution des précipitations, d’un plus grand nombre d’événements climatiques extrêmes. Au Bangladesh, la montée du niveau de la mer frappe d’abord les plus vulnérables.

Ces problèmes ne concernent d’ailleurs pas uniquement les pays du Sud. À Phénix (aux États-Unis), en 2021, sur 339 personnes décédées à cause des températures caniculaires, au moins 130 étaient sans-abris. Les pauvres sont touchés de façon disproportionnée alors qu’ils ont moins que les autres contribué aux problèmes.

Comment peut-on regarder cette problématique à la lumière de la Bible ?

Dans Genèse 1-3, nous voyons clairement que le fait de refuser l’autorité de Dieu a un impact sur toutes nos relations : avec notre Créateur, avec les autres humains, avec le reste de la création. Le problème de la pauvreté et celui de la dégradation écologique ont une seule et même racine. Notre égoïsme nous conduit à la fois à l’abus de la terre et à celui de notre prochain.

Ce serait cependant un anachronisme de chercher dans la Bible les symptômes de la crise écologique telle que nous la connaissons aujourd’hui. On estime que du temps de Jésus, la terre comptait entre 150 et 330 millions d’êtres humains… Aujourd’hui on arrive à 8 milliards ! La révolution industrielle basée essentiellement sur l’utilisation des énergies fossiles a permis à des millions de personnes de vivre mieux et plus longtemps. Mais l’exploitation excessive et souvent égoïste des cadeaux que Dieu nous a faits conduit à des conséquences négatives et souvent irréversibles. Nous avons dépassé certaines limites. Les transformations que les humains réalisent creusent maintenant les inégalités et entraînent une augmentation de l’extrême pauvreté.

Justement, quelles limites pose Dieu dans sa création ?

Les récits de la création nous montrent une vie foisonnante ! En même temps, tout est à sa place. Nous le voyons aussi dans le Psaume 104 ou dans Job 39-40. La loi de Moïse montre aussi l’importance des limites à respecter.

Depuis la chute, l’être humain a des difficultés à rester à sa place. En un sens, nous voulons être comme Dieu. Nous cherchons toujours plus de prospérité, de confort… de contrôle aussi. Si notre planète est en crise aujourd’hui ce n’est pas seulement parce que nous sommes plus nombreux mais parce que les plus riches et les plus puissants ont eu tendance à s’accaparer plus que leur part. La plupart d’entre nous sommes concernés : par notre consommation, nous avons voulu oublier que nous sommes des êtres finis, vivant dans un monde avec des limites. Souvenons-nous que l’apôtre Paul parle d’être contents de ce que nous avons (1 Timothée 6.6).

Comment relier les questions d’environnement et de pauvreté à la personne et à l’œuvre de Jésus ?

L’Évangile selon Luc nous montre que Jésus puisait beaucoup dans les prophéties d’Ésaïe : entre autres dans Luc 4.16-20 où il s’identifie comme le libérateur promis qui annonce la bonne nouvelle aux pauvres. Dans le contexte d’Ésaïe 40-66, il est clair que cette libération concerne non seulement les humains mais la création tout entière. Les conséquences cosmiques du ministère et de l’œuvre du Christ sont soulignées dans les écrits de Paul (cf. Romains 8 et Colossiens 1).

Pour l’Église primitive, l’affirmation que Jésus est Seigneur était centrale. Cette proclamation a des implications pour les humains qui souffrent à cause de l’injustice et pour la création non-humaine qui souffre des conséquences du péché. Nous sommes appelés à vivre dans l’obéissance au Christ, à faire passer sa volonté avant nos intérêts. Cela va nous conduire à des choix bénéfiques pour les pauvres et pour les autres créatures.

L’espérance de l’Évangile est centrale aussi : l’histoire n’est pas finie ! À la croix, Jésus a remporté la victoire mais nous attendons encore la pleine révélation de sa seigneurie à son retour quand il restaurera toutes choses. Notre obéissance actuelle est motivée par cette conviction de son action future. Nous pouvons agir avec espérance en fondant et en enracinant notre action sociale et écologique dans la personne de Jésus-Christ.

Propos recueillis par Daniel Hillion, Directeur des études au SEL

Autre article sur le sujet, sur le blog du SEL

Pour aller plus loin dans la réflexion sur les questions liées à la protection de l’environnement, consultez le site d’A Rocha France.

Participez à la discussion

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.