Dans les coulisses des lettres des enfants

Les bénévoles d’un centre d’accueil répondent aux questions des parrains et marraines au sujet des lettres.
Vous êtes-vous déjà demandé quand et d’où vos filleuls écrivent les lettres qu’ils vous envoient ?

Nous sommes remontés directement à la source et avons posé toutes vos questions aux personnes qui aident les enfants à écrire ces lettres : les moniteurs, dans leur centre d’accueil Compassion. Osiris, Glenda, Débora et Alicia, monitrices dans un centre d’accueil au Honduras, nous dévoilent les coulisses des lettres d’enfants.
Et voici ce qu’elles ont à vous dire.

Rencontrez Osiris

  • Monitrice au centre d’accueil depuis 2 ans
  • Enseignante chez les 6/8 ans et les 9/11 ans
  • Ce qu’elle préfère dans les lettres des enfants :  » J’aime voir comment les enfants incluent des intentions de prières dans leurs lettres. Leur foi est tellement fervente. Indépendamment des circonstances, ils savent que Dieu répondra en Son temps à leurs demandes, car c’est ce qu’ils ont appris au centre. « 

Comment accompagnez-vous l’enfant dans l’écriture des lettres ?

Parfois les enfants parrainés sont perdus et ne savent pas quoi écrire. Dans ce cas, nous nous asseyons avec eux et nous prions. Puis, nous commençons à organiser leurs idées.

Osiris prie avec les enfants de son groupe

Comment se passe la distribution des lettres dans votre centre ?

Le jour où nous distribuons les lettres des parrains est un jour de célébration pour les enfants. Cela se passe une fois par mois, et nous mettons les lettres dans une boîte spéciale, décorée pour l’occasion. Les enfants, qui connaissent cette boîte, se mettent à pousser des cris de joie pour qu’on l’ouvre. Nous commençons à appeler les enfants qui ont reçu des lettres, et encourageons également ceux qui n’en ont pas eu. Nos émotions sont mitigées lors de la distribution des lettres car certains enfants reçoivent des lettres alors que d’autres non.

Qu’est-ce qui passionne le plus les enfants quand ils lisent les lettres de leurs parrains? Y a t-il des choses particulières qu’ils aiment entendre de leur part?

Les enfants parrainés aiment savoir que leurs parrains accrochent leurs lettres et leurs dessins dans des pièces spéciales. Certains parrains partagent à leurs filleuls qu’ils accrochent leurs lettres sur le réfrigérateur, ou qu’ils posent leurs photos sur leur bureau de travail.

Rencontrez Glenda

  • Monitrice au centre d’accueil depuis 14 ans
  • Enseignante chez 6/8 ans et 9/11 ans
  • Ce qu’elle préfère dans les lettres des enfants:  » J’aime voir comment les enfants expriment leurs sentiments sur papier. Ils déversent leur cœur dans leurs lettres et font connaître à leurs parrains leurs expériences les plus étonnantes. Ils savent qu’ils ont un(e) ami(e) dans un autre pays sur lequel/laquelle ils peuvent compter. « 

Pourquoi utilise-t-on des lettres types ? 

Ces modèles de lettres fournis par le centre d’accueil sont très utiles. Ils donnent une image plus étendue de la vie des enfants. Les lettres-types sont comme une feuille de route qui guide les enfants parrainés dans l’écriture. Cela peut paraître mécanique aux yeux des parrains, mais les modèles sont faits pour que les enfants les remplissent facilement. Les enfants aiment les remplir car il leur suffit d’entourer la bonne information. Nous ne disposions pas de ces lettres-types auparavant, et nous tombions à court d’idées à partager avec les parrains. Nous apprécions le fait que Compassion nous fournisse, non seulement des modèles imprimés, mais forme également les moniteurs à les remplir.

Glenda aime aider ses élèves à communiquer avec leurs parrains et marraines au travers de lettres, dessins et travaux manuels.

Y a-t-il, selon vous, des différences culturelles que les parrains devraient connaître pour les aider à écrire à leurs filleuls?

Il est très important pour les enfants de connaître le pays et la culture de leurs parrains. Les enfants connaissent leurs prénoms par cœur ainsi que le pays d’où ils viennent. Quand les parrains incluent dans leurs lettres des photos ou des cartes postales représentant leur pays, cela aide les enfants à se faire une idée du pays où ils vivent.

Que diriez-vous à un parrain ou une marraine qui trouve que les lettres reçues sont trop impersonnelles?

Tout dépend des éléments que les parrains échangent avec leurs filleuls dans leurs lettres. Plus ce qu’ils partagent avec les enfants est varié, plus les enfants écriront des lettres personnalisées. Cependant, même quand des enfants ne reçoivent pas de courrier, ils font de leur mieux pour partager des informations sur leur vie personnelle.

Rencontrez Débora

  • Monitrice au centre d’accueil depuis 2 ans
  • Enseignante chez les 3/5 ans et 9/11 ans
  • Ce qu’elle préfère dans les lettres des enfants:  » J’aime aider les enfants à inclure un dessin dans leurs lettres. Certains ne savent peut-être pas bien dessiner, mais ils font tout leur possible pour réaliser un beau dessin, parce qu’ils veulent laisser un sourire sur le visage de leurs parrains et marraines. Cela m’emplit de joie quand les enfants se dessinent main dans la main avec leurs parrains, même s’ils ne se sont encore jamais rencontrés. »

(Fait amusant : Débora est elle-même une ancienne enfant parrainée.)

Décrivez-nous le processus d’écriture de lettres aux parrains. En quoi est-il différent en fonction des groupes d’âge ?

Comme les jeunes enfants ne savent pas encore lire ou écrire, ils sont aidés par leurs parents. Les parents estiment les parrains car ils les considèrent comme des membres de la famille, et ils aiment aussi raconter les aventures de leurs enfants ainsi que leurs progrès. Dans leurs lettres, ils n’hésitent pas à inclure des remerciements envers les parrains pour les bienfaits dont les enfants bénéficient.

En tant qu’ancienne filleule, Débora comprend l’importance des lettres en encourageant un lien entre enfants et parrains.

Que se passe-t-il quand les enfants reçoivent leurs lettres dans votre centre?

Quand on commence à appeler les enfants qui ont reçu des lettres, la classe est pleine de joie. Les enfants commencent à échanger sur ce que les parrains leur ont envoyé, comme des autocollants ou des photos. Ils lisent les lettres dans la classe, et quand ils quittent le centre d’accueil, ils les relisent avec leurs parents. Les enfants chérissent ces lettres et les conservent dans une boîte spéciale.

Qu’est-ce qui passionne le plus les enfants quand ils lisent les lettres de leurs parrains? Y a-t-il des choses particulières qu’ils aiment entendre de leur part ?

En tant qu’ancienne filleule, j’avais un lien fort avec ma marraine à travers les lettres. J’ai appris beaucoup de choses sur sa culture grâce aux informations détaillées qu’elle partageait avec moi. Maintenant que je suis monitrice, j’aime voir les enfants s’enthousiasmer à la lecture de leurs lettres. Certains parrains et marraines incluent des photos ou des cartes postales du pays où ils habitent ou des photos de leurs vacances en famille. Voir les animaux domestiques de leurs parrains leur donne vraiment le sourire. Ils aiment qu’on leur parle de chiens, de chats, de chevaux, de vaches, ou d’animaux qu’on ne voit pas au Honduras comme les kangourous.

Rencontrez Alicia

  • Monitrice au centre d’accueil depuis 14 ans.
  • Enseignantes chez les 3/5 ans et aux 15/18 ans.
  • Ce qu’elle préfère dans les lettres des enfants : « J’aime aider les enfants à inclure des versets de la Bible pour leurs parrains et marraines. Parfois ils ne savent pas dessiner mais ils aiment illustrer des versets bibliques qui vont impacter la vie de leurs parrains. »

Quand les enfants écrivent, disposent-ils des lettres de leurs parrains ? Comment savent-ils ce qu’ils doivent écrire ?

Tous les enfants inscrits au centre d’accueil disposent d’un cahier dans lequel ils gardent, non seulement, les copies des lettres qu’ils ont écrit à leurs parrains, mais également une copie de la dernière lettre reçue. Quand ils répondent à leurs parrains, ils incluent les réponses aux questions qui ont été posées.

Alicia enseigne aux enfants du centre depuis 14 ans.

Y a-t-il, selon vous, des différences culturelles que les parrains devraient connaître pour les aider à écrire à leurs filleuls ?  

Nous savons que la plupart des parrains et marraines ne parlent pas espagnol, mais quand ils incluent des mots, des expressions ou des versets de la Bible dans la langue des filleuls, on peut lire le bonheur et la gratitude sur les visages des enfants. Nous aimons voir que certains parrains cherchent vraiment à connaître notre pays et incluent des dessins de notre drapeau, de nos plats traditionnels ou de nos coutumes dans leurs lettres.

Qu’est-ce qui passionne le plus les enfants quand ils lisent les lettres de leurs parrains? Y a-t-il des choses particulières qu’ils aiment entendre de leur part ?

Les jeunes aiment que leurs parrains et marraines parlent de leur famille, parce qu’ils ont le sentiment d’en faire partie. Certains parrains et marraines racontent l’arrivée d’un bébé dans la famille, et les jeunes ressentent de la joie et de l’amour face à ces nouvelles. Parfois, la relation qu’ont les parrains avec leurs filleuls est très forte car ils évoquent la disparition d’un membre de la famille, et les jeunes pleurent avec eux.

Les lettres font une grande différence dans la vie des enfants parrainés. En effet, vos mots d’amour et d’encouragement leur donnent une motivation supplémentaire. Prenez quelques minutes pour écrire à votre filleul via le site internet du SEL.

Pour aller plus loin

Inspiré par un article de Compassion Canada, Photos et reportage de Juana Ordonez Martinez

4 comments

  • Chaque fois que nous écrivons à notre filleul nous lui donnons des nouvelles personnelles, nous envoyons des photos … mais effectivement ses réponses sont très impersonnelles. Par exemple, il y a plus de 3 ans qu’il ne nous a RIEN dit sur ses études, ses activités… C’est désormais un adolescent pourtant. C’est un peu frustrant, même si je comprends.

    • Merci pour votre commentaire ainsi que pour votre engagement et constance envers votre filleul !
      Sachez que nous comprenons votre frustration quant à ses réponses impersonnelles. Nous tenons toutefois à attirer votre attention sur plusieurs éléments susceptibles d’expliquer le contenu de ses lettres:
      1. La culture orale : étant élevés dans une culture de tradition orale, les filleuls sont habitués à des échanges spontanés et liés à leur contexte. Dans ce contexte, la correspondance peut être difficile pour eux car ils ont tendance à manquer de familiarité à l’écrit.
      2. Le rapport aux adultes : dans certaines cultures, il est irrespectueux de s’adresser directement à un adulte. Les filleuls ont donc parfois recours à des formules de politesses qui peuvent sembler formelles et impersonnelles : ils ne parlent donc pas de leurs sentiments, de leurs difficultés, de leur quotidien ou encore de leurs rêves ; d’où cette impression qu’il ne parle pas vraiment de lui dans ses lettres.
      3. Leur environnement : du fait de leur environnement précaire, il leur est souvent difficile de décrire les activités réalisées en dehors du centre d’accueil, car il s’agit souvent de tâches ménagères ou autres activités liées aux devoirs domestiques, qu’ils jugent inintéressantes.
      4. La traduction : les courriers de votre filleul sont écrits en Swahili et sont traduits en anglais par des bénévoles, qui font un travail remarquable. Toutefois, comme vous l’imaginez, il y a parfois des expressions et des mots qui, une fois traduits, perdent une partie du sens premier (ex :un simple « thank you » anglais traduit une énorme reconnaissance, voire louange en swahili).
      Il est compréhensible d’être frustré quand on met tout son cœur pour écrire à son filleul et que l’on reçoit une réponse qui n’est pas celle que l’on espérait. Mais j’aimerais vraiment vous encourager à continuer d’écrire à votre filleul. En effet, année après année, de nombreux enfants témoignent de l’impact des courriers de leurs parrains sur leurs vies : ils reprennent courage, prennent confiance en eux, travaillent dur à l’école et comprennent qu’ils ont un espoir de sortir de la pauvreté et vivre leurs rêves.
      Si vous avez d’autres questions ou besoin de plus amples informations pour une meilleure compréhension de la situation de votre filleul, n’hésitez pas à nous contacter par email à l’adresse suivante : parrainage@selfrance.org
      De nouveau merci pour votre cœur et votre engagement envers lui !

  • Je ne comprends pas qu’ on puisse envoyer des photos ou cartes puisque vous nous avez donné un type de lettre avec tant de lignes ‘ il nous faut presque compter le mots. Pour Noël nous n’avons plus le droit d’envoyer notrepropre carte…pour ma part jesuis très frustré mon filleul me raconte toujours la même chose je comprends maintenant pourquoi puisqu’ils ont des lettres types?…je suis très déçu, j ai de la peine à ecrire souvent à cause de cela…. ses dessins sont des dessins de petit enfant alors qu’ il a–15 ans j ai eu demandé de ses nouvelles ou il en était à l école mais jamais de réponse…..je vous avoue que j ai p,us envie d arrêter que de continuer

  • Chère Yolande,
    Merci pour votre commentaire, ainsi que pour votre fidélité et persévérance envers votre filleul depuis toutes ces années !
    Vous trouverez ci-dessous des éléments qui, je l’espère, apporteront un peu plus de clarté au processus de correspondance parrain/filleul.

    Pour les courriers via notre site internet, vous avez 2 possibilités :
    • Utiliser un « papier à lettre » du SEL et de joindre deux photos (max. 1mo en jpg ou png uniquement)
    • Envoyer (joindre) un courrier en format PDF, de 14 pages maximums

    Si les enfants sont toujours ravis de recevoir un courrier, sachez qu’il vaut mieux écrire plus souvent et brièvement !

    Pour les cartes de Noël, vous avez également 2 possibilités :
    • Utiliser la carte fournie par le SEL, conçue pour faire gagner du temps aux parrains qui en manqueraient ou qui seraient en manque d’inspiration
    • Envoyer la carte de votre choix

    En ce qui concerne les dessins, nous comprenons que vous puissiez être déçue. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que le niveau d’un enfant qui grandit en France ne sera pas le même que celui d’un enfant qui grandit dans un pays en voie de développement.
    Il y a d’ailleurs plusieurs facteurs qui expliquent cela, en voici quelques-uns :
    • Les enfants ont moins d’heures de cours dans un cadre scolaire formel, et sont souvent 2 voire 3 fois plus nombreux par classe à l’école ;
    • Les enfants n’ont presque jamais de papier à la maison pour s’entraîner aux dessins et à l’écriture ;
    • Les enfants viennent de cultures orales (la plupart des gens ne s’écrivent pas et beaucoup de parents sont analphabètes)
    • Les enfants ont souvent du mal à écrire à un adulte d’un autre pays et d’une autre culture, qu’ils n’ont jamais rencontré.

    Par ailleurs, il n’est pas difficile d’imaginer qu’un enfant d’ici aurait également du mal à accomplir cet exercice.
    Un directeur de centre d’accueil disait que lorsque les moniteurs donnaient l’heure pour la séance d’écriture de courrier, quelques-uns (surtout les garçons) se sauvaient en courant… A l’inverse, d’autres sont vraiment ravis de pouvoir écrire !

    Sachez que la correspondance est doublement bénéfique, elle permet :
    1. Aux parrains de « donner » d’une autre manière aux filleuls, ainsi que de construire une relation avec eux ;
    2. Aux filleuls d’acquérir une compétence rédactionnelle de base, qui constituera un « plus » lorsqu’ils seront sur le marché du travail.

    De plus, nous conseillons aux parrains de poser maximum trois questions précises par courrier, en les numérotant, pour aider l’enfant et son moniteur à définir la réponse à donner.

    Enfin, je voudrais vraiment vous encourager à continuer d’écrire à votre filleul. Sachez que vos courriers sont de véritables trésors pour lui ! Nous avons lu des témoignages de jeunes qui, lors d’un passage à vide, reprennent les courriers des parrains pour retrouver courage. Vous savez, certains enfants qui ne reçoivent jamais de courrier se demandent si c’est de leur faute, si le parrain est fâché avec lui, etc… Alors, merci encore d’avoir persévéré malgré votre déception !

    Si vous avez de nouvelles questions où souhaitez plus d’éclaircissement, n’hésitez pas à nous joindre par email à l’adresse suivante : parrainage@selfrance.org

    De nouveau merci pour votre cœur et votre engagement envers votre filleul.

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